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Libre opinion: Certains retraités sont-ils trop choyés par le RRQ?

Jean-Claude Lapierre - Libraire à Montréal  28 octobre 2004  Finances personnelles
La «liberté 55» fait rêver, comme l'espoir de gagner à la loterie. Qui ne désire pas se retirer encore jeune, en forme, avec suffisamment d'argent pour en profiter le plus longtemps possible?

Sachant ce que rapporte en intérêts un million de dollars placé à la banque, plusieurs retraités, ex-membres de la fonction publique provinciale, municipale ou scolaire, peuvent se vanter de faire partie de ce club de bienheureux millionnaires grâce à de généreux virements bancaires provenant du Régime des rentes du Québec.

Pour un couple de retraités dont les deux conjoints ont été salariés des services publics, c'est l'abondance. Ces incroyables pensions, d'une générosité extrême — jusqu'à 75 % du dernier salaire reçu —, sont indexées, sans rapport aux cotisations versées. Une véritable bombe à retardement dont le montant reste pour l'heure une énigme.

Cela explique sans doute l'accroissement phénoménal des cotisations obligatoires versées au Régime des rentes du Québec par les travailleurs de tous les secteurs d'activité. Le taux de cotisation est passé de 6 % en 1997 à 9,9 % en 2003 sur des gains admissibles se situant entre 3500 $ et 39 900 $ (somme répartie également entre employé et employeur).

En fait, ces augmentations de primes constituent la plus forte hausse d'impôt véritable de toute l'histoire du Québec. Le régime accapare ainsi près de 10 % du salaire de la majorité des travailleurs du Québec qui contribuent jusqu'à 3950 $ par année au fonds de la RRQ.

Prolongation de traitement

Personne n'ignore aujourd'hui que, pour un même dollar cotisé à la RRQ, certains touchent dix fois plus que d'autres. Les travailleurs autonomes, souvent à statut précaire, doivent verser des primes deux fois plus élevées que les travailleurs salariés — qui ont souvent une sécurité d'emploi totale, gage d'une espérance de vie meilleure — pour aboutir avec les mêmes rentes.

Le Régime des rentes du Québec est un ramassis de régimes de retraite d'employés du secteur public et du secteur privé. Les uns sont suffisamment capitalisés, les autres pas.

Au gouvernement, la pension est conçue comme la prolongation du traitement du fonctionnaire, aux frais des contribuables. Il y aura bientôt plus de fonctionnaires à la retraite que de fonctionnaires actifs au Québec. Comment les contribuables arriveront-ils à honorer tous ces avantages obtenus à leur insu? Le gouvernement devra-t-il retenir à la source 100 % de leurs revenus? Le contribuable québécois a l'impression d'assister, impuissant, à la perpétration d'un crime économique. Il doit de nos jours avoir une foi aveugle en l'État comme autrefois en l'Église.

Il n'est pas normal que, dans une démocratie, les travailleurs ignorent l'usage qui est fait des fonds prélevés sur leurs salaires. En fait, ni le gouvernement ni le syndicat n'ont intérêt à dire la vérité sur l'état réel des finances du RRQ. Un enfant qui naît au Québec est déjà endetté de 31 000 $. «Les jeunes paieront»: voilà la devise adoptée par les gestionnaires du RRQ, eux-mêmes bénéficiaires de ces belles pensions dorées sous-capitalisées.

Pourquoi ne pas mettre en concurrence les divers régimes de retraite distincts maintenant sous l'égide du RRQ? On éviterait ainsi le risque des vases communicants, du transfert en catimini de l'argent des régimes de retraite des travailleurs du secteur privé vers ceux du secteur public. Les enseignants de l'Ontario n'ont-ils pas leur propre fonds de retraite (TEACHERS), tout comme les employés municipaux de l'Ontario (OMERS), les fonctionnaires de la Colombie-Britannique, ceux d'Hydro-Québec, de l'Université de Montréal, etc.? Pourquoi ne pas faire de même avec les enseignants, les infirmières et les fonctionnaires du Québec?
 
 
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