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Le premier portrait des GES au Québec - Presque aussi propre que l'Europe

Louis-Gilles Francoeur   19 octobre 2002  Environnement
Les transports produisent 38 % des émissions totales de gaz à effet de serre au Québec.
Photo : Jacques Nadeau
Les transports produisent 38 % des émissions totales de gaz à effet de serre au Québec.
L'exceptionnelle performance du Québec en matière de réduction d'émissions de gaz à effet de serre (GES) depuis 1990 ne s'explique pas uniquement par le recours croissant à l'hydro-électricité. Des gains majeurs ont été réalisés dans plusieurs secteurs par d'autres acteurs, et pas seulement en raison des transferts vers l'électricité. Le premier portrait évolutif et détaillé des GES du Québec fournit une toile de fond essentielle pour comprendre tant sa position dans le dossier chaud de la ratification de Kyoto que la position de plusieurs acteurs économiques. Il permet aussi d'entrevoir où devront porter prioritairement les efforts à venir.

Le dépôt du bilan canadien aux Nations unies en matière de gaz à effet de serre, révélé par Le Devoir au printemps dernier, avait confirmé que le Québec affichait la meilleure performance au Canada en matière d'émissions de GES. Le bilan québécois détaillé, le premier publié par une province au pays, indique que le Québec est aussi en train de rejoindre le score impressionnant de l'Union européenne.

Les émissions du Québec n'ont augmenté entre 1990 et 2000 que de 2,3 %, selon l'inventaire québécois, soit la plus faible augmentation en dix ans au pays. Le Québec y est parvenu en même temps que son produit intérieur brut (PIB) s'accroissait de 26 %, que sa consommation de combustibles fossiles grimpait de 7 % et que sa population augmentait de 6 %.

En comparaison, les émissions canadiennes ont augmenté durant cette décennie de 19,6 %. Les chiffres déposés par Ottawa aux Nations unies situaient l'augmentation des GES québécois à 5 % parce que les bases de calcul diffèrent légèrement.

Mais ce qui est encore plus intéressant dans le bilan québécois, c'est de constater que les émissions moyennes par habitant sont deux fois inférieures à la moyenne canadienne, une moyenne que le Québec contribue d'ailleurs à abaisser sensiblement par son score exceptionnel. En effet, les émissions québécoises s'élèvent à 12 tonnes per capita (t/pc) annuellement, ce qui est la moitié des 23,6 t/pc où se situe la moyenne canadienne. En ce sens, le Québec affiche une consommation moyenne beaucoup plus près de celle de l'Europe, soit 10,7 t/pc en 2000, que de celle du reste du Canada ou des États-Unis, encore plus élevée.

Kyoto

Lors de la signature de la Convention de Rio sur les changements climatiques en 1992, le Canada — et par la suite le Québec volontairement — s'était engagé à stabiliser en l'an 2000 ses émissions de GES au niveau de 1990. Puis, à Kyoto en 1997, Ottawa acceptait de ramener d'ici 2012 ses émissions nationales à 6 % sous le niveau de 1990, un objectif qui est devenu un enjeu politique et économique majeur depuis que le Canada songe à ratifier formellement ce traité, qui suscite présentement une épreuve de force importante entre Ottawa, plusieurs provinces et différents secteurs industriels. L'atteinte des objectifs de Kyoto obligerait le Canada à abaisser de 240 millions de tonnes (Mt) ses émissions annuelles, un objectif qu'il a ramené à 170 Mt car il espère obtenir un nouvelle réduction sous forme de crédits pour ses exportations d'énergie propre aux États-Unis.

Globalement, le Québec rejette chaque année 88 millions de tonnes d'«équivalent de CO2», une manière de ramener sous une même unité les six gaz à effet de serre comptabilisés en vertu du Protocole de Kyoto à l'heure actuelle. Ces émissions correspondent à 12,5 % de celles du Canada, alors que le Québec compte 24 % de la population canadienne.

