Changements climatiques: à la défense du scepticisme
19 février 2007
Environnement
Il y a quelques jours était dévoilé en grande pompe le résumé du quatrième rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC). La plupart des journalistes s'empressaient de conclure que «le débat scientifique est maintenant définitivement clos», et que ce rapport allait définitivement clouer le bec aux «négationnistes». Les scientifiques, nous dit-on, sont maintenant unanimes, la science a parlé!
J'ai personnellement sursauté en entendant le mot «négationniste». Les mots ne sont pas innocents. Celui-ci en particulier ne peut manquer d'évoquer ceux qui nient l'holocauste, une association qui n'est sûrement pas très flatteuse!
Certains ont ouvertement appelé à ce que ces négationnistes soient jugés pour crimes contre l'humanité. En Oregon et au Delaware, les climatologues d'État George Taylor et David Legates sont menacés d'être mis à la porte par leur gouverneur pour avoir ouvertement affiché leur scepticisme face au «consensus» sur les changements climatiques. La climatologue du Weather Channel aux États-Unis, Heidi Cullen, réclamait quant à elle sur son blogue que les météorologues qui ne croient pas aux changements climatiques se voient retirer leur «sceau d'approbation» de l'American Meteorological Society, ce qui leur enlèverait le droit de présenter la météo dans les médias.
On le voit: la chasse aux sorcières est ouverte!
La vertu du doute
Je le dis tout de suite: je suis un sceptique! [...] Mais d'où me vient ce dangereux scepticisme? Peut-être de ces longues années d'étude qui m'ont mené à mon doctorat en physique? Peut-être aussi de toutes ces années à pratiquer ma science, à faire quelques modestes découvertes, et à observer mes collègues, cette race bizarre que l'on appelle les «scientifiques».
Mais que leur arrive-t-il donc? On m'a pourtant appris que le scepticisme était une des vertus premières du scientifique. Qu'il faut toujours laisser une place au doute, car les théories les plus solides peuvent quelquefois s'écrouler. Bien sûr, un scepticisme radical nous empêcherait d'avancer. Mais une croyance aveugle n'a-t-elle pas le même résultat?
J'aurais envie de dire: méfiez-vous des scientifiques! Sous des apparences d'êtres rationnels, objectifs et désintéressés, se cachent des partisans passionnés, toujours convaincus d'avoir raison, experts dans les joutes rhétoriques. Discréditer les théories rivales, remettre en question les résultats des concurrents, semer, s'il le faut, le doute sur leur intégrité scientifique, voilà les outils qu'ils utilisent pour faire accepter leurs propres théories.
La science, que l'on présente trop souvent comme une marche triomphante vers la vérité, est en réalité une histoire de débats, de disputes, de controverses, pour ne pas dire de bagarres rangées ponctuées de prises de bec épiques. Les savants semblent-ils soudain unanimes que du jour au lendemain, ils laissent tomber leur théorie chérie et en adoptent une nouvelle, qu'ils vilipendaient la veille même. [...]
Voilà la science que j'aime! Celle qui fait toujours une place, même toute petite, au point de vue provocateur. Celle prête à tout moment à se remettre en question. Car c'est cette attitude même qui fait sa force.
Et s'ils avaient raison?
Que serait-il arrivé si Galilée s'était soumis au «consensus» voulant que la Terre soit au centre de l'Univers? C'est un exemple facile, me direz-vous? Mais il y en a tant d'autres, bien plus proches de nous. Que penser de Robin Warren et Barry Marshall, Prix Nobel de médecine en 2005? Leurs travaux montrant que les ulcères d'estomac étaient causés par une bactérie allaient complètement à l'encontre du consensus, fermement établi, voulant que le stress et le mode de vie en étaient la principale cause. De vilains sceptiques, que l'on aurait dû réduire au silence?
Ou bien Lynn Margulis, qui lutta longtemps pour faire accepter sa théorie de l'origine des cellules eukaryotes. Cette théorie est maintenant enseignée dans les cours élémentaires de biologie, et les Américains lui ont accordé la National Medal of Science en 1999. Aurait-elle dû abandonner et se conformer à la majorité? Aujourd'hui encore, elle est une critique féroce du néo-darwinisme, et ose même remettre en question le rôle du VIH dans l'apparition du sida, rejoignant en cela Peter Duesberg, un autre «sceptique». Devrait-on les faire taire? Et s'ils avaient raison?
Vous me demanderez: mais ne croyez-vous pas à la «réalité» des changements climatiques? Je vous répondrai: en tant que scientifique, je ne crois en rien! J'écoute, j'observe. Me sert-on un argument massue, je tâcherai d'y trouver une faille. Me met-on face à des résultats indubitables, je les scruterai à la loupe. Me répète-t-on que des milliers d'autres scientifiques sont d'accord, je répondrai, suivant en cela Einstein: oui, mais il suffit d'un seul pour prouver qu'ils ont tous tort!
Et à tous ceux qui me diront: mais il existe bien une «vérité» scientifique? Eh bien non, désolé! Pour la vérité, il faudra aller voir ailleurs, chez les curés, les juges, les politiciens peut-être? Ils sont tous très forts sur la vérité. Ma science à moi, elle ne fait que débusquer le faux, où qu'il se trouve.
Alors, je n'ai que faire de tout ce cirque, des Al Gore et des Steven Guilbeault de ce monde, pour qui la «vérité scientifique» tient à une animation 3-D d'un glacier qui s'effondre, ou à une photo d'ours polaire flottant sur un iceberg. Laissons les politiciens faire de la politique.
