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Couche d'ozone - Un protocole «vert billets»

Louis-Gilles Francoeur   20 septembre 2007  Environnement
L'industrie chimique aurait procédé à un détournement de protocole en vendant les nouveaux HFC comme un produit de remplacement sécuritaire des HCFC

La semaine dernière, les constructeurs automobiles allemands ont décidé, à partir de 2011, de ne plus utiliser dans les climatiseurs de leurs voitures les HFC-134a, des molécules censées remplacer les HCFC que l'industrie chimique avait mis au point pour remplacer les vieux CFC destructeurs de la couche d'ozone.

Les constructeurs allemands vont plutôt faire fonctionner les climatiseurs d'auto en y recyclant du dioxyde de carbone (CO2) qui, autrement, s'ajouterait aux gaz à effet de serre.

En mars 2006, plusieurs chaînes de magasins d'alimentation en Grande-Bretagne avaient annoncé leur intention de bannir les HFC de leurs réfrigérateurs commerciaux pour les faire fonctionner avec ce bon vieux gaz carbonique, fort apprécié... dans les bouteilles de champagne. Les sociétés ASDA, Marks & Spencer, Sainsbury's, Summerfield, Tesco et Waitrose avaient toutes fait valoir que la contribution des HFC au réchauffement de la planète était tout simplement inacceptable et qu'elles n'utiliseraient plus d'équipements qui en contiendraient. Les différents membres de la famille des HFC ont un pouvoir de rétention de la chaleur dans l'atmosphère de 140 fois (HFC-152a) à 11 700 fois (HFC-23) supérieur à celui des molécules de CO2.

Dans le cadre de la Refrigerants Naturally Initiative, lancée en 2004 par Coca-Cola, Unilever et McDonald's en collaboration avec le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et Greenpeace, ces sociétés ont décidé de remplacer progressivement leurs appareils fonctionnant aux HFC dans leurs entrepôts. Pepsi s'est récemment ajoutée à cette liste avec Carlsberg et Ikea.

Il y a deux jours, Coca-Cola annonçait que tous ses appareils aux Jeux olympiques de Pékin, en 2008, seront dotés de mousses isolantes sans HFC et qu'on ne retrouvera aucune de ces molécules dans les échangeurs de chaleur qui produisent du froid pour les boissons et autres produits. Ces appareils utiliseront plutôt un système de gestion de l'énergie avec des gaz réfrigérants moins dommageables à la fois pour la couche d'ozone et pour le climat, qui consommeront par ailleurs 35 % moins d'énergie.

Insatisfaction

Janos Maté, porte-parole de Greenpeace International dans le dossier de la couche d'ozone, ne se réjouit toutefois pas quand il évoque ces percées des réfrigérants alternatifs, et pas davantage quand il fait mention du succès remporté par Greenpeace, qui a financé plusieurs études à l'origine de l'utilisation d'hydrocarbures, notamment le butane, en remplacement des HCFC et des HFC dans quelque 200 millions de réfrigérateurs domestiques, actuellement utilisés en Europe et en Asie et dont le rendement énergétique surpasse celui des molécules vantées par l'industrie chimique. En Amérique du Nord, on ne vend pas ces réfrigérateurs sous prétexte de risque d'incendie, un mythe démoli par leur usage sécuritaire en Europe et en Asie depuis des années.

La moutarde monte au nez de Janos Maté quand il évoque ces percées parce qu'il y voit la preuve que le protocole de Montréal «a fait fausse route» en fournissant aux grandes multinationales de la chimie deux marchés successifs de produits de remplacement des CFC, eux-mêmes toujours dommageables pour la couche d'ozone et le climat.

«En réalité», explique l'auteur du bilan adressé hier par Greenpeace aux 750 délégués de la 19e réunion des parties du protocole de Montréal, «l'industrie chimique a procédé à un détournement de protocole en vendant les HCFC comme la seule solution de rechange et les nouveaux HFC comme un produit de remplacement sécuritaire des HCFC, dont la conférence propose l'élimination plus rapide en raison de leur impact sur le climat. L'industrie a ainsi pu produire et vendre trois générations de produits avec des effets pervers très puissants sur le climat, au point où il faut maintenant devancer l'arrêt de leur production. Mais personne, curieusement, ne parle de récupérer tous ces produits à la fois nocifs pour la couche d'ozone et le climat alors que les quantités existantes dans les appareils et les mousses isolantes vont éventuellement avoir des impacts majeurs sur le climat et la couche d'ozone.»

Les HFC (hydrofluorocarbones) et les PFC (perfluorocarbones) ne sont pas réglementés par le protocole de Montréal parce qu'ils n'ont pas d'effet sur la couche d'ozone.

Toutefois, leur pouvoir de captage de la chaleur solaire est tel qu'ils figurent sur la liste des six gaz à effet de serre dont le protocole de Kyoto prévoit la réduction prioritaire, mais seulement dans les pays développés pour le moment.

