Que penser des iUnits?
Que pensez-vous des placements indiciels tels les iUnits de Barclays Global Investors? Merci.
S. S.
Les iUnits (en français, on les nomme les unités de fonds négociées) sont essentiellement des fonds indiciels dont les unités se négocient à la Bourse comme des actions. Par définition, un fonds indiciel épouse essentiellement la composition de l'indice ou sous-indice boursier duquel il entend calquer le rendement. C'est ainsi qu'on a des iUnits calquant la composition de l'indice S&P/TSX 60 qui se compose des actions des 60 plus importantes compagnies canadiennes. D'autres calquent l'indice des moyennes capitalisations (entreprises de taille moyenne) du TSX. D'autres épousent la composition de sous-indices tels que ceux du secteur de l'énergie, du secteur financier, de l'or, etc. On a même des iUnits calquant la composition de l'indice obligataire de Scotia McLeod.
Par rapport aux fonds mutuels traditionnels, les iUnits comportent des avantages importants: leurs frais administratifs sont minimes; il n'y a pas de frais de gestion; on peut les acheter par le truchement d'un courtier escompteur dont les frais de courtage sont minimes; le nombre d'intermédiaires entre vous et votre placement est moindre; enfin, le dividende moyen de l'indice est versé aux détenteurs.
Si je compare les iUnits aux fonds mutuels, les premiers m'apparaissent donc plus attrayants que les seconds. Mais au grand jamais les iUnits ne peuvent se substituer à une saine stratégie d'achat direct d'actions.
Dans le cas des iUnits, les investisseurs tentent essentiellement de faire ce qu'on appelle du market timing. Cet exercice tient davantage de l'oracle et du casino que de l'investissement à long terme. Comment faire pour reconnaître qu'un iUnit s'échange actuellement à un prix convenable? Quels sont les critères précis à utiliser pour l'évaluer? Bien sûr, à partir d'une analyse macroéconomique et sectorielle, un investisseur averti peut déterminer les secteurs les plus prometteurs et, ainsi, parvenir à trouver les iUnits les plus attrayants. Mais, pour cela, il doit faire reposer ses décisions sur les analyses d'économistes qui, eux-mêmes, ont souvent de la difficulté à prédire l'activité économique de la prochaine année. Cette approche que sous-entendent les iUnits est pour le moins nébuleuse et se trouve à mille lieues de ce qu'est le véritable placement qui consiste à repérer quelques entreprises solides financièrement ayant un avenir prometteur et à évoluer avec elles.
Car, voyez-vous, je ne crois pas que le portefeuille d'un individu doive être géré comme un indice boursier. Surtout que les indices boursiers pourraient marquer le pas pendant encore de nombreuses années, comme ils le font depuis l'éclatement de la bulle des technos. En effet, depuis l'an 2000, aucun des indices américains n'a remonté à son sommet d'alors. Le Nasdaq n'est parvenu qu'à toucher la barre de 2000 alors qu'il était à 5000 il y a quatre ans. Quant au Dow Jones, il n'a pas encore rattrapé tout le terrain perdu alors qu'il oscillait en 2000 autour de 11 500. Idem pour le S&P/TSX.
