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Le Salon tourne au vert... pâle

Louis-Gilles Francoeur   20 janvier 2006  Environnement
L’Association des journalistes automobile du Canada (AJAC) a décerné à la Honda Civic Hybrid le prix du «meilleur véhicule à motorisation de rechange» en 2006. L’Office de l’efficacité énergétique du Canada l’a aussi choisie comme la co
Photo : Jacques Grenier
L’Association des journalistes automobile du Canada (AJAC) a décerné à la Honda Civic Hybrid le prix du «meilleur véhicule à motorisation de rechange» en 2006. L’Office de l’efficacité énergétique du Canada l’a aussi choisie comme la co
Il y a un mois et demi, les grandes salles du Palais des congrès de Montréal débordaient de délégués et de militants environnementaux venus de partout à travers le monde pour débattre de la stratégie mondiale de lutte contre les changements climatiques grâce à des réductions concertées des émissions de gaz à effet de serre. Hier, ironie du sort, les mêmes salles étaient occupées par environ 650 véhicules de toute taille dans le cadre du 38e Salon international de l'automobile de Montréal (SIAM).

Cependant, signe des temps sans doute, ce 38e salon, présidé par Normand Hébert Jr, fils du fondateur de l'événement, a désormais l'intention de valoriser, et ce, de façon permanente, les voitures les plus écologiques ainsi que des pratiques moins énergivores par la création d'une sorte d'antichambre verte (appelée la Halte verte) où le public pourra voir les véhicules primés pour leur économie. Cette initiative vise aussi à offrir une vitrine à plusieurs institutions ou groupes, y compris un groupe environnemental comme Équiterre, qui valorise les transports en commun, le covoiturage, le vélo et toutes sortes de stratégies personnelles d'économies d'énergie. À ce propos, le SIAM offrira cette année un rabais de 2 $ du vendredi au dimanche à quiconque présentera une correspondance démontrant qu'il a utilisé les transports en commun.

Pour le président de ce 38e salon, où on retrouvera quand même tous les derniers gros utilitaires sport et les voitures de luxe qui permettent aux nantis de polluer en toute impunité, «le SIAM entre dans une nouvelle ère au volant d'une philosophie qui consiste à se préoccuper des réalités environnementales», poussé par la montée des prix et le protocole de Kyoto, plus populaire au Québec que partout ailleurs en Amérique du Nord. Par le passé, le Salon de l'auto a souvent présenté des prototypes de voitures à propulsion alternative, mais c'était beaucoup plus à titre de curiosité. Cette fois-ci, la direction a voulu structurer cette approche pour faire du SIAM une «référence en matière de voitures plus écologiques et d'énergies alternatives» au cours des prochaines années.

L'Association des journalistes automobile du Canada (AJAC) a d'ailleurs joué le jeu en retenant jusqu'à hier et en exclusivité au SIAM l'annonce de la voiture lauréate du prix décerné au «meilleur véhicule à motorisation de rechange» en 2006. Ce prix a été remporté par la Honda Civic Hybrid. Tous les autres prix décernés par cette association de journalistes ont été dévoilés à Toronto le 6 décembre dernier en prévision du Salon de l'automobile de cette ville, à la mi-février.

Cette nouvelle orientation du SIAM repose sur plusieurs facteurs, a expliqué un organisateur au Devoir hier. C'est notamment au Québec qu'on retrouve le parc automobile le moins énergivore, ce qui n'est peut-être pas sans lien avec le fait que les prix de l'essence sont plus élevés ici qu'en Ontario et dans l'Ouest. Autre fait intéressant: alors que les voitures compactes représentent 23 % du parc automobile canadien, elles constitueraient 52 % du «cheptel roulant» au Québec, a affirmé hier un porte-parole de DaimlerChrysler, qui dévoilait sa nouvelle Caliber, la réponse à prix économique de ce constructeur aux petites japonaises qui grugent sans cesse le marché nord-américain.

La Honda Civic Hybrid, honorée par les journalistes de l'automobile, a aussi reçu le titre de «meilleure compacte» dans la liste des gagnants 2006 désignés par l'Office de l'efficacité énergétique du Canada pour désigner les véhicules les moins énergivores de chaque catégorie. La liste des gagnants est disponible dans la version 2006 du Guide de consommation de carburant, distribué gratuitement au SIAM et disponible sur Internet (changementsclimatiques.gc.ca).

