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Le Nobel de Gore ne changera rien à la politique de Bush

13 octobre 2007  Environnement
Oslo — Le prix Nobel de la paix a été attribué hier à l'ancien vice-président américain Al Gore et au Groupe de l'ONU sur le climat (GIEC), un pédagogue et des têtes chercheuses qui, chacun à sa façon, tirent le signal d'alarme sur les effets dramatiques du réchauffement de la planète. La distinction de M. Gore, avocat d'une réduction des émissions de gaz à effet de serre, ne changera en rien la politique américaine en matière d'environnement, a toutefois réagi la Maison-Blanche.

Les deux lauréats ont été récompensés «pour leurs efforts de collecte et de diffusion des connaissances sur les changements climatiques provoqués par l'homme», permettant de réfléchir aux mesures à prendre contre ces changements, a déclaré à Oslo le président du comité Nobel, Ole Danbolt Mjøs.

Vice-président de Bill Clinton et candidat démocrate malheureux à la Maison-Blanche en 2000 face à George W. Bush, M. Gore, 59 ans, a contribué à vulgariser le sujet complexe du réchauffement avec son documentaire Une vérité qui dérange, primé aux Oscars.

«Il est probablement la personne qui en a fait le plus pour qu'on comprenne mieux, à travers le monde, les mesures qui doivent être adoptées», a dit M. Mjøs.

«Nous faisons face à une véritable urgence planétaire. La crise du climat n'est pas un sujet politique, c'est un défi moral et spirituel pour l'ensemble de l'humanité», a réagi M. Gore, deuxième démocrate américain à recevoir le Nobel en cinq ans après l'ancien président Jimmy Carter (2002).

À New Delhi, le président du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), l'Indien Rajendra Pachauri, a quant à lui exprimé l'espoir que le prix créerait un «sentiment d'urgence» à propos du réchauffement.

Aux États-Unis, certains font des conjectures sur la possibilité que le Nobel ravive les anciennes ambitions d'Al Gore à un an de la présidentielle. «Cela ne nous intéresse pas de savoir ce que le lauréat fait par la suite», a déclaré M. Mjøs, interrogé sur les chances pour que la carrière politique de M. Gore soit subitement relancée.

Faisant un travail de fourmi, le GIEC expertise et compile les recherches de milliers de scientifiques internationaux. Ses rapports fournissent un socle de connaissances aux décideurs politiques.

Le GIEC prédit notamment une hausse de 1,1 à 6,4 °C de la température moyenne planétaire d'ici 2100, «très probablement» à cause de l'homme.

Rare voix discordante dans le concert de louanges, le président tchèque Vaclav Klaus s'est dit «un peu surpris» de la distinction d'Al Gore, «car les liens entre ses activités et la paix mondiale sont indistincts et peu clairs».

En récompensant Al Gore et le GIEC parmi 181 candidats, le comité Nobel lance un message fort à la communauté internationale à quelques semaines de la conférence de Bali, du 3 au 14 décembre, qui doit se pencher sur de nouvelles réductions des émissions de gaz à effet de serre au-delà de 2012, après l'expiration de la première phase du protocole de Kyoto.

Il s'agit d'un texte que M. Gore a négocié pour les États-Unis, aujourd'hui le principal émetteur de CO2 de la planète avec la Chine, mais non ratifié par le Sénat américain et foulé aux pieds par le président Bush.

«L'action est nécessaire maintenant, avant que le changement climatique n'échappe au contrôle de l'homme», a précisé M. Mjøs.

Toutefois, interrogé pour savoir si le Nobel allait exercer une pression accrue sur l'administration Bush pour changer de politique en matière d'environnement, un porte-parole de la Maison-Blanche a répondu par la négative.

En s'attaquant à la question climatique, le comité étend une nouvelle fois le champ couvert par le prix de la paix. L'an dernier, le Nobel avait privilégié la lutte contre la pauvreté avec le Bangladais Muhammad Yunus et sa Grameen Bank en 2006.

«De grands changements climatiques pourraient altérer et menacer les conditions de vie d'une grande partie de l'humanité. Ils pourraient déclencher des migrations massives et déboucher sur une concurrence accrue pour les ressources», a expliqué M. Mjøs.

«Il pourrait y avoir un risque accru de conflits violents et de guerres entre et au sein des États», a-t-il ajouté.

Le Nobel — un diplôme, une médaille d'or et un chèque de 10 millions de couronnes suédoises (1,08 million d'euros) que se partageront à parts égales les deux lauréats — sera remis le 10 décembre à Oslo.






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