Pourtant, en dépit de cette piètre performance des indices depuis l'an 2000, les titres de plusieurs compagnies ont sans cesse établi de nouveaux sommets. Les actionnaires des banques se sont sensiblement enrichis depuis quatre ans alors que ceux qui ont géré leur portefeuille comme un indice se sont appauvris durant la même période. C'est ainsi que le cours de l'action de la Banque de Montréal est passé de moins de 25 $ à 55 $ durant cette période. Le cours de l'action d'Imperial Oil, la plus grande pétrolière intégrée du pays, est passé de 26 $ à 75 $. L'action de Fortis, un producteur d'électricité canadien, est passée de 30 $ à 70 $, celle d'Atco (exploitant de pipelines et producteur d'électricité de l'Ouest canadien) de 30 $ à 58 $, celle de Rothmans, fabricant de cigarettes, de 15 $ à 41 $, etc. Conclusion: il faut être sélectif pour s'enrichir à la Bourse. La sélectivité nous ramène à ce qu'est le véritable placement: repérer des entreprises prometteuses et les suivre adéquatement pendant de longues années. L'investisseur peut ainsi prendre une décision éclairée puisque, avec le temps, l'exploitation des quelques entreprises choisies lui devient familière. Hausse de capacité de production par acquisition ou construction d'usines, amélioration de la marge bénéficiaire, valeur intrinsèque de l'action qui peut être mesurée par les ventes potentielles par action, les flux de trésorerie par action, la valeur comptable de l'action, le tout comparé au cours actuel de l'action, l'évolution du prix de la ou les denrées produites par l'entreprise, etc., sont là autant de mesures permettant à l'investisseur de prendre une décision éclairée en matière de placement. En suivant quelques entreprises bien choisies, l'investisseur est aussi en mesure d'évaluer la compétence des dirigeants et l'efficacité de leur stratégie de croissance à long terme. Voilà ce qu'est le véritable placement.
Petite question sur l'immobilier
Dans votre équation de référence pour un bon achat d'immeuble à revenus — neuf fois (ou moins) les revenus annuels de location —, doit-on inclure dans le calcul le logis occupé par le propriétaire? Par exemple, un triplex: 3 loyers X 900 $ = 2700 $ X 12 = 32 400 $ X 9 = 291 600 $? Ou comptons-nous seulement les deux loyers des appartements à louer?
J'apprécie votre chronique même si je suis nul en affaires financières. Merci de m'éclairer!
C. P. B.
Vous devez inclure le loyer potentiel du logement principal pour déterminer la valeur marchande raisonnable du triplex convoité, et ce, même si vous envisagez occuper ledit logement à titre de résidence principale.
Certes, le multiple de neuf fois ou moins le revenu potentiel est un barème de base pour déterminer la juste valeur d'achat d'un triplex. D'autres barèmes doivent être aussi considérés. Il y a le prix de propriétés comparables du secteur récemment vendues comparé à celui du triplex convoité. Il y a aussi la valeur de remplacement (ce qu'il en coûterait pour bâtir la même propriété neuve).
Il y a également le coût d'occupation du logement principal du triplex comparé à celui d'une maison unifamiliale du même secteur offrant à peu près la même surface habitable. Là, il vous faut déterminer le coût annuel du logement principal (le logement du rez-de-chaussée) si vous l'occupez, et ce, selon le prix payé pour l'immeuble. Une façon d'y arriver est d'abord de trouver la valeur locative d'un tel logement dans le secteur (cette valeur locative exclut la dépense de chauffage: les logements modernes sont souvent loués non chauffés). À cela, il faut ajouter la dépense de chauffage estimée pour le logement. Enfin, ajoutez le déficit d'exploitation (cela exclut la dépense d'amortissement; ici, vous faites l'état des recettes et débours comme si vous n'occupiez pas ledit immeuble) de la propriété prévu pour la première année. La somme vous donne le coût total d'occupation du logement principal pour la première année. Ce coût peut être plus élevé que celui d'une maison unifamiliale pour la première année. N'allez pas toutefois conclure qu'il est alors préférable d'acheter un bungalow plutôt qu'un triplex. Car, dans le cas du triplex, les revenus de location sont appelés à croître au moins au rythme annuel de l'inflation. Dans le cas d'un bungalow, il n'y a pas de revenus croissants. Par contre, son coût d'occupation croîtra, lui, probablement au rythme annuel de l'inflation, sauf pour la dépense d'intérêt qui, elle, peut être relativement stable. Conséquence: le coût pour occuper le logement principal du triplex ira en diminuant dès la prochaine hausse annuelle des loyers alors que celui du bungalow ne cessera d'augmenter année après année. Le prix payé pour le triplex doit être tel que, au bout de cinq ans, le coût d'occupation de son logement principal soit inférieur d'au moins 20 % (idéalement de 30 % ou plus) à celui d'un bungalow comparable.
