Fonds d'investissement: Une mise en garde
Une devinette : à votre avis, quel produit financier a connu l'une des plus fortes croissances d'actif depuis 1998? Quelques indices : une croissance de plus de 200 %, alors que pour la plupart d'entre nous, nous avons cru que le marché avait été d'une mauvaise humeur unique dans l'histoire des marchés financiers. Et, si je vous disais que ce type de produit a procuré à l'investisseur un rendement annualisé de 13,1 % depuis trois ans. Évidemment, votre curiosité est piquée au vif, et l'intérêt pour votre portefeuille personnel augmente. Et, si j'ajoutais que les investisseurs y ont placé plus de 50 milliards depuis à peine huit ans.
D'autre part, si je vous apprenais qu'en vous procurant ce produit vous courez le risque de vous retrouver avec une poursuite, avec une responsabilité personnelle qui pourrait être plus élevée que votre mise de fonds. De toute évidence, vous n'accepteriez jamais un tel risque. Pourtant, c'est peut-être votre cas : malheureusement, sans doute par ignorance, votre conseiller financier avait omis de vous le mentionner. C'est le risque que vous courez en acquérant des unités de fiducie de revenu.
Les fiducies de revenus ainsi que les fonds de fiducie — nous comptons d'ailleurs plus de 40 fonds de ce genre disponibles au Canada — connaissent une explosion tout à fait incroyable. Pour certains investisseurs, c'est le produit miracle. Prenons l'exemple d'un retraité qui voit ses revenus générés par ses placements diminuer constamment depuis plusieurs années à la suite des baisses des taux d'intérêt. En effet, s'il se voit proposer un produit qui procure des revenus réguliers et un rendement annualisé sur cinq ans de plus de 13 %, la tentation sera grande, et c'est tout à fait normal. C'est le genre de performance qui fait tourner bien des têtes...
De telles performances du secteur des fiducies de revenu ont donné lieu à de fausses perceptions chez de nombreux investisseurs. Ce que plusieurs semblent perdre de vue, c'est que ces produits sont conçus afin de générer du revenu : c'est leur fonction. Il s'agit en fait d'entités qui achètent des actifs produisant des entrées de fonds. Ces actifs peuvent provenir du secteur pétrolier, immobilier, commercial, industriel, etc. Le flux de revenu que génèrent les fiducies de revenu est dirigé, après certaines dépenses, directement aux détenteurs. La structure du produit est ainsi conçue pour générer du revenu et non pas une appréciation à long terme du capital.
Une autre perception erronée veut que les unités de fiducie de revenu soient des produits similaires aux obligations. Une obligation est différente parce qu'elle permet généralement, en échange d'un montant initial, de toucher un revenu d'intérêt garanti et le capital à l'échéance. Pour les parts de fiducie, il en va autrement. La possibilité que le revenu généré par une fiducie de revenu soit revu à la baisse est omniprésente, et ce risque s'accroît proportionnellement au rendement offert par la fiducie : plus le rendement est élevé, plus le risque est grand.
À ce risque, s'ajoutent deux autres préoccupations. La première : sommes-nous en train de revivre une bulle spéculative comme celle que nous avons connue avec les fonds de haute technologie. La menace est présente : soyons prudents.
La seconde est de nature légale. Quand vous faites l'acquisition d'une action directement ou par un fonds d'actions, votre risque est toujours limité à votre mise de fonds. Un investissement, par exemple 1000 $, ne pourrait jamais vous faire perdre plus que ce montant. Les lois actuelles sont claires. Cependant, une part de fiducie ne limite pas cette responsabilité. En effet, imaginons que vous faites l'acquisition d'une part de fiducie dans le secteur de l'énergie et que l'entreprise cause un désastre écologique. Si l'entreprise est poursuivie et que ses actifs ne sont pas suffisants pour couvrir les coûts de nettoyage, chaque porteur de part, solidairement, devra couvrir la différence. Vous me direz que la loi est différente au Québec, mais la grande majorité des fiducies ont été constituées en Ontario : c'est cette réglementation provinciale qui s'applique.
Quant aux performances à venir, il est bien difficile d'entrevoir des rendements équivalents à ceux des trois dernières années. L'environnement de taux d'intérêt bas, un facteur important affectant le prix des unités de fiducies de revenu, va un jour ou l'autre se terminer. En effet, la performance exceptionnelle de ce secteur pour 2001, 2002 et cette année est en grande partie due à la faiblesse des taux d'intérêt de long terme.
