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Fonds d'investissement: Éthique, Cogeco et Gillet!

Michel Marcoux   13 septembre 2004  Finances personnelles
Grosse nouvelle dans le milieu radiophonique de Québec la semaine dernière: le retour de l'animateur-vedette Robert Gillet, celui-là même qui avait été reconnu coupable d'avoir obtenu les services sexuels d'une personne mineure moyennant rétribution, il y a quelques mois à peine.

Son employeur, qui est la propriété de Cogeco, une entreprise publique cotée à la Bourse de Toronto a justifié ce retour en ondes en soulignant les points suivants: la baisse importante des cotes d'écoute depuis le départ forcé de l'animateur, l'agressivité du marché radiophonique de Québec et le fait que M. Gillet avait payé sa dette à la société en exécutant 40 heures de travaux communautaires et en étant en probation pendant une année. Geste désespéré de la part de Cogeco ou pardon véritable? Peu importe, la vraie question pour l'investisseur demeure. Peut-on considérer le titre de Cogeco et les fonds qui comprennent ce titre dans leur portefeuille comme «éthiques»?

Les fonds éthiques au Canada représentent moins de deux milliards d'actif sous gestion et environ 150 milliards aux États-Unis. Bien que leur popularité soit en hausse, on en parle plus qu'on en achète... Nous pourrions également croire que les familles de fonds sont plus intéressées par les nouvelles idées pour répondre aux attentes des investisseurs que par le principe d'une question dite morale.

L'approche éthique est loin d'être nouvelle. En effet, au Québec, on peut l'observer dès les années 70, surtout grâce à la contribution de certaines communautés religieuses qui ont su exprimer leur opinion et conviction. On ne peut que les féliciter. Dans cette mouvance, on remarque parfois une solidarité entre ces communautés et les organisations syndicales, et ce, pour une même cause. Il faut se rappeler que la création de certains syndicats au Québec a été le fruit du travail accompli par l'Église.

De façon générale, les principaux facteurs que considèrent les gestionnaires de fonds éthiques dans leur décision de rejeter ou non une entreprise concernent le tabac, le jeu, l'alcool, l'armement ainsi que les questions touchant l'environnement et les droits de la personne. L'éventail des aspects que touchent les gestionnaires éthiques est donc très large.

Au sujet de la décision d'embaucher de nouveau son très célèbre animateur, loin de moi l'intention de statuer sur le comportement d'une entreprise comme Cogeco et de son président: il y va de l'intérêt de l'actionnariat. Et, encore moins de juger une deuxième fois M. Gillet. Il a même reconnu au micro publiquement ses torts et offert ses excuses pour son mauvais comportement. Cependant, nul ne peut ignorer pour l'instant la dichotomie morale engendrée chez les auditeurs et annonceurs de la station de radio.

C'est ici même que l'investisseur doit mesurer l'importante élasticité de ce qui est éthique et de ce qui ne l'est pas. Le geste de M. Gillet en ondes la semaine dernière est fort honorable. Mais est-ce un peu un pari à la Pascal? Sa notoriété publique est importante, mais quelle en est sa valeur pour une entreprise? Peut-on effacer notre dette à la société en ayant fait 40 heures de travaux communautaires et un an de probation pour un tel geste? Peut-on mesurer votre élasticité?

Au 31 juillet dernier, selon la banque de données PALTrak de Morningstar, huit fonds vendus au Canada possédaient dans leurs 15 principales positions des actions ou des titres d'emprunt de Cogeco: AGF canadien petite capitalisation, Beutel Goodman petite capitalisation, Capstone balanced, Capstone canadian equity, CI petites sociétés canadiennes, IG Beutel Goodman canadienne petite capitalisation, PH&N Obligations à rendement élevé-A et Trans IMS Canadien communications.

Dans cette liste, la majorité sont de bons fonds et même certains, d'excellents. Mais le pardon est-il éthique? Qu'est-ce qui est le plus important pour un gestionnaire: le rendement ou la morale? Pour l'investisseur, quel est l'objectif prioritaire? Et, pour vous?

Cogeco est un exemple facile et d'actualité, mais que doit-on penser de Nortel, des états financiers véritables que l'entreprise semble incapable de produire? Pourtant, des millions d'investisseurs sont encore porteurs de ce titre dans leur portefeuille.

question@avantages.com

L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages Services Financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et dans la gestion privée.






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  • Jeannot Vachon
    Inscrit
    mardi 14 septembre 2004 01h07
    Faut-il être plus catholique que le Pape en investissement ?
    « La question de M. Marcoux semblerait ridicule si on n'avait pas fait une montagne avec une affaire banale.

    Ni Cogeco ni Gillet ne souhaite faire la promotion de la prostitution juvénile. Un employé de talent a fait une erreur et en a payé le prix. On tourne la page et on continue.

    Serait-il plus éthique de s'acharner sur un individu en lui refusant le pardon et en le condamnant à vie à ne plus exercer son métier pour un crime qui ne lui a valu aux yeux de la justice que 40 heures de travaux communautaires ?

    Des tas de criminels parcourent nos rues et travaillent dans toutes ces compagnies dont nous achetons des actions à la bourse et nous ne nous sommes jamais arrêté à s'assurer qu'après un délit mineur l'employé soit radié à vie de son emploi.

    Ces criminels sont par exemple ces gens qui sortent d'un 5 à 7 en dépassant la limite légale de taux d'alcool. S'ils ne font aucun accident et ne se font pas intercepter, ils n'ont aucun problème. Par contre, si par accident ils tuent quelqu'un, ils connaitront la fureur de la justice et des proches de la victime.

    On ne peut pas comparer un délit mineur commis par un employé et son effort de réintégration à l'emploi avec les vrais objectifs de l'investissemnt éthique qui sont de s'assurer qu'on n'investit pas dans la violence, les armes à feu, l'exploitation du travail des enfants, les régimes dictatoriaux, la pollution ou le poison qu'est le tabac.

    Et si on se limitait à n'investir que dans le Vatican, il y aurait sans doute quelqu'un pour nous rappeler qu'on doit vite reprendre son argent parce que les religieux ont souvent commis des abus sexuels et qu'en encourageant le Pape on cautionne ces abus. »

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