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    Retraite - Des revenus garantis pour les «autres»

    Les groupes communautaires ont accès à des régimes adaptés

    23 novembre 2013 |Claude Lafleur | Finances personnelles
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    « Lorsqu’on présente aux travailleurs le niveau du revenu qu’ils peuvent s’attendre à recevoir comme pension de vieillesse, tout le monde tombe en bas de sa chaise ! », déclare Michel Lizée, un économiste qui oeuvre dans le milieu communautaire. En fait, précise-t-il, le revenu de retraite en provenance des régimes publics oscillera entre 15 400 $ et 20 950 $.

     

    « Les gens n’ont tout simplement aucune idée des revenus très faibles qui les attendent à la retraite s’ils ne se dotent pas d’un régime de retraite, informe Michel Lisée. Je dis toujours que, même si on n’a pas un gros salaire, on n’a tout simplement pas les moyens de se passer d’un régime de retraite. »

     

    Et l’économiste sait de quoi il parle, puisqu’il a réussi le tour de force de mettre en place un régime adapté aux besoins des groupes communautaires. Il y a une dizaine d’années, les groupes communautaires ont pris conscience du fait que l’absence d’avantages sociaux leur posait un double problème, raconte Michel Lizée. « Problème pour les salariés, puisque, comme ils n’épargnent pas pour leur retraite, ils seