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Les Québécois plus frileux... par rapport au REER?

On dit du régime enregistré d'épargne-retraite (REER) qu'il est «un incontournable» mais, d'année en année, les Québécois cotisent peu ou moins que la moyenne canadienne. Cette année encore, un sondage réalisé par la firme Ipsos Reid pour le compte de la Banque Royale indique qu'ils sont plus enclins à compter sur un régime de pension pour subvenir à leurs besoins une fois rendus à la retraite. La tendance récente fait même ressortir un recul du nombre de cotisants depuis le sommet de 2001. Plus frileux, les Québécois?

Selon les données recueillies par Desjardins Études économiques, ils ne seront que 1,5 million de Québécois à cotiser cette année, pour une contribution totale de près de six milliards de dollars ou de 3940 $ par cotisant. Ainsi, 26 % des contribuables Québécois vont canaliser de l'épargne vers le REER, soit une proportion conforme à la moyenne nationale. Pour les cotisations, toutefois, celles des Québécois se situent à 1000 $ sous la moyenne canadienne.

Ce différentiel persiste, année après année, depuis 1997. Si cette évolution historique fait ressortir une certaine frilosité des Québécois, une mouvance plus inquiétante encore est observée quant au nombre de cotisants, en baisse depuis le sommet de 2001.

Ainsi, une petite portion seulement aura bénéficié pleinement de la hausse du plafond du taux de cotisation, porté à 14 500 $ l'an dernier et à 15 500 $ pour l'actuelle campagne REER 2004. «Ce changement aura sans doute profité à certains contribuables, notamment ceux bénéficiant d'un revenu relativement élevé et pour lesquels le maximum permis était atteint année après année», a souligné le Mouvement Desjardins. L'institution fait ressortir les données de Statistique Canada indiquant que le quart des cotisants au Québec avaient déclaré un revenu total supérieur ou égal à 60 000 $ en 2003, tout en cumulant près de la moitié des 5,8 milliards de dollars cotisés dans la province.

Pour les autres la cueillette fut moins prolifique, ce qui fait que, dans l'ensemble, on va même jusqu'à comptabiliser une baisse des cotisations en 2002 et 2003. Pour Desjardins, ces reculs ne seraient pas étrangers au boum immobilier qu'a connu le Québec. En 2002 seulement, près de 60 % des accédants à la propriété auraient pigé dans leur REER dans le cadre du Régime d'accession à la propriété. «Qui plus est, dans 30 % des cas le REER aurait constitué la principale source de mise de fond», a mis en exergue Desjardins, qui estime que la situation n'a pas véritablement changé en 2003 et 2004.

Pas étonnant, donc, que dans le sondage de la Banque Royale, seulement 38 % des Québécois interrogés manifestent l'intention de cotiser à leur REER cette année, alors que la moyenne nationale est de 47 %. De plus, 57 % des Québécois adultes possèdent un REER, soit un chiffre inférieur à la moyenne nationale, qui atteint 65 %. Les Québécois sont aussi nettement en queue du peloton pour le montant de leurs cotisations, qui ne devrait atteindre en moyenne que 3974 $ pour l'année d'imposition 2004, comparativement à une moyenne nationale de 5560 $.

Pourtant, le REER est un incontournable, ne serait-ce que pour accroître son patrimoine-retraite ou encore pour bénéficier d'un étalement du revenu imposable. Ne serait-ce aussi, que pour répondre à l'environnement actuel, dominé par l'augmentation de l'espérance de vie et la faiblesse des taux de rendement. On le présente, d'ailleurs, comme l'une des trois composantes d'une démarche visant à protéger sa qualité de vie une fois la retraite venue.

Ces composantes s'inspirent de l'évaluation voulant que la qualité de vie est maintenue à la retraite avec un capital permettant de générer au moins 60 % du revenu brut dégagé durant la phase dite active. Le système canadien de retraite s'en inspire, d'ailleurs, en s'articulant autour de trois modes d'épargne qui, combinés, visent un taux de remplacement du revenu entre 65 % et 70 %. Il y a les régimes publics, qui permettent de couvrir environ 35 % du revenu dégagé par le bénéficiaire avant sa retraite, mais jusqu'à un plafond d'à peine 40 000 $. Et il y a l'épargne-retraite privée, comprenant les REER et les régimes complémentaires en milieu de travail.

En ce qui concerne la portion privée, les Québécois sont toutefois plus enclins à compter sur un régime de pension. S'ils contribuent moins (que la moyenne canadienne) à un REER, ils sont 42 % à prévoir cotiser à un régime de pension, comparativement à 33 % de l'ensemble des Canadiens, selon les observations de la Royale.

Rappelons les grandes particularités du véhicule. Résumé à sa plus simple expression, le REER s'appuie sur cet impératif consistant à investir tôt, dans la vie et dans l'année. Ne serait-ce que pour repousser l'imposition et accumuler des rendements à l'abri de l'impôt, de manière à faire tourner rapidement la roue du rendement composé.

De plus, le REER n'est pas un abri fiscal. Il prend plutôt la forme d'un régime d'étalement du revenu imposable, l'imposition du revenu étant reportée dans le temps au moment du retrait, partiel ou total, des sommes injectées dans le régime. Le titulaire du régime tentera de faire coïncider ce retrait avec une période où son taux d'imposition sera inférieur (à la retraite ou lors d'un congé sabbatique, par exemple) à ce qu'il était au moment des contributions.

Le REER offre deux grands avantages. D'une part, les contributions sont entièrement déductibles du revenu imposable, et ce, tant au provincial qu'au fédéral. De plus, les revenus générés par le capital injecté dans le régime ne sont pas imposables tant et aussi longtemps que les fonds demeurent à l'intérieur du régime. La croissance du capital s'en trouve accélérée à la fois par l'accumulation de revenus de placement à l'abri de l'impôt et par le jeu du rendement composé. Le réinvestissement du retour d'impôt viendra accélérer le mouvement.

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