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Fonds d'investissement: Engouement malsain pour les fiducies de revenu?

La semaine du 21 au 24 mars a été marquée par une baisse de rendement de 2,7 % pour les fonds de fiducie de revenu, et ce, à la suite d'une baisse de 1,7 % pour la semaine du 7 au 11 mars. Si bien que, si on ne considère que le mois de mars, la baisse cumulative est de 3,3 %. Les investisseurs adeptes des fiducies de revenu n'ont pas l'habitude d'une telle situation.

En écrivant cette chronique, je me suis questionné sur sa pertinence. Non pas parce que le sujet n'est pas d'actualité, non pas non plus parce que le sujet n'est pas intéressant, mais parce que les investisseurs semblent dangereusement «envoûtés» par le phénomène des fiducies de revenu, et que l'industrie se montre d'une générosité malsaine en leur offrant à profusion ce type de produits, alors qu'on peut douter de la pertinence de certaines fiducies de revenu. Enthousiasme délirant et frénésie de l'offre, voilà un cocktail explosif: comment désamorcer le tout?

L'industrie de la finance a le fâcheux réflexe d'offrir aux investisseurs ce qu'ils désirent, quand ils le désirent. Quand la demande pour un produit est forte, et les titres de haute technologie ont connu ce genre de phénomène il y a quelques années, l'industrie de la finance se mobilise rapidement pour répondre à la demande. Cependant, c'est souvent dans ce genre de situation que l'on connaît des abus, et ce, toujours au détriment des investisseurs qui en auront fait le plein pour leur portefeuille. Et les plus touchés? Trop souvent les mêmes: les non-initiés, les imprudents, ceux dont les moyens sont limités...

Un drôle de phénomène

En principe, une fiducie de revenu est une entreprise qui a atteint une certaine vitesse de croisière, en ce qui a trait au revenu et au profit, dans un secteur bien établi, et dont les revenus seront redistribués aux actionnaires en partie ou en totalité. Généralement, nous trouvons les fiducies de revenus dans quatre secteurs: pétrolier, immobilier, commercial et industriel. En pratique, nous assistons, depuis quelque temps, à un drôle de phénomène. Des fiducies redistribuent à leurs actionnaires plus qu'elles n'encaissent, et pour parer au problème, elles émettent régulièrement de nouvelles unités afin de renflouer les coffres. Pourtant, nous savons tous que dépenser plus que ce que nos revenus ne nous permettent entraînera tôt ou tard un grave problème de liquidité. C'est ici une démarche sans issue, mais trop répandue. Est-ce le cas des fiducies que vous détenez?

La deuxième mise en garde concerne les investisseurs qui comparent les fiducies de revenus à des obligations: erreur. La corrélation, contrairement à ce que la rumeur laisse croire, n'est que de 0,26 %; pourtant, la croyance populaire a toujours laissé planer que les fiducies de revenu avaient une forte corrélation avec les taux d'intérêt, donc avec les obligations. De plus, l'écart type ou la volatilité est plus du double dans les fonds de fiducie de revenu par rapport aux fonds d'obligations.

Enfin, et c'est inquiétant, pour un nombre important de retraités, qui augmente sans cesse depuis deux ans, la pondération en fiducies de revenu dépasse celle des obligations. Tout récemment, un petit sondage personnel non scientifique m'a permis d'apprendre que certains retraités se retrouvent actuellement avec des pondérations de plus de 30 %, et même 50 %, dans ce secteur. C'est de la pure folie. Le danger est réel et important.

Ces investisseurs veulent-ils oublier l'histoire ou sont-ils mal informés? Les résultats restent les mêmes. Les risques qu'ils courent sont très élevés. L'investisseur est trop souvent victime de sa propre insouciance, mais la seule victime aussi. L'année 1998 a démontré que ce secteur peut facilement baisser de plus de 15 %, et ce, très rapidement. C'est énorme, et j'ai l'impression que plusieurs investisseurs en sont inconscients, volontairement ou involontairement... Les investisseurs semblent aussi oublier que certaines fiducies, dans le secteur pétrolier par exemple, vont un jour épuiser les réserves sous-jacentes. Une baisse de la valeur des unités sera normale et irrémédiable aussi. Je ne conseille pas à l'investisseur de tout vendre sa pondération dans ce secteur, mais au moins de ramener cette portion de portefeuille dans une pondération acceptable qui ne doit en aucun cas dépasser 10 à 15 %. Chaque jour, le risque de ce secteur augmente. Et le vôtre?

question@avantages.com

L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages Services Financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et dans la gestion privée.
 
 
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