Les deux secteurs qui contribuent le plus à ces émissions sont les transports, avec 38 % des émissions totales, et l'ensemble des industries, avec une part de 32,5 % dans le bilan québécois.

Le secteur des transports apparaît comme le principal responsable de l'augmentation des GES au Québec avec une hausse de 14,5 % de ses émissions durant la décennie 1990-2000. Au cours de cette période, sa part du bilan global est passée de 33,9 % à 38 %. Cette augmentation majeure est attribuable en grande partie à la hausse constatée dans le transport «routier», qui englobe voitures, motos, véhicules légers et lourds et autobus.

Camions et poids lourds

Le secteur «routier» a haussé ses émissions de 17,9 % entre 1990 et 2000. Si l'on s'en tient aux seules automobiles, l'augmentation est nettement inférieure, soit 7 % en dix ans, ce qui s'explique en grande partie par la faible augmentation du nombre des voitures et par l'augmentation des distances parcourues. Mais les grands responsables des émissions en matière de transports routiers sont les camions légers (4x4, véhicules utilitaires, etc.) et les poids lourds, qui ont haussé respectivement leurs émissions de 75 % et de 43 %. On le comprend mieux quand on constate que le nombre de camions légers a doublé en dix ans et que celui des poids lourds a augmenté de 250 % en raison de la préférence dont il jouit auprès des gouvernements et des industriels.

Le secteur industriel a pour sa part réussi à diminuer sa part du bilan global, ce qui explique que les manufacturiers, syndicats et autres acteurs privés étaient nombreux hier à dénoncer le plan fédéral, qui les frapperait davantage, disent-ils, pour permettre aux pétrolières de l'Ouest d'être moins durement touchées. Les émissions industrielles québécoises sont ainsi passées de 34,7 % dans le bilan de 1990 à 32,5 % dans le bilan de l'an 2000, une diminution de 4,5 %. L'utilisation croissante de combustibles fossiles explique près des deux tiers (57 %) de cette hausse. Le bilan québécois attribue la réduction globale des GES du secteur industriel aux améliorations technologiques et aux politiques d'efficacité énergétique.

Un exemple de cette performance industrielle: Alcan et Québec signaient avant-hier une entente pour réduire les GES des sept usines de ce métallurgiste. Alcan a déjà réduit ses émissions de CO2 de 6,4 % par année depuis 1999 et entend s'assigner des objectifs additionnels d'ici 2007. Avec ces derniers gains, le secteur de l'aluminium, principalement concentré au Québec, a atteint ses objectifs de réduction à court terme de 200 000 tonnes par année, agréés avec le gouvernement Landry en janvier dernier.

Quant aux secteurs résidentiel, commercial et institutionnel, ils ont haussé leurs émissions de 7,1 %, en raison surtout de l'abandon du chauffage au mazout au profit du gaz naturel dans des milliers de résidences. Les plus grands édifices des secteurs commercial et industriel ont, par contre, haussé leurs émissions respectivement de 48 % et de 33,9 % en raison d'une hausse du recours aux combustibles fossiles, probablement liée à la hausse progressive du prix de l'électricité.

L'agriculture a aussi haussé ses émissions de

7,1 %, principalement en raison de l'ouverture de nouvelles surfaces de culture ou d'épandages (9 %), de la gestion des fumiers (5,7 %) et de la «fermentation entrique» (formule polie pour parler des gaz de digestion...), qui enregistre une baisse de 11 % par suite de l'utilisation de moulées plus faciles à digérer!

Le Québec a enfin réussi à abaisser de 13,3 % ses émissions liées à l'enfouissement et à la gestion de ses déchets de toute sorte. Le captage et la combustion des biogaz émis lors de la décomposition des déchets dans le sol ont permis de réduire de 18 % ces émissions fugitives. Pourtant, durant la même période, la quantité de déchets enfouis a augmenté de

38 %, un score moins reluisant côté recyclage... La fermeture de l'incinérateur des Carrières à Montréal, en 1994, a permis notamment de réduire de

34 % les émissions liées à l'incinération des déchets.






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