Que l'on réduise les gaz à effet de serre, ce sera ça de pris: quelques fois, dans le doute, il vaut mieux être prudent. Mais de grâce, que l'on ne fasse pas taire les sceptiques!
J'ai personnellement sursauté en entendant le mot «négationniste». Les mots ne sont pas innocents. Celui-ci en particulier ne peut manquer d'évoquer ceux qui nient l'holocauste, une association qui n'est sûrement pas très flatteuse!
Certains ont ouvertement appelé à ce que ces négationnistes soient jugés pour crimes contre l'humanité. En Oregon et au Delaware, les climatologues d'État George Taylor et David Legates sont menacés d'être mis à la porte par leur gouverneur pour avoir ouvertement affiché leur scepticisme face au «consensus» sur les changements climatiques. La climatologue du Weather Channel aux États-Unis, Heidi Cullen, réclamait quant à elle sur son blogue que les météorologues qui ne croient pas aux changements climatiques se voient retirer leur «sceau d'approbation» de l'American Meteorological Society, ce qui leur enlèverait le droit de présenter la météo dans les médias.
On le voit: la chasse aux sorcières est ouverte!
La vertu du doute
Je le dis tout de suite: je suis un sceptique! [...] Mais d'où me vient ce dangereux scepticisme? Peut-être de ces longues années d'étude qui m'ont mené à mon doctorat en physique? Peut-être aussi de toutes ces années à pratiquer ma science, à faire quelques modestes découvertes, et à observer mes collègues, cette race bizarre que l'on appelle les «scientifiques».
Mais que leur arrive-t-il donc? On m'a pourtant appris que le scepticisme était une des vertus premières du scientifique. Qu'il faut toujours laisser une place au doute, car les théories les plus solides peuvent quelquefois s'écrouler. Bien sûr, un scepticisme radical nous empêcherait d'avancer. Mais une croyance aveugle n'a-t-elle pas le même résultat?
J'aurais envie de dire: méfiez-vous des scientifiques! Sous des apparences d'êtres rationnels, objectifs et désintéressés, se cachent des partisans passionnés, toujours convaincus d'avoir raison, experts dans les joutes rhétoriques. Discréditer les théories rivales, remettre en question les résultats des concurrents, semer, s'il le faut, le doute sur leur intégrité scientifique, voilà les outils qu'ils utilisent pour faire accepter leurs propres théories.
La science, que l'on présente trop souvent comme une marche triomphante vers la vérité, est en réalité une histoire de débats, de disputes, de controverses, pour ne pas dire de bagarres rangées ponctuées de prises de bec épiques. Les savants semblent-ils soudain unanimes que du jour au lendemain, ils laissent tomber leur théorie chérie et en adoptent une nouvelle, qu'ils vilipendaient la veille même. [...]
Voilà la science que j'aime! Celle qui fait toujours une place, même toute petite, au point de vue provocateur. Celle prête à tout moment à se remettre en question. Car c'est cette attitude même qui fait sa force.
Et s'ils avaient raison?
Que serait-il arrivé si Galilée s'était soumis au «consensus» voulant que la Terre soit au centre de l'Univers? C'est un exemple facile, me direz-vous? Mais il y en a tant d'autres, bien plus proches de nous. Que penser de Robin Warren et Barry Marshall, Prix Nobel de médecine en 2005? Leurs travaux montrant que les ulcères d'estomac étaient causés par une bactérie allaient complètement à l'encontre du consensus, fermement établi, voulant que le stress et le mode de vie en étaient la principale cause. De vilains sceptiques, que l'on aurait dû réduire au silence?
Ou bien Lynn Margulis, qui lutta longtemps pour faire accepter sa théorie de l'origine des cellules eukaryotes. Cette théorie est maintenant enseignée dans les cours élémentaires de biologie, et les Américains lui ont accordé la National Medal of Science en 1999. Aurait-elle dû abandonner et se conformer à la majorité? Aujourd'hui encore, elle est une critique féroce du néo-darwinisme, et ose même remettre en question le rôle du VIH dans l'apparition du sida, rejoignant en cela Peter Duesberg, un autre «sceptique». Devrait-on les faire taire? Et s'ils avaient raison?
Vous me demanderez: mais ne croyez-vous pas à la «réalité» des changements climatiques? Je vous répondrai: en tant que scientifique, je ne crois en rien! J'écoute, j'observe. Me sert-on un argument massue, je tâcherai d'y trouver une faille. Me met-on face à des résultats indubitables, je les scruterai à la loupe. Me répète-t-on que des milliers d'autres scientifiques sont d'accord, je répondrai, suivant en cela Einstein: oui, mais il suffit d'un seul pour prouver qu'ils ont tous tort!
Et à tous ceux qui me diront: mais il existe bien une «vérité» scientifique? Eh bien non, désolé! Pour la vérité, il faudra aller voir ailleurs, chez les curés, les juges, les politiciens peut-être? Ils sont tous très forts sur la vérité. Ma science à moi, elle ne fait que débusquer le faux, où qu'il se trouve.
Alors, je n'ai que faire de tout ce cirque, des Al Gore et des Steven Guilbeault de ce monde, pour qui la «vérité scientifique» tient à une animation 3-D d'un glacier qui s'effondre, ou à une photo d'ours polaire flottant sur un iceberg. Laissons les politiciens faire de la politique.
Que l'on réduise les gaz à effet de serre, ce sera ça de pris: quelques fois, dans le doute, il vaut mieux être prudent. Mais de grâce, que l'on ne fasse pas taire les sceptiques!
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