Les Madelinots passent à l'offensive
«On ne peut rien cacher aux Îles et, de ce fait, la conscience face aux paysages devient forcément plus aiguë», dit Philippe Poullaouec-Gonidec, titulaire de la chaire de l’UNESCO en paysage et en environnement de l’Université de Montréal.
Après la commotion, l'action. Menacées par la disparition possible de leurs paysages enchanteurs sous l'effet du développement touristique et économique, les îles de la Madeleine passent désormais à l'offensive. Pour la première fois dans l'histoire de ce coin du Québec, la notion de «respect de l'environnement visuel» se prépare en effet à faire son entrée dans le schéma d'aménagement de cette municipalité, a appris Le Devoir.
Ce document, qui balise la gestion du territoire, est actuellement en cours de révision. À terme, la réforme vise à protéger le patrimoine naturel des Îles en bloquant par exemple la construction de maisons susceptibles de détruire les paysages de type «carte postale» qui font la renommée de l'endroit.
«C'est un enjeu essentiel pour les îles de la Madeleine», a commenté hier Philippe Poullaouec-Gonidec, titulaire de la chaire de l'UNESCO en paysage et en environnement de l'Université de Montréal, qui a conseillé les autorités locales dans ce processus de protection de l'environnement. «Dans la culture insulaire, la qualité du cadre de vie revêt une importance particulière. Là-bas, tout ce qui se construit est visible par tous en tout temps. On ne peut rien cacher et, de ce fait, la conscience face aux paysages devient forcément plus aiguë.»
La municipalité des Îles, une entité fusionnée qui regroupe depuis 2001 les sept ex-villages de l'archipel, prend d'ailleurs la chose au sérieux. Depuis quelques mois, elle mène en effet des consultations publiques sur les 160 km2 de ce bout du Québec baignant au coeur du golfe du Saint-Laurent afin de prendre le pouls des Madelinots sur la question du paysage.
«Cette tournée des cantons [c'est le nom de l'exercice] nous permet d'amener les gens à s'exprimer sur ce qu'ils considèrent comme étant des valeurs importantes à protéger ici», résume Jeannot Gagnon, directeur du développement du milieu et de l'aménagement du territoire aux Îles. «Ces assemblées vont aussi nous aider à dresser un inventaire des paysages appréciés par nos gens.» Ces paysages pourraient alors se retrouver au coeur de la refonte du schéma d'aménagement, dans la section «à préserver».
Redéfinir le contour des Îles
Le contenu du nouveau schéma n'a pas encore été totalement ficelé par les élus du coin, qui planchent sur cette question depuis l'automne dernier, reconnaît M. Gagnon. Mais dans les grandes lignes, le document qui se prépare à redéfinir les orientations en matière de développement du territoire compte accorder une attention particulière à la protection des lignes de crête de l'archipel, des joyaux de l'endroit.
Ces lignes qui ouvrent sur des images colorées, des falaises, la mer et de la verdure sont très prisées non seulement par les néo-Madelinots mais aussi par les promoteurs immobiliers qui, en se les appropriant pour vivre à l'heure des paysages de l'archipel, viennent paradoxalement détruire ces paysages.
La question des maisons surdimensionnées — les fameuses monster houses populaires dans le 450 et dont quelques spécimens ont fait leur apparition dans le 418 des Îles — risquent aussi de se retrouver au centre de cette reforme. Et ce, afin de mieux encadrer, voire d'interdire leur prolifération. «Il est évident que certains secteurs des îles de la Madeleine vont devoir composer avec des plans d'intégration et d'implantation architecturale [afin de baliser avec rigueur la nature des constructions qui y seront autorisées]», dit M. Gagnon.
Autre dossier sous la loupe: les terres utilisées par l'agriculture. À l'heure actuelle, ce champ de l'économie des Îles n'est pas assujetti à la Loi sur la protection du territoire agricole, contrairement au reste de la province. Par conséquent, les propriétaires peuvent disposer de leurs terrains comme bon leur semble et surtout céder au plus offrant des bouts de la municipalité pour de l'aménagement domiciliaire, par exemple.