Considérant le risque d'une bulle spéculative et le risque, même faible, d'une responsabilité illimitée pour l'investisseur, le jeu en vaut-il la chandelle?
questions@avantages.com
L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages Services Financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et dans la gestion privée.
D'autre part, si je vous apprenais qu'en vous procurant ce produit vous courez le risque de vous retrouver avec une poursuite, avec une responsabilité personnelle qui pourrait être plus élevée que votre mise de fonds. De toute évidence, vous n'accepteriez jamais un tel risque. Pourtant, c'est peut-être votre cas : malheureusement, sans doute par ignorance, votre conseiller financier avait omis de vous le mentionner. C'est le risque que vous courez en acquérant des unités de fiducie de revenu.
Les fiducies de revenus ainsi que les fonds de fiducie — nous comptons d'ailleurs plus de 40 fonds de ce genre disponibles au Canada — connaissent une explosion tout à fait incroyable. Pour certains investisseurs, c'est le produit miracle. Prenons l'exemple d'un retraité qui voit ses revenus générés par ses placements diminuer constamment depuis plusieurs années à la suite des baisses des taux d'intérêt. En effet, s'il se voit proposer un produit qui procure des revenus réguliers et un rendement annualisé sur cinq ans de plus de 13 %, la tentation sera grande, et c'est tout à fait normal. C'est le genre de performance qui fait tourner bien des têtes...
De telles performances du secteur des fiducies de revenu ont donné lieu à de fausses perceptions chez de nombreux investisseurs. Ce que plusieurs semblent perdre de vue, c'est que ces produits sont conçus afin de générer du revenu : c'est leur fonction. Il s'agit en fait d'entités qui achètent des actifs produisant des entrées de fonds. Ces actifs peuvent provenir du secteur pétrolier, immobilier, commercial, industriel, etc. Le flux de revenu que génèrent les fiducies de revenu est dirigé, après certaines dépenses, directement aux détenteurs. La structure du produit est ainsi conçue pour générer du revenu et non pas une appréciation à long terme du capital.
Une autre perception erronée veut que les unités de fiducie de revenu soient des produits similaires aux obligations. Une obligation est différente parce qu'elle permet généralement, en échange d'un montant initial, de toucher un revenu d'intérêt garanti et le capital à l'échéance. Pour les parts de fiducie, il en va autrement. La possibilité que le revenu généré par une fiducie de revenu soit revu à la baisse est omniprésente, et ce risque s'accroît proportionnellement au rendement offert par la fiducie : plus le rendement est élevé, plus le risque est grand.
À ce risque, s'ajoutent deux autres préoccupations. La première : sommes-nous en train de revivre une bulle spéculative comme celle que nous avons connue avec les fonds de haute technologie. La menace est présente : soyons prudents.
La seconde est de nature légale. Quand vous faites l'acquisition d'une action directement ou par un fonds d'actions, votre risque est toujours limité à votre mise de fonds. Un investissement, par exemple 1000 $, ne pourrait jamais vous faire perdre plus que ce montant. Les lois actuelles sont claires. Cependant, une part de fiducie ne limite pas cette responsabilité. En effet, imaginons que vous faites l'acquisition d'une part de fiducie dans le secteur de l'énergie et que l'entreprise cause un désastre écologique. Si l'entreprise est poursuivie et que ses actifs ne sont pas suffisants pour couvrir les coûts de nettoyage, chaque porteur de part, solidairement, devra couvrir la différence. Vous me direz que la loi est différente au Québec, mais la grande majorité des fiducies ont été constituées en Ontario : c'est cette réglementation provinciale qui s'applique.
Quant aux performances à venir, il est bien difficile d'entrevoir des rendements équivalents à ceux des trois dernières années. L'environnement de taux d'intérêt bas, un facteur important affectant le prix des unités de fiducies de revenu, va un jour ou l'autre se terminer. En effet, la performance exceptionnelle de ce secteur pour 2001, 2002 et cette année est en grande partie due à la faiblesse des taux d'intérêt de long terme.
Considérant le risque d'une bulle spéculative et le risque, même faible, d'une responsabilité illimitée pour l'investisseur, le jeu en vaut-il la chandelle?
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L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages Services Financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et dans la gestion privée.
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