Dans les pays en développement, leur usage augmente doucement parce qu'aucune des deux conventions internationales ne les interdit. Or, dans le cas des PFC, a expliqué Tom Morehouse, spécialiste de la CNA Corporation aux États-Unis, il s'agit de gaz à effet de serre quasi indestructibles. Leur demi-vie utile peut se situer entre 10 000 et 50 000 ans, soit presque aussi longtemps que des déchets nucléaires...

Greenpeace est particulièrement inquiet de la «banque» mondiale de produits néfastes à la fois pour la couche d'ozone et pour le climat, qui dorment dans les appareils et les mousses isolantes, d'autant plus, explique Janos Maté, que le protocole de Montréal ne prévoit aucune politique de récupération de ces produits avec des objectifs et des échéanciers précis. Selon la compilation réalisée par Greenpeace à partir des rapports du secrétariat du protocole, la totalité des CFC et des HCFC «en banque» représente l'équivalent de 15,6 milliards de tonnes de CO2, soit l'équivalent de ce que la proposition d'arrêt anticipé de la production des HCFC, actuellement négociée à Montréal, devait éviter.

Le plus populaire des HFC, le HFC-134a, que des sociétés commerciales nord-américaines commencent à utiliser, même dans des bombes aérosol de désodorisants, comme à l'époque des CFC, représente l'équivalent de 494 millions de tonnes de gaz à effet de serre. C'est l'équivalent de ce que rejetterait un parc automobile de 99 millions de voitures.

«En lançant sa troisième génération de produits, les HFC, l'industrie chimique a plaidé que leur confinement technique serait à toute épreuve, ajoute Janos Maté. Or une étude réalisée en 2004 par une société de recherche britannique a clairement démontré que le taux de fuites était tout simplement le même que dans le cas des produits précédents. En d'autres mots, le confinement des HFC est un échec.»

Trois mesures sont essentielles à court terme, ajoute le porte-parole de Greenpeace. D'abord, le protocole de Montréal doit se synchroniser avec celui de Kyoto afin d'établir rapidement un plafond d'émissions pour les HFC. Deuxièmement, les gouvernements, à l'instar de l'Europe, doivent instaurer des normes pour interdire l'utilisation de ces produits en raison de leur énorme contribution au réchauffement du climat. En priorité, le Fonds multilatéral du protocole de Montréal doit cesser tout financement de projets basés sur l'utilisation de HFC dans les pays en développement, car il s'agit d'un des six gaz à effet de serre ciblés par le protocole de Kyoto.

Plus concrètement, conclut le porte-parole écologiste, le protocole de Montréal doit stimuler par tous les moyens possibles un virage vers des produits réfrigérants ou moussants alternatifs, sans impact à la fois sur la couche d'ozone et sur le climat. Il s'agit principalement de l'ammoniac, des hydrocarbures (butane, propane, etc.) et du CO2, qu'on pourrait récupérer et recycler dans les appareils au lieu de le laisser filer à l'atmosphère aux dépens du climat.






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  • Guillaume Majeau-Bettez
    Abonné
    jeudi 20 septembre 2007 01h18
    ...hydrocarbures et ammoniac?
    « N'est-ce pas l'ammoniac qui était utilisé avant l'utilisation des CFC's dans les appareils de réfrigération? Si mes profs de chimie ne mentent pas, l'utilisation d'appareils de réfrigération fonctionnant à l'ammoniac avait mené à plusieurs accidents et pausait de hauts risques pour les usagers. Le danger associé aux fuites avait donc incité l'industrie à se tourner vers le gaz le plus inerte possible...tellement inerte qu'il "survit" jusqu'à atteindre et détruire la couche d'ozone. Une réfrigération au CO2 me semble une riche idée, mais l'utilisation d'ammoniac ou d'hydrocarbures me semble aller à l'encontre du principe de "design préventif" et de "diminution des risques à la source". La sécurité de l'usager dépend alors des balises (faillibles) qui "contiennent" le danger potentiel... »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    jeudi 20 septembre 2007 09h20
    Greenpeace me rend sceptique
    « L'organisation de Greenpeace n'a qu'a déclarer qu'il est contre sans le prouver pour qu'il ait bonne presse. Pas surprenant quand le reporter environnemental de TVA est Steven Guilbault. Le battage médiatique sympatique à ce gfroupe perd de plus en plus de crédibilité. À force de crier au loup...

    En aucun moment, Greenpeace n'a déposé d'études scientifiques étoffées pour appuyer ses dires. Ces gens généralisent et tentent de démontrer un cas extrême pour étayer leur cause. L'épopée avec les agriculteurs, ces terriens amis de la terre de la "semaine verte", nous démontre que Greenpeace exagère...

