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    Le boom de la finance responsable

    26 octobre 2017 | Hélène Roulot-Ganzmann - Collaboration spéciale | Finances personnelles
    Depuis le tout premier portrait, plusieurs choses ont changé dans le monde de la finance responsable, et pas seulement en ce qui a trait aux montants investis.
    Photo: iStock Depuis le tout premier portrait, plusieurs choses ont changé dans le monde de la finance responsable, et pas seulement en ce qui a trait aux montants investis.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Le secteur de la finance responsable va bien. Au Québec en effet, 50 % de tous les placements et investissements sont aujourd’hui jugés responsables, contre 34 % seulement en 2013. Dans ce contexte, le Réseau PRI Québec organise ce jeudi à Montréal le quatrième colloque québécois de l’investissement responsable, au cours duquel plusieurs études confirmant cette tendance seront dévoilées.


    En 2016, l’épargne totale s’est montée au Québec à près de 910 milliards de dollars. Le montant des placements et investissements qui sont allés vers des produits jugés socialement responsables s’élève quant à lui à 456 milliards de dollars, soit un peu plus de 50 % de la somme totale. C’est ce que révèle le Portrait 2016 de la finance responsable dressé par l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) et dévoilé aujourd’hui. Un portrait publié tous les trois ans depuis 2006 et qui ne laisse aucun doute : ce type de placements gagne chaque année un peu plus en popularité.

     

    « Si je ne considère que les placements responsables sur les marchés financiers, soit la très grande majorité des actifs, nous parlons d’une hausse de 61 % entre 2013 et 2016, après déjà une forte hausse de 70 % entre 2010 et 2013 », constate l’auteur du rapport et chercheur à l’IREC, Claude Dostie Jr.

     

    Gestion du risque

     

    Depuis le tout premier portrait, plusieurs choses ont changé dans le monde de la finance responsable, et pas seulement en ce qui a trait aux montants investis. Les définitions mêmes de ce qui est considéré comme de la finance responsable ont évolué, souligne M. Dostie.

     

    Pour faire simple, la finance responsable est un terme générique qui couvre de nombreux supports d’investissement sur lesquels placer son épargne. Parmi eux, des fonds éthiques (qui excluent les secteurs de l’armement, de l’alcool, du tabac, etc.), des fonds de développement durable (qui prennent en compte des critères environnementaux), des fonds de partage (qui apportent leur soutien à une association humanitaire ou caritative) ou encore des fonds d’épargne solidaire (qui privilégient le développement de l’économie locale et régionale, de l’insertion, de l’emploi et du microcrédit).

     

    La finance responsable est par ailleurs de plus en plus vue comme étant non seulement une force positive, mais aussi tout à fait rentable. La conscientisation croissante face à des phénomènes de délocalisation, de financiarisation, ou simplement au regard des enjeux de changements climatiques, a mené les analystes et les investisseurs à voir la gestion des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) comme des occasions de mieux gérer les risques financiers. Devant la possibilité de chocs climatiques ou simplement de boycottage, il devient rationnel de vouloir diminuer les risques liés à certains choix d’investir ou de placer son épargne, ou l’épargne de ses clients.

     

    Un écosystème développé

     

    « Chacun y va à son rythme, mais à terme tous seront appelés à accorder de plus en plus d’importance aux facteurs ESG », croit pour sa part Matthieu Cardinal, vice-président, affaires publiques et partenariats stratégiques à Finance Montréal. L’organisme, créé en 2010 par les acteurs du milieu à l’invitation du gouvernement du Québec, a pour mission de développer et de promouvoir l’industrie des services financiers du Québec. Il présente aujourd’hui une étude sur la place de Montréal dans le secteur de la finance responsable. Résultat : la métropole se classe neuvième sur les dix villes étudiées.

     

    « Présenté comme cela, ce n’est pas très glorieux, commente-t-il. Et c’est certain que, comparée à Londres, à New York et à Paris, qui prennent les trois premières marches du podium, Montréal est un petit joueur. Le fait que nous ne soyons pas une place boursière joue forcément en notre défaveur parce que les sommes en jeu ne sont pas à la hauteur, même en comparaison de Toronto. Mais là où la métropole se défend très bien, c’est dans la perception. »

     

    En plus de l’analyse chiffrée, Finance Montréal a en effet mené une cinquantaine d’entrevues avec des experts du monde entier. Et nombre d’entre eux estiment que Montréal, comparé à son activité financière, a un bon niveau d’activité dans la finance responsable. Matthieu Cardinal croit lui aussi que l’écosystème montréalais en la matière est particulièrement développé.

     

    « On note la présence de plusieurs types d’acteurs, analyse-t-il. Sur le terrain, des gestionnaires d’actifs très investis tels que Fiera Capital, la Caisse de dépôt et placement du Québec, le Mouvement Desjardins ou encore les grands régimes de retraite. Il y a aussi le Réseau PRI Québec, très actif, la Banque de développement du Canada. Les assureurs font beaucoup eux aussi, car ce sont les entreprises qui seront les premières financièrement touchées en cas de montée des océans par exemple. Et puis, il y a aussi de plus en plus de fournisseurs de données. Il existe même une Chaire de recherche en finance responsable à l’Université de Sherbrooke. »

     

    Finance solidaire

     

    Mais la finance responsable, ce ne sont pas uniquement les milliards de dollars brassés par les fonds de pension. Ce sont aussi des sommes, plus ou moins importantes, investies dans des entreprises d’économie sociale — coopératives et OBNL —, et ce, afin de favoriser le développement économique communautaire. C’est ce qu’on appelle la finance solidaire, et ce secteur est lui aussi en pleine expansion. L’étude de l’IREC révèle en effet une croissance de 30 % dans les trois dernières années.

     

    « Il peut s’agir de projets immobiliers axés sur le communautaire, explique Philippe Garant, directeur général du Réseau d’investissement social du Québec (RISQ). On voit par exemple de plus en plus de projets innovants tels que des coopératives d’habitation étudiantes ou des bâtiments religieux qui doivent être transformés et qui cherchent à avoir une vocation sociale importante. Il y a aussi de plus en plus d’investissements dans les entreprises d’économie sociale. »

     

    Le Fonds de solidarité FTQ et la CSN, par l’intermédiaire de Fondaction, investissent ainsi dans ce type de structures. Certaines fondations commencent également à s’y intéresser.

     

    « L’écosystème se met en place, conclut M. Garant. De plus en plus de projets émergent. De plus en plus de partenaires répondent présents. C’est certain que nous avons encore de belles années de croissance devant nous. »













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