cchiasson@proplacement.qc.ca
Classe Internet: www.proplacement.qc.ca
S. S.
Les iUnits (en français, on les nomme les unités de fonds négociées) sont essentiellement des fonds indiciels dont les unités se négocient à la Bourse comme des actions. Par définition, un fonds indiciel épouse essentiellement la composition de l'indice ou sous-indice boursier duquel il entend calquer le rendement. C'est ainsi qu'on a des iUnits calquant la composition de l'indice S&P/TSX 60 qui se compose des actions des 60 plus importantes compagnies canadiennes. D'autres calquent l'indice des moyennes capitalisations (entreprises de taille moyenne) du TSX. D'autres épousent la composition de sous-indices tels que ceux du secteur de l'énergie, du secteur financier, de l'or, etc. On a même des iUnits calquant la composition de l'indice obligataire de Scotia McLeod.
Par rapport aux fonds mutuels traditionnels, les iUnits comportent des avantages importants: leurs frais administratifs sont minimes; il n'y a pas de frais de gestion; on peut les acheter par le truchement d'un courtier escompteur dont les frais de courtage sont minimes; le nombre d'intermédiaires entre vous et votre placement est moindre; enfin, le dividende moyen de l'indice est versé aux détenteurs.
Si je compare les iUnits aux fonds mutuels, les premiers m'apparaissent donc plus attrayants que les seconds. Mais au grand jamais les iUnits ne peuvent se substituer à une saine stratégie d'achat direct d'actions.
Dans le cas des iUnits, les investisseurs tentent essentiellement de faire ce qu'on appelle du market timing. Cet exercice tient davantage de l'oracle et du casino que de l'investissement à long terme. Comment faire pour reconnaître qu'un iUnit s'échange actuellement à un prix convenable? Quels sont les critères précis à utiliser pour l'évaluer? Bien sûr, à partir d'une analyse macroéconomique et sectorielle, un investisseur averti peut déterminer les secteurs les plus prometteurs et, ainsi, parvenir à trouver les iUnits les plus attrayants. Mais, pour cela, il doit faire reposer ses décisions sur les analyses d'économistes qui, eux-mêmes, ont souvent de la difficulté à prédire l'activité économique de la prochaine année. Cette approche que sous-entendent les iUnits est pour le moins nébuleuse et se trouve à mille lieues de ce qu'est le véritable placement qui consiste à repérer quelques entreprises solides financièrement ayant un avenir prometteur et à évoluer avec elles.
Car, voyez-vous, je ne crois pas que le portefeuille d'un individu doive être géré comme un indice boursier. Surtout que les indices boursiers pourraient marquer le pas pendant encore de nombreuses années, comme ils le font depuis l'éclatement de la bulle des technos. En effet, depuis l'an 2000, aucun des indices américains n'a remonté à son sommet d'alors. Le Nasdaq n'est parvenu qu'à toucher la barre de 2000 alors qu'il était à 5000 il y a quatre ans. Quant au Dow Jones, il n'a pas encore rattrapé tout le terrain perdu alors qu'il oscillait en 2000 autour de 11 500. Idem pour le S&P/TSX.