    L'épopée de ce groupe écolo bloquant un navire au Saguenay prouve clairement qu'ils sont doctrinaires et non logiques. Ils ont refusé de s'expliquer et d'entendre les experts du secteur forestier et gouvernementaux. Tout le monde sait que les exploitants forestiers sont conscients de la pérennité de la ressource et les travailleurs forestiers eux aussi veulent préserver leur joi<b et en créer pour les générations futures. La dforêt se regénère naturellement mais le gouvernement oblige maintenant le reboisement des aires d'abattage et des entreprises sylvicoles cultivent les plans pour ce faire. Greenpeace ignore totalement ces efforts de reboisement préférant faire des coups d'éclats que le dialogue et l'ouverture d'esprit. Loin de s'allier la population, ils viennent de se faire des ennemis jurés.

    Dans un tel contexte tous les gestes de Greenpeace, dont le financemnent est occulte, me laisse de plus en plus sceptique et de moins en moins crédible. »

  • Michel Thibault
    Abonné
    jeudi 20 septembre 2007 12h45
    Une industrie prête à tout
    « Il ne fait aucun doute que l'industrie chimique a senti l'odeur des billets verts et a profité de l'occasion offerte. Peut-on s'y fier ? La réponse vient d'elle-même. »

  • Josué Plante
    Inscrit
    jeudi 20 septembre 2007 14h52
    Réponse à Fernand Trudel
    « Personnellement, si je doit baser mon jugement sur l'avis de grandes entreprises chimiques, forestières, ou encore pire, le gouvernement, je crois que je préfère écouter Greenpeace et tous les autres organisations sans buts lucratifs qui défendent l'environement.

    Greenpeace n'a aucun avantage à vouloir détruire les réputations de ces compagnies, autre que de défendre l'environement et la faune.

    Les compagnies forestières sont les pires hypocrites au monde, disant que les forêts vierge se reboisent d'elles-même et que c'est mieux qu'un feu de forêt qui pourrait faire la même chose. Les coupes à blanc détruisent tout un écosystème regroupant des milliers d'espèces qui se retrouvent sans habitats et nourriture.

    Sur ce, réfléchissez un peu à qui vous feriez le plus confiance, entre un président de compagnie qui roule sur l'or au dépends de ressources naturelles et un regroupement de gens qui tente de réveiller le monde avant qu'il soit trop tard... »

  • Jean Préfontaine
    Inscrit
    vendredi 21 septembre 2007 10h18
    Merci Josué Plante et CHOUOUOUOUOU à Fernand Trudel..
    « Merci Josué Plante pour votre commentaire. Bravo, vous voyez clair.

    Pour ce qui est de Fernand Trudel, il incarne la bêtise humaine, l'idiot aveugle ou, si vous préférez, l'imbécile heureux. CHOUOUOUOUOU Fernand. Que Dieu lui vienne en aide..

    Jean Préfontaine »

  • Michel Thibault
    Abonné
    vendredi 21 septembre 2007 10h28
    Le doute, le début de la sagesse
    « L'un des lecteurs du Devoir met en doute les affirmations de Greenspeace sur la forêt boréale. Parlons-en.

    Chercheur en écologie au MRNF et dérangeant de l'ordre établi.

    J'appui entièrement les propos de monsieur Plante en réaction à ceux de monsieur F.Trudel. Greenpeace a raison de s'inquiéter du sort fait à la forêt boréale ou ce qu'il en reste de forêts primaires (jamais exploitées par l'homme) Sinon, comment se ferait-il que l'industrie soit rendue à exploiter les forêts les moins productives de toute la zone des forêts denses de l'épinette noire ?

    Durant plus de 6 années nous avons étudié en équipe pluridisciplinaire la productivité de la forêt boréale mettant à profit l'utilisation conjointe de 3 logiciels.

    En effet, pour répondre à la question précédente, disons que l'industrie récolte actuellement les forêts sises à l'intérieur du réservoir manic V. Ces forêts comptent parmi les forêts les moins productives de toute la zone boréale étudiée, laquelle traverse le Québec entre les 49 et 51o00' approximativement. Si l'industrie en est rendue là c'est que les forêts primaires, ayant un assez bon volume, se font de plus en plus rares. C'est pourquoi l'industrie va toujours plus loin vers le nord, voire même en zone écologique de forêts plus claires ou clairsemées (taïga) plus vulnérables aux incendies.

    Et le repli sur soi ne vient pas seulement du MRNF mais aussi de l'ordre des Ingénieurs forestiers du Québec. L'industrie s'est assurée que nos Institutions étaient bien représentées de gens prêts à tout pour défendre ses intérêts de court terme.

    Les industries y compris les politiciens sont sans se douter jusqu'à quel point les nouvelles technologies de l'informatique pourraient les rendre plus compétitives ou assurer quasiment la réélection des seconds. »

  • Josué Plante
    Inscrit
    mercredi 23 juillet 2008 15h51
    @ Jean Préfontaine
    « Au moins je me rends compte que je ne suis pas le seul à avoir cette vision des choses !!!
    ;-) »

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