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Une race domestique disparaît tous les mois

Fabien Deglise   19 juin 2007  Environnement
Des porcs entassés dans un enclos dans une ferme d’Allemagne. Les processus de standardisation et d’uniformisation des élevages ont fortement réduit l’éventail génétique des races animales domestiques.
Photo : Agence France-Presse
Des porcs entassés dans un enclos dans une ferme d’Allemagne. Les processus de standardisation et d’uniformisation des élevages ont fortement réduit l’éventail génétique des races animales domestiques.
Sous la pression de l'industrialisation et de l'uniformisation des produits alimentaires, une race de poulet, de boeuf, de cochon ou même de lapin est désormais rayée de la surface du globe tous les mois.

Cette tendance inquiète fortement l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) qui voit dans ces disparitions «la plus grande menace mondiale à la diversité des animaux de ferme» qui, du même coup, pourraient moins facilement faire face à des catastrophes naturelles, au réchauffement de la planète et à l'émergence de nouvelles maladies, indique un rapport de l'organisation internationale rendu public la semaine dernière.

Avec en main le tout premier portrait génétique des animaux d'élevage dans le monde, la FAO sonne en effet l'alarme: en voulant produire toujours plus et à moindre coût, l'agriculture intensive est en train de courir à sa perte. Comment? En se concentrant sur un nombre trop restreint de races animales, comme la Holstein dans le secteur laitier, le cochon Duroc dans le secteur porcin ou les poulets Rhode Island Red et Leghorn, avec à la clef «un risque d'extinction de plusieurs autres espèces» indigènes et patrimoniales mais aussi «une érosion de la diversité génétique», dont les enfants d'aujourd'hui risquent de faire les frais demain, peut-on lire dans le document de 500 pages.

Intitulé L'État des ressources zoogénétiques mondiales pour l'alimentation et l'agriculture, ce rapport a été dévoilé jeudi dernier par la Commission des ressources génétiques pour l'alimentation et l'agriculture lors d'une rencontre qui s'est tenue à Rome, en Italie.

Chroniques d'une mort annoncée

Selon la FAO, la situation commence à être préoccupante. À ce jour, 11 % des races de mammifères et 2 % des oiseaux d'élevage domestiqués pour des raisons de subsistance se sont en effet définitivement éteints, faute de répondre aux nouveaux besoins de l'agriculture intensive, des marchés mais aussi faute de plaire aux nouveaux goûts des consommateurs. Et 1400 autres races d'animaux d'élevage dans le monde, sur les 7500 exploitées, pourraient connaître le même sort dans un avenir proche, poursuivent les auteurs de cette analyse.

«Au cours des sept dernières années, une race domestique a disparu tous les mois. Le temps presse pour un cinquième des races bovines, caprines, porcines, équines et volailles du monde» a commenté par voie de communiqué Alexander Müller, sous-directeur général de la FAO qui reconnaît que ce portrait de la biodiversité dans les élevages est encore partiel, puisque plusieurs pays membres de l'organisation n'ont pas encore terminé l'inventaire de leurs races domestiques.

«Si elles sont parfois moins productives, de nombreuses races menacées d'extinction comportent pourtant des traits uniques, comme la résistance aux maladies ou la tolérance aux conditions climatiques extrêmes, estime Irène Hoffmann, chef du Service de production animale de la FAO. Or les générations futures pourraient en avoir besoin pour affronter les enjeux du changement climatique, des nouvelles maladies animales et la demande croissante de produits de l'élevage.»

Actuellement, la planète compte 2,3 milliards de boeufs et de cochons d'élevage, mais aussi 17 milliards de poulets. L'éventail génétique de ces bêtes est toutefois fortement limité, surtout en Europe et en Amérique du nord où les processus de standardisation et d'uniformisation des élevages amorcés au début des années 70 ont considérablement rétréci la diversité des races animales domestiques, indique la FAO.

Le phénomène n'épargne toutefois pas les pays en voie de développement. En effet, au Vietnam, le pourcentage de truies indigènes était de 72 % en 1994. Il n'est désormais plus que de 25 %, peut-on lire dans le rapport, ces truies ayant été remplacées par des «modèles» dits hybrides qui répondent davantage à la logique productiviste qui prévaut actuellement dans le monde agricole.