«Le zonage agricole doit être plus clair», dit Joël Arseneau, maire des îles de la Madeleine, joint hier par Le Devoir. «Il va falloir se montrer plus restrictif pour éviter que ce paysage agricole fasse l'objet de spéculation, ce qui va à l'encontre des orientations du schéma d'aménagement.»
Le jeu en vaut certainement la chandelle, selon lui. «Nos paysages, c'est notre pouvoir d'attraction, un pouvoir fondamental pour notre économie, dit-il. Si on laisse partir ça, c'est le début de la fin.»
La quête d'un équilibre
Si la tendance se maintient, la nouvelle version du schéma d'aménagement des îles de la Madeleine, où le mot «paysage» va faire son entrée pour la toute première fois, doit être présentée au conseil municipal le 10 avril prochain. Avec sa série d'énoncés d'intention, le document devrait ensuite orienter l'adoption de normes, de plans et de règlements d'urbanisme.
«Il reste encore beaucoup de travail dans les prochaines semaines avant d'arriver à une version finale», reconnaît M. Arseneau, qui avoue que la protection du paysage des Îles suscite de vifs débats sur ce bout de terre situé à 215 kilomètres au large des côtes de la péninsule gaspésienne. «Mais sur cette question, je suis sûr que nous allons trouver un équilibre entre notre développement et le respect de notre patrimoine.»
Ce patrimoine, tout comme le cadre de vie et les harengs fumés, attire chaque année près de 60 000 visiteurs aux îles de la Madeleine. L'activité touristique, stimulée en partie par les paysages insulaires de l'endroit, génère ainsi des retombées économiques de plus de 50 millions de dollars. C'est presque autant que la pêche, première activité économique des lieux, avec 55 millions.
«Ce qui est en train de se passer aux Îles n'est pas un cas isolé, dit M. Poullaouec-Gonidec. Au cours des dernières années, d'autres régions du Québec se sont attelées à protéger leurs paysages. Mais on se rend compte aujourd'hui que cette préoccupation, longtemps émergente, tend à s'enraciner dans plusieurs coins du Québec», laissant ainsi présager qu'un vent des Îles pourrait à l'avenir souffler sur les paysages du continent. Surtout ceux qui sont malmenés par des éoliennes, des lotissements démesurés, des échangeurs délabrés...
Ce document, qui balise la gestion du territoire, est actuellement en cours de révision. À terme, la réforme vise à protéger le patrimoine naturel des Îles en bloquant par exemple la construction de maisons susceptibles de détruire les paysages de type «carte postale» qui font la renommée de l'endroit.
«C'est un enjeu essentiel pour les îles de la Madeleine», a commenté hier Philippe Poullaouec-Gonidec, titulaire de la chaire de l'UNESCO en paysage et en environnement de l'Université de Montréal, qui a conseillé les autorités locales dans ce processus de protection de l'environnement. «Dans la culture insulaire, la qualité du cadre de vie revêt une importance particulière. Là-bas, tout ce qui se construit est visible par tous en tout temps. On ne peut rien cacher et, de ce fait, la conscience face aux paysages devient forcément plus aiguë.»
La municipalité des Îles, une entité fusionnée qui regroupe depuis 2001 les sept ex-villages de l'archipel, prend d'ailleurs la chose au sérieux. Depuis quelques mois, elle mène en effet des consultations publiques sur les 160 km2 de ce bout du Québec baignant au coeur du golfe du Saint-Laurent afin de prendre le pouls des Madelinots sur la question du paysage.
«Cette tournée des cantons [c'est le nom de l'exercice] nous permet d'amener les gens à s'exprimer sur ce qu'ils considèrent comme étant des valeurs importantes à protéger ici», résume Jeannot Gagnon, directeur du développement du milieu et de l'aménagement du territoire aux Îles. «Ces assemblées vont aussi nous aider à dresser un inventaire des paysages appréciés par nos gens.» Ces paysages pourraient alors se retrouver au coeur de la refonte du schéma d'aménagement, dans la section «à préserver».