Dans la catégorie des voitures à deux places, c'est aussi Honda, avec son Insight — la première hybride à apparaître sur le marché canadien —, qui remporte la palme. Mais ce sont des voitures plus traditionnelles qui sortent gagnantes dans la catégorie des sous-compactes, soit la Volkswagen Beetle TDI Diesel et la Toyota Yaris, présentée en primeur canadienne hier au SIAM.

La Yaris est disponible en Europe depuis quelques années. Elle aura bientôt pour concurrente la Fit 2007, dévoilée par Honda hier, mais cette auto ne sera pas disponible avant quelque temps, de sorte qu'on ne peut pas dire si elle remportera la bataille de l'économie de carburant. Une chose est toutefois certaine: la nouvelle Fit occupera le créneau que les petites Civic de première génération remplissaient dans les années 80 avant qu'elles ne commencent elles aussi à souffrir d'embonpoint avec l'âge, a expliqué Georges Iny, de l'Association pour la protection des automobilistes (APA). Selon lui, si la Yaris s'annonce comme étant la plus économique, la Fit a des chances d'être meilleure sur le plan de la sécurité et pour l'innocuité de ses émissions compte tenu de l'excellence de Honda en matière de carburation. Mais même si elles sont plus petites que la Honda Civic Hybrid, les Yaris et Fit n'arrivent pas à battre l'étonnante consommation de la lauréate, qui affiche 4,7/4,3 litres aux 100 kilomètres (grande route et ville).

Le constructeur Nissan, qui n'a toujours aucune hybride à offrir au marché canadien, tente par contre de généraliser sur plusieurs de ses modèles la transmission automatique variable. Ce système, utilisé par Toyota sur sa Prius hybride, ajuste à chaque moment la démultiplication de la transmission de façon optimale. L'intérêt de cette pièce d'équipement, c'est qu'au lieu de miser sur une transmission à trois, quatre, voire à six «vitesses», elle offre une démultiplication infinie, tout comme un rhéostat dans le domaine de l'électricité, par ailleurs optimisée par ordinateur pour chaque moment de la conduite. Pour Nissan, cette formule est plus simple et offre quand même de bonnes économies même si celles-ci sont inférieures au rendement énergétique des hybrides de petite taille.

Cette course à l'efficacité énergétique incite les constructeurs à pousser la performance des moteurs à combustion à des niveaux qui étonnent. Par exemple, Audi présentait hier une A2 diesel à trois cylindres équipée d'un turbocompresseur, dont la consommation moyenne se situe à 2,7 litres aux 100 kilomètres (ou 106 milles au gallon) avec tout le confort d'un habitacle luxueux. Cette petite merveille dépasse en performance la Smart, plus spartiate, dont on peut voir plusieurs versions à deux places au SIAM.

Les hybrides gagnent cependant du terrain du côté des gros VUS de General Motors, qui en équipe désormais son Silverado et son VUE, deux utilitaires sport dont la consommation serait ainsi réduite de 12 à 20 % selon le cas. Mais on peut obtenir une bien meilleure économie d'essence et à bien meilleur prix en choisissant tout simplement un véhicule conventionnel plus petit mais néanmoins sécuritaire et confortable.

La nouvelle Halte verte du SIAM permet aussi à des organismes comme le Centre des véhicules électriques du Québec, à Saint-Jérôme, de faire découvrir aux Nord-Américains d'ici les percées de plus en plus significatives qui se sont en Europe dans ce domaine.

Et c'est aussi une occasion pour une société comme Communauto de faire la promotion de cette formule extraordinaire qui permet actuellement à 8500 personnes au Québec de partager 425 véhicules selon leurs besoins et pour des frais d'adhésion raisonnables. Ce système d'«autopartage» permet à des urbains qui ne veulent pas subir la folie du stationnement en ville, s'encombrer des réparations, etc., de compter quand même sur une voiture quand ils en ont besoin. À Montréal seulement, ce système dessert 6600 usagers qui se partagent 322 voitures réparties sur tout le territoire et disponibles en tout temps sur réservation. Communauto version québécoise se définit comme une «entreprise à vocation sociale et environnementale» qui gère au Québec une des flottes du genre les plus importantes dans le monde et une des plus anciennes en Amérique.






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