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    Les investisseurs veulent avoir leur mot à dire sur la rémunération des dirigeants

    26 octobre 2017 | Hélène Roulot-Ganzmann - Collaboration spéciale | Finances personnelles
    Les États-Unis et plusieurs pays européens ont rendu obligatoire le vote consultatif sur la rémunération des dirigeants d’entreprise.
    Photo: iStock Les États-Unis et plusieurs pays européens ont rendu obligatoire le vote consultatif sur la rémunération des dirigeants d’entreprise.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Depuis quelques années, les investisseurs cherchent à exprimer leur accord, ou leur désaccord, à l’égard de la rémunération des dirigeants des entreprises dans lesquelles ils placent l’argent de leurs clients. C’est le cas notamment des gros fonds de pension et autres investisseurs institutionnels.

     

    « Si l’on regarde les revenus des chefs de la direction des 350 plus grandes compagnies aux États-Unis, on s’aperçoit qu’en 2015, ils touchent 276 fois la moyenne salariale de leur entreprise », indique Michel Brutti, associé chez Jarislowsky Fraser, l’une des principales firmes indépendantes de gestion de placements au Canada. Il y est responsable notamment des questions liées aux investissements responsables et cite là un texte publié cet été par la Coalition canadienne pour la bonne gouvernance faisant référence à une étude du Economic Policy Institute.

     

    « En 1978, ce n’était que trente fois, ajoute-t-il. Or, de telles inégalités peuvent créer des tensions au sein de l’entreprise et donc jouer sur sa valeur. En tant qu’investisseur, il est donc tout à fait légitime d’avoir son mot à dire là-dessus. »

     

    Comme de plus en plus d’actionnaires à travers le Canada, M. Brutti plaide ainsi pour l’instauration d’un vote consultatif sur la rémunération des dirigeants. Il explique qu’il existe trois moyens de discuter de cette question avec un conseil d’administration (CA). La première réside en un dialogue informel lorsque le CA y est ouvert, la deuxième est ce fameux vote consultatif. Quant à la troisième, « l’arme ultime » selon lui, elle consiste à voter contre l’élection des administrateurs qui sont sur le comité de rémunération.

     

    « Personne n’a envie d’en arriver à cela, précise-t-il. Il vaut donc mieux pouvoir être consulté avant. »

     

    Efficacité

     

    Le bon sens voudrait que la rémunération, toutes primes confondues, d’un chef de la direction d’une entreprise soit alignée sur les rendements qu’elle offre à ses actionnaires. Or, une très récente étude de la firme de services financiers MSCI démontre que cela peut-être vrai sur le court terme, année après année, mais que sur une période de dix ans, dans 61 % des cas, cela ne se vérifie pas. Elle en conclut que ce système est en « faillite ».

     

    « Or, on sait aujourd’hui que les entreprises qui tiennent compte de facteurs non financiers, tels que la bonne gouvernance dans la conduite de leurs affaires, ont de meilleurs résultats sur le long terme », rappelle Michel Brutti.

     

    Il estime par ailleurs que le vote consultatif, même s’il n’est pas contraignant, a un véritable poids. Il s’agit, selon lui, d’un message envoyé au comité de rémunération. Si celui-ci n’obtient pas 85 à 90 % de vote favorable, il sait qu’une partie de ses actionnaires ne le soutient pas et que cela peut avoir des conséquences.

     

    Depuis la crise de 2008, certains pays à travers le monde, comme les États-Unis et plusieurs autres en Europe, l’ont d’ailleurs rendu obligatoire. Dans d’autres, c’est devenu une pratique courante.

     

    « Si certaines études rapportent qu’il n’y a aucune conclusion à tirer de la mise en place de ces votes, d’autres démontrent que, là où ils existent, des changements sont effectués par les entreprises concernées, conclut Michel Brutti. Que les conseils d’administration ont tendance à mieux aligner les salaires sur la performance. »













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