Redéfinir le contour des Îles
Le contenu du nouveau schéma n'a pas encore été totalement ficelé par les élus du coin, qui planchent sur cette question depuis l'automne dernier, reconnaît M. Gagnon. Mais dans les grandes lignes, le document qui se prépare à redéfinir les orientations en matière de développement du territoire compte accorder une attention particulière à la protection des lignes de crête de l'archipel, des joyaux de l'endroit.
Ces lignes qui ouvrent sur des images colorées, des falaises, la mer et de la verdure sont très prisées non seulement par les néo-Madelinots mais aussi par les promoteurs immobiliers qui, en se les appropriant pour vivre à l'heure des paysages de l'archipel, viennent paradoxalement détruire ces paysages.
La question des maisons surdimensionnées — les fameuses monster houses populaires dans le 450 et dont quelques spécimens ont fait leur apparition dans le 418 des Îles — risquent aussi de se retrouver au centre de cette reforme. Et ce, afin de mieux encadrer, voire d'interdire leur prolifération. «Il est évident que certains secteurs des îles de la Madeleine vont devoir composer avec des plans d'intégration et d'implantation architecturale [afin de baliser avec rigueur la nature des constructions qui y seront autorisées]», dit M. Gagnon.
Autre dossier sous la loupe: les terres utilisées par l'agriculture. À l'heure actuelle, ce champ de l'économie des Îles n'est pas assujetti à la Loi sur la protection du territoire agricole, contrairement au reste de la province. Par conséquent, les propriétaires peuvent disposer de leurs terrains comme bon leur semble et surtout céder au plus offrant des bouts de la municipalité pour de l'aménagement domiciliaire, par exemple.
«Le zonage agricole doit être plus clair», dit Joël Arseneau, maire des îles de la Madeleine, joint hier par Le Devoir. «Il va falloir se montrer plus restrictif pour éviter que ce paysage agricole fasse l'objet de spéculation, ce qui va à l'encontre des orientations du schéma d'aménagement.»
Le jeu en vaut certainement la chandelle, selon lui. «Nos paysages, c'est notre pouvoir d'attraction, un pouvoir fondamental pour notre économie, dit-il. Si on laisse partir ça, c'est le début de la fin.»
La quête d'un équilibre
Si la tendance se maintient, la nouvelle version du schéma d'aménagement des îles de la Madeleine, où le mot «paysage» va faire son entrée pour la toute première fois, doit être présentée au conseil municipal le 10 avril prochain. Avec sa série d'énoncés d'intention, le document devrait ensuite orienter l'adoption de normes, de plans et de règlements d'urbanisme.
«Il reste encore beaucoup de travail dans les prochaines semaines avant d'arriver à une version finale», reconnaît M. Arseneau, qui avoue que la protection du paysage des Îles suscite de vifs débats sur ce bout de terre situé à 215 kilomètres au large des côtes de la péninsule gaspésienne. «Mais sur cette question, je suis sûr que nous allons trouver un équilibre entre notre développement et le respect de notre patrimoine.»
Ce patrimoine, tout comme le cadre de vie et les harengs fumés, attire chaque année près de 60 000 visiteurs aux îles de la Madeleine. L'activité touristique, stimulée en partie par les paysages insulaires de l'endroit, génère ainsi des retombées économiques de plus de 50 millions de dollars. C'est presque autant que la pêche, première activité économique des lieux, avec 55 millions.
«Ce qui est en train de se passer aux Îles n'est pas un cas isolé, dit M. Poullaouec-Gonidec. Au cours des dernières années, d'autres régions du Québec se sont attelées à protéger leurs paysages. Mais on se rend compte aujourd'hui que cette préoccupation, longtemps émergente, tend à s'enraciner dans plusieurs coins du Québec», laissant ainsi présager qu'un vent des Îles pourrait à l'avenir souffler sur les paysages du continent. Surtout ceux qui sont malmenés par des éoliennes, des lotissements démesurés, des échangeurs délabrés...
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