Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    L’épargne et les Québécois

    7 février 2015 | Pierre Vallée - Collaborateur | Finances personnelles
    «Nous vivons dans une économie qui repose beaucoup sur la consommation des ménages, et cela incite davantage à la consommation qu’à l’épargne», explique Pierre Payeur, conseiller principal à la gestion du patrimoine chez Desjardins.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Nous vivons dans une économie qui repose beaucoup sur la consommation des ménages, et cela incite davantage à la consommation qu’à l’épargne», explique Pierre Payeur, conseiller principal à la gestion du patrimoine chez Desjardins.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Y a-t-il assez de Québécois qui épargnent ? Et ceux qui le font épargnent-ils suffisamment ? Quant à la façon d’épargner, peut-on qualifier les Québécois de conservateurs, de pondérés ou de téméraires ? Et enfin, sont-ils différents des autres Canadiens ?

     

    « De prime abord, si l’on compare les sondages portant sur l’épargne réalisés au Québec ou au Canada, rien n’indique une différence entre le comportement des Québécois et celui des autres Canadiens, souligne Pierre Payeur, conseiller principal à la gestion du patrimoine chez Desjardins. En matière d’épargne, les Québécois ne sont pas une race à part et, comme les autres Canadiens, ils n’épargnent pas assez. »

     

    Un sondage réalisé par la firme CROP pour le compte d’Universitas, un organisme à but non lucratif spécialisé dans les régimes d’épargne-études, dévoilait que 42 % des répondants admettaient ne pas avoir épargné un sou en 2014, peu importe le véhicule d’épargne, qu’il soit REER ou CELI ou autre.

     

    Sans vouloir commenter l’exactitude de ce chiffre, Daniel Laverdière, directeur principal à la planification financière chez Gestion privée 1859 de la Banque Nationale, abonde dans le sens de M. Payeur. « C’est évident que les gens n’épargnent pas assez. Ce que ce chiffre de 42 % n’indique pas, c’est s’il y a, parmi ces répondants qui n’ont pas épargné, des personnes qui participent à un régime de retraite au travail. J’ai souvent remarqué que les gens oublient de tenir compte de leur contribution au régime de retraite lorsqu’on leur demande s’ils épargnent. »

     

    C’est la raison pour laquelle Daniel Laverdière croit que la mesure la plus susceptible d’indiquer le degré d’épargne des personnes est leur contribution à un régime de retraite. « Selon le comité d’experts présidé par Alban D’Amours, on comptait en 2011 au Québec 3 954 000 travailleurs et, de ce nombre, 1 861 000 travailleurs ne contribuaient à aucun régime de retraite collectif. C’est donc dire que 47 % des travailleurs québécois n’ont rien de vraiment organisé en ce qui concerne leur retraite. » Et ceux qui contribuent de leur propre chef dans un véhicule d’épargne, tel un REER ou un CELI, en font-ils assez ? « En 2012, il y avait 9,6 millions de Canadiens qui avaient contribué à un CELI, mais seulement 2,25 millions de ces derniers avaient réussi à y contribuer au maximum permis, soit 5000 $ à l’époque. On remarque la même tendance du côté des REER. Les Canadiens sont loin de maximiser leur épargne, même dans les véhicules qui leur donnent un avantage fiscal. »

     

    Quelles en sont les causes?
     

    Pourquoi autant de Québécois épargnent-ils si peu ? « Il y a d’abord le contexte économique présent, avance Pierre Payeur. Nous vivons dans une économie qui repose beaucoup sur la consommation des ménages, et cela incite davantage à la consommation qu’à l’épargne. Sans compter que les taux d’intérêt sont bas, ce qui incite à consommer davantage. »

     

    Ensuite, les régimes de retraite privés peuvent aussi être un frein à l’épargne, tout comme les régimes publics. « Les personnes qui contribuent à un régime de retraite privé ne voient souvent pas la nécessité d’épargner davantage », poursuit Pierre Payeur.

     

    Et dans le cas des gagne-petit, ce sont les régimes publics qui peuvent agir comme frein. « Pour une personne gagnant 20 000 $ et voulant s’assurer un revenu de retraite équivalant à 70 % de son revenu actuel, explique Daniel Laverdière, les régimes publics couvrent la presque totalité de cette somme. Pour ces personnes, il n’y a, au fond, aucun intérêt à épargner. »

     

    Mais la principale raison, selon ces deux experts en planification financière, c’est l’attitude des personnes envers l’épargne. « Lorsque les gens font leur budget, poursuit Daniel Laverdière, il y a deux colonnes : celle des revenus et celle des dépenses. L’on soustrait la deuxième de la première, et ce qui reste, eh bien, c’est l’épargne. Il faudrait plutôt placer l’épargne dans la colonne des dépenses. »

     

    Un avis que partage Pierre Payeur. « Pour que l’épargne augmente, il faut changer notre façon d’épargner. Il faut que l’épargne devienne un mécanisme systématique. Une façon d’y arriver, c’est la contribution mensuelle par prélèvement automatique. D’abord, on n’a plus à y penser, et on s’habitue rapidement à cette façon de faire. »

     

    Quelques judicieux conseils

     

    Une façon de favoriser l’épargne, c’est de bien choisir le type de placement où l’épargnant dépose son argent. Par exemple, un REER permet plusieurs types de placement. « Les petits et moyens épargnants ont tendance à choisir des titres à revenu fixe, poursuit Pierre Payeur. Évidemment, ces titres sont plus sécuritaires, mais leurs taux d’intérêt sont bas, ce qui à la longue peut décourager un épargnant. Il est donc important de diversifier les types de placement de façon à y inclure des titres à rendement. On a plus de chance, ainsi, de voir s’apprécier son actif. »

     

    Mais les petits épargnants ont souvent très peu de tolérance au risque. « Mais il existe sur le marché maintenant des véhicules qui le permettent même si l’on a peu de tolérance au risque, précise Daniel Laverdière. Ce sont les certificats de placement garanti, ou CPG, à rendement boursier. Comme tout CPG, le capital est garanti, mais le rendement du placement fluctue selon le marché. C’est un compromis entre le titre à revenu fixe et l’action boursière. » Et Pierre Payeur de rajouter : « Les épargnants — même les plus petits — auraient intérêt à regarder davantage du côté des fonds communs de placement. Plusieurs l’ignorent, mais l’on peut investir dans un fonds commun pour la modique somme de 1000 $. Et les fonds communs sont évidemment diversifiés, ce qui offre une meilleure possibilité d’appréciation de l’actif. »













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.