Pis, dans ce coin de l'Asie, sur les 14 races locales de cochons, trois sont désormais menacées d'extinction, alors que sept autres sont dans un «état critique» ou jugées «vulnérables», selon l'organisation internationale.

«D'un point de vue écologique, il n'y a pas de quoi se réjouir, a déclaré hier le biologique Pierre Brunel, professeur à l'Université de Montréal joint par Le Devoir. La biodiversité, c'est une assurance tous risques. Quand on a trop d'uniformité dans la nature, les dégâts sont plus importants en cas de catastrophe. La biodiversité permet d'étaler les risques [d'épidémie par exemple] sur plusieurs espèces équilibrées dans des écosystèmes qui vont alors rebondir plus rapidement.»

Préconisée et encouragée par la communauté scientifique, la biodiversité dans le secteur agricole ne semble toutefois pas encore préoccuper la majorité des 169 pays membres de la FAO: 48 % d'entre eux n'ont en effet aucun programme de conservation in vivo des races patrimoniales qui ont participé à la construction de leur agriculture. Par ailleurs, les deux tiers de ces États n'ont pris à ce jour aucune mesure pour conserver in vitro le matériel génétique de ces races, et ce, afin de faire face à d'éventuelles catastrophes.

Ces vides réglementaires représentent un drame pour la FAO, puisque toutes «les ressources génétiques sont essentielles pour l'adaptation de l'agriculture aux nouvelles réalités climatiques», mais aussi «pour la sécurité alimentaire mondiale et la subsistance de millions de personnes», indique l'organisation internationale. Cette adaptation est d'autant plus importante que la terre, qui doit actuellement nourrir 6,2 milliards d'individus, devra subvenir aux besoins de 9 milliards d'êtres humains d'ici 40 ans, précise-t-elle.






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  • Jasette
    Abonné
    mardi 19 juin 2007 07h36
    Il faudrait qu'on donne les vrais responsabilités en la matière aux bonnes personnes.
    « Message alarmiste s'il en est, mais qui devrait être entendu par tout le monde. La biodiversité est une loi incontournable de la biologie.

    Comme monsieur Déglise l'écrit: " Sous la pression de l'industrialisation et de l'uniformisation des produits alimentaires, une race de poulet, de boeuf, de cochon ou même de lapin est désormais rayée de la surface du globe tous les mois. " Comment peut-on en être arrivé-là?

    Serait-ce que nous avons confié de grosses responsabilités entre les mains de des gens irresponsables? Que font nos politiciens à ce sujet? Y a-t-il des fonctionnaires assez compétents en la matière et réellement convaincus au point de bien vouloir donner l'heure juste à nos politiciens?

    Il faudrait qu'on donne les vraies responsabilités aux bonnes personnes. Pas à celles qui ont des intérêts à courte vue et dont l'égoïsme étroit finirait par menacer la survie de l'humanité à long terme. »

  • Santamaria Carlos
    Inscrit
    mardi 19 juin 2007 08h06
    Races uniques ....
    « Et bien l'être humain va sacrifier au nom de la productivité , la diversité Animal et notre goût du palais .........
    Encore une fois l'être humain ne réfléchis pas aux conséquences future .......
    L'être humain a un cerveau mais comme on dit ... «il ne voit pas plus loin que le bout de son nez».
    Mais heureusement que le ketchup est la !!!!! ... il cachera le goût fade des aliments ....
    Et qu'arrivera t'il lorsque nous serons 9 milliard ... ferons nous des êtres humains qui mangent juste une ration pour 1 semaine pour pouvoir nourrir tout le monde.
    Allons nous modifier génétiquement l'être humain aussi .........
    Et de quel droit prenons nous des décisions à exterminer les Animaux.....
    La Terre nous appartiens t'elle ??? ou nous est t'elle prêté le temps que l'on vît dessus et que l'on doit la transmettre à nos Enfants en y prenant grand soin. »

  • Guillaume Van Til
    Inscrit
    mardi 19 juin 2007 13h20
    Même les espèces domestiques en voix de disparitions....
    « Ho la la! Je savais que plusieurs espèces animales sauvages étaient en voix de disparitions par la fautes de l'homme. Comme je le sais, il lui devient très difficile de contrôle les habitats naturels de tous ces animaux a cause de l'expansion que prend l'homme et de la bétise de plusieurs.

    Ce qui m'étonne et ce qui m'enrage encore plus, c'est de voir que même les espèce dont il a le contrôle sont en voix de disparition... Il est en plein contrôle et il s'en va exterminer des race de certaine espèce juste pour de simple raison économique. ¨Ca n'a plus de bon sang.... L'argent est rendue un véritable problème!!! »

  • Gilles Théberge
    Inscrit
    mardi 19 juin 2007 18h19
    Bientôt l'humain sera en voie de disparition
    « Jacques Morissette demande si les responsabilités sont entre les mains des bonnes personnes. Manifestement non puisque ce sont ces personnes qui nous mènent allègrement vers l'abîme. La persistance de la biodiversité à travers les âges est ce qui a fait que nous sommes nés pour la plupart dans un monde relativement sain. Le mercantilisme nous a mené dans un monde qui se dégrade à vitesse grand V. Qu'est-ce qui va arrêter cette course au désastre ? Vous ? moi ? Je ne pense pas. Les solutions sont politiques et ceux qui prennent les décisions politiques sont ceux que l'on connaît et qui n'ont qu'une chose en tête : La croissance continue dans un monde aux capacités de croissance limitées. Alors quoi! C'est une véritable révolution qu'il faudrait. Mais qui et comment? là est toute la question. Et finalement je n'yu crois pas. À mon avis il est déjà trop tard. Nous vivons dans une bombe à retardement. J'en conclus que dores et déjà nous sommes sur la piste en voie de disparition, et que cela se produira plus tôt qu'on ne le crois. »

  • Yvonne Dolbec
    Inscrite
    mardi 19 juin 2007 23h00
    Au nom de la modernité
    « Hier, dans un reportage à Téléquébec, on apprenait que Staline avait fait emprisonner un génial généticien russe père d'une impressionnante collection de variétés de tomates pour délit d'atteinte à la modernité. Cette collection est maintenant considérée comme un trésor de l'humanité, et d'autres ont depuis été créées à propos d'autres plantes potagères et céréalières.

    Malheureusement, pour les races animales, la préservation s'avère plus difficile. Cela suppose plus de moyens financiers. Afin de la rendre plus attrayante, on a eu par exemple, la mauvaise idée de croiser la race de bovins canadienne avec des vaches suisses, ce qui a mené à de mauvais hybrides et à la quasi disparition de la race.

    Pourtant, avons-nous vraiment les moyens de faire l'économie de toutes ces races si patiemment créées au cours des siècles? »

  • Pierre Ferron
    Inscrit
    mercredi 20 juin 2007 02h14
    Les producteursdes races patrimoniales sont d'accord
    « La Fédération de producteurs des races patrimoniales du Québec (FPRPQ) tente depuis 2005 d'intéresser le Gouvernement et trois de ses Ministères à cette cause de la sauvegarde des trois races reconnues comme patrimoniales au Québec: le cheval Canadien, la vache Canadienne etla poule Chantecler; elle cherche également des appuis auprès des Fédérations de producteurs, ceux des volailles et du lait en particulier, pour obtenir le droit de produire et de commercialiser. C'est un dossier qui chemine, mais nos trois races patrimoniales restent en sursis!

    Pierre Ferron, agronome, vice-président de la FPRPQ
    Trois-Rivières »

  • Jean-Jacques Lafitte
    Inscrit
    jeudi 21 juin 2007 02h55
    Trop d'hommes
    « Il y a trop d'hommes à nourrir sur la terre. Voilà pourquoi la nourriture s'industrialise. Il faudrait que les Etats adoptent le modèle adopté en Chine il y a environ vingt ans: un seul enfant par couple.
    La France et l'Alleùmagne ont fait massacrer des millioins de personnes pour résoudre de futiles problèmes: à qui appartiennent l'Alsace, la Loraine, L'Indochine, l'Algérie.
    Il est à craindre que, pour régler uin problème plus important, la nourriture, bien des pays fasent massazcrer d'autres millions de personnes. »

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