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Échanger une rente contre un montant forfaitaire - Un pensez-y bien

J'aurai 54 ans le 20 juin et je veux prendre ma retraite à 60 ans. Ayant oeuvré une vingtaine d'années au sein de la construction, je possède un RPA de l'industrie de la construction avec droit acquis puisque je suis inactif dans cette industrie depuis six ans. Ce fonds me donne droit présentement à une rente à vie à 60 ans, ou avant avec réduction à 11 853 $ par année, montant qui devrait s'apprécier d'environ 1500 $ dans mon compte complémentaire à la retraite, à 60 ans, pour totaliser 13 353 $. Il s'agit d'une rente réversible à 60 % au conjoint à mon décès.

Mon conseiller en placement me propose de retirer le montant total du compte, qui était d'environ 50 474 $ au 29 janvier 2002, et de le transférer dans un CRI composé de cinq parts égales dans les fonds ou placements suivants: MacIvy canadien, Timark équilibré select, AGF valeurs internationales, Fidelity obligations canadiennes et dans les coupons détachables.


Je possède par ailleurs un autre RPA de mon employeur actuel, qui est d'environ 46 000 $, auquel mon employeur et moi contribuons à raison de 14,5 % par année de mon revenu annuel de 68 000 $. Je possède un REER de 21 000 $ et ma conjointe en a un de 57 400 $. Je suis un peu réticent par rapport à cette proposition de mon conseiller. Qu'en pensez-vous? Ma conjointe n'a jamais travaillé et elle aura 55 ans en juin.


Merci à l'avance pour votre réponse.


G. B.


Lac-Saint-Jean





Durant les années 90, plus spécifiquement durant la première moitié de cette décennie, les gouvernements ont mené une vaste opération de redressement de leur bilan financier. Redressement qui s'est traduit par une réduction importante des effectifs parmi les fonctionnaires en leur proposant une préretraite à des conditions très alléchantes. Des conditions si attrayantes (telle qu'encaisser la rente prévue à 57 ans dès l'âge de 53 ans sans aucune pénalité) que des milliers de fonctionnaires ont accepté l'offre. Des conditions tellement attrayantes que l'option d'encaisser la valeur actuelle de cette rente plutôt que de la percevoir à chaque mois se justifiait dans bien des cas.


Ce temps est cependant bel et bien révolu. Les cas où troquer sa rente contre un montant forfaitaire s'avère avantageux se feront dorénavant plus rares. Et vous ne faites pas partie de ceux-ci.


Selon les chiffres fournis dans votre lettre et en supposant une espérance de vie de 82 ans, la valeur actualisée de votre rente de 13 353 $ à 60 ans s'élève à 160 781 $ (sur la base d'un rendement annuel composé de 6 %). Valeur qui pourrait être encore plus élevée si votre rente contient une clause d'ajustement à l'inflation.


Or votre conseiller vous recommande d'encaisser immédiatement la valeur accumulée de votre régime, qui est de 50 474 $. Avez-vous demandé à votre courtier quel devra être le rendement de cette somme pour qu'elle équivaille à 60 ans la valeur actualisée de 160 781 $ de votre rente? Réponse: 21,3 %. À votre avis, votre conseiller se sent-il d'attaque pour vous assurer un tel rendement au cours des six prochaines années? J'en doute fort.


Il est bien évident que celui-ci n'a fait aucun des calculs précédents avant de vous recommander l'encaissement de la valeur actuelle de votre rente. La seule chose qu'il ait considérée: vous vendre sa salade et tous les produits financiers qui viennent avec. Ou alors il n'avait tout simplement pas les connaissances nécessaires pour analyser votre cas.





Ne pas confondre capitalisation boursière et capitalisation financière


Je me demande si un petit topo de votre part expliquant l'endettement des sociétés ne serait pas utile. J'imagine que, les chefs d'entreprise n'étant pas des imbéciles (ce qui ne les met pas à l'abri de décisions parfois douteuses), ils n'enfoncent pas leurs compagnies dans les dettes du jour au lendemain sans que le hasard, la malchance ou une conjoncture qu'ils n'ont pas su voir venir y soit pour quelque chose. Est-ce que, par exemple, la baisse spectaculaire de la capitalisation boursière — qui fait que le ratio actif/passif d'une entreprise change du tout au tout instantanément ou presque — n'est pas le principal facteur en cause?


Il me semble que vous arriveriez en quelques paragraphes à démontrer cette mécanique et à la vulgariser pour l'ensemble de vos lecteurs, qui ne voudraient pas rater une de vos chroniques pour rien au monde.


Je vous remercie à l'avance.


G. L.


Attention. Quand on parle du taux d'endettement d'une entreprise, il ne faut pas confondre capitalisation boursière (ce à quoi vous faites référence dans votre lettre) et capitalisation financière. Le premier s'obtient en multipliant simplement le nombre d'actions en circulation de l'entreprise par le cours de l'action. Cette donnée n'a rien à voir (du moins directement) avec le calcul du taux d'endettement de la firme. Que la valeur boursière globale d'une firme monte ou descende n'influe pas directement sur son taux d'endettement.


La capitalisation financière correspond pour sa part à la somme des dettes à court et à long terme et de l'avoir des actionnaires. La dette totale (court et long terme) divisée par la capitalisation financière donne le taux d'endettement de la compagnie. Comme vous pouvez le constater, capitalisation boursière et capitalisation financière sont deux notions distinctes.


Cela dit, indirectement, l'effondrement de la capitalisation boursière d'une firme ou de ses filiales peut finir par altérer son ratio d'endettement. Car, un recul prononcé du cours de l'action limite les avenues qu'a une entreprise pour financer son expansion. Dans un tel cas, elle peut être contrainte de faire appel davantage à l'émission de titres de créance que d'actions, ce qui augmentera son taux d'endettement. Un effondrement de sa capitalisation boursière ou de celle de ses filiales peut aussi l'obliger à radier de ses livres des éléments d'actif dont la valeur comptable, si elle est importante, réduira sensiblement l'avoir des actionnaires et, en définitive, aura pour effet d'accroître le taux d'endettement de la compagnie.


Évidemment, comme vous le soulignez dans votre lettre, la hausse générale du taux d'endettement d'un bon nombre d'entreprises n'est pas nécessairement le fruit de l'imbécillité de leurs dirigeants. Je pense surtout que la bulle spéculative connue en 1999 et en 2000 à la Bourse a faussé les valeurs relatives à telle enseigne qu'elle a piégé plusieurs de ces dirigeants (dont Jean Monty, l'ancien président de BCE) engagés dans des programmes dynamiques d'acquisitions.
 
 
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