Le romantisme qui a enivré une partie de la jeunesse faisant de la rue ses espoirs, sa colère et son terrain de jeu politique, n’a pas survécu au désordre social. Ne nous étonnons pas que les Québécois, dont on ne répétera jamais assez que, s’ils flirtent volontiers avec une forme larvée de gauchisme, ils retrouvent toujours leur réflexe centriste quand ils voient poindre à l’horizon un vent d’anarchie, offrent 67 % d’appuis au gouvernement sur la question des droits de scolarité. L’opinion publique s’est d’abord laissé porter par ces défilés de centaines de milliers de jeunes, souriant, chantant, émus par la découverte de leur solidarité nouvelle. Leurs vingt ans faisaient envie à ceux qui ne les avaient plus et qui se grisaient à leurs côtés dans un désir fou de retourner en arrière dans ces combats qui avaient été les leurs au même âge. Dans ce premier stade de la crise, on oubliait volontiers que le gouvernement avait déjà l’appui d’une partie importante de la population qui n’a jamais perçu le dégel des droits de scolarité comme une mesure socialement injuste.