Pourtant, en dépit de cette piètre performance des indices depuis l'an 2000, les titres de plusieurs compagnies ont sans cesse établi de nouveaux sommets. Les actionnaires des banques se sont sensiblement enrichis depuis quatre ans alors que ceux qui ont géré leur portefeuille comme un indice se sont appauvris durant la même période. C'est ainsi que le cours de l'action de la Banque de Montréal est passé de moins de 25 $ à 55 $ durant cette période. Le cours de l'action d'Imperial Oil, la plus grande pétrolière intégrée du pays, est passé de 26 $ à 75 $. L'action de Fortis, un producteur d'électricité canadien, est passée de 30 $ à 70 $, celle d'Atco (exploitant de pipelines et producteur d'électricité de l'Ouest canadien) de 30 $ à 58 $, celle de Rothmans, fabricant de cigarettes, de 15 $ à 41 $, etc. Conclusion: il faut être sélectif pour s'enrichir à la Bourse. La sélectivité nous ramène à ce qu'est le véritable placement: repérer des entreprises prometteuses et les suivre adéquatement pendant de longues années. L'investisseur peut ainsi prendre une décision éclairée puisque, avec le temps, l'exploitation des quelques entreprises choisies lui devient familière. Hausse de capacité de production par acquisition ou construction d'usines, amélioration de la marge bénéficiaire, valeur intrinsèque de l'action qui peut être mesurée par les ventes potentielles par action, les flux de trésorerie par action, la valeur comptable de l'action, le tout comparé au cours actuel de l'action, l'évolution du prix de la ou les denrées produites par l'entreprise, etc., sont là autant de mesures permettant à l'investisseur de prendre une décision éclairée en matière de placement. En suivant quelques entreprises bien choisies, l'investisseur est aussi en mesure d'évaluer la compétence des dirigeants et l'efficacité de leur stratégie de croissance à long terme. Voilà ce qu'est le véritable placement.
Petite question sur l'immobilier
Dans votre équation de référence pour un bon achat d'immeuble à revenus — neuf fois (ou moins) les revenus annuels de location —, doit-on inclure dans le calcul le logis occupé par le propriétaire? Par exemple, un triplex: 3 loyers X 900 $ = 2700 $ X 12 = 32 400 $ X 9 = 291 600 $? Ou comptons-nous seulement les deux loyers des appartements à louer?
J'apprécie votre chronique même si je suis nul en affaires financières. Merci de m'éclairer!
C. P. B.
Vous devez inclure le loyer potentiel du logement principal pour déterminer la valeur marchande raisonnable du triplex convoité, et ce, même si vous envisagez occuper ledit logement à titre de résidence principale.
Certes, le multiple de neuf fois ou moins le revenu potentiel est un barème de base pour déterminer la juste valeur d'achat d'un triplex. D'autres barèmes doivent être aussi considérés. Il y a le prix de propriétés comparables du secteur récemment vendues comparé à celui du triplex convoité. Il y a aussi la valeur de remplacement (ce qu'il en coûterait pour bâtir la même propriété neuve).
Il y a également le coût d'occupation du logement principal du triplex comparé à celui d'une maison unifamiliale du même secteur offrant à peu près la même surface habitable. Là, il vous faut déterminer le coût annuel du logement principal (le logement du rez-de-chaussée) si vous l'occupez, et ce, selon le prix payé pour l'immeuble. Une façon d'y arriver est d'abord de trouver la valeur locative d'un tel logement dans le secteur (cette valeur locative exclut la dépense de chauffage: les logements modernes sont souvent loués non chauffés). À cela, il faut ajouter la dépense de chauffage estimée pour le logement. Enfin, ajoutez le déficit d'exploitation (cela exclut la dépense d'amortissement; ici, vous faites l'état des recettes et débours comme si vous n'occupiez pas ledit immeuble) de la propriété prévu pour la première année. La somme vous donne le coût total d'occupation du logement principal pour la première année. Ce coût peut être plus élevé que celui d'une maison unifamiliale pour la première année. N'allez pas toutefois conclure qu'il est alors préférable d'acheter un bungalow plutôt qu'un triplex. Car, dans le cas du triplex, les revenus de location sont appelés à croître au moins au rythme annuel de l'inflation. Dans le cas d'un bungalow, il n'y a pas de revenus croissants. Par contre, son coût d'occupation croîtra, lui, probablement au rythme annuel de l'inflation, sauf pour la dépense d'intérêt qui, elle, peut être relativement stable. Conséquence: le coût pour occuper le logement principal du triplex ira en diminuant dès la prochaine hausse annuelle des loyers alors que celui du bungalow ne cessera d'augmenter année après année. Le prix payé pour le triplex doit être tel que, au bout de cinq ans, le coût d'occupation de son logement principal soit inférieur d'au moins 20 % (idéalement de 30 % ou plus) à celui d'un bungalow comparable.
cchiasson@proplacement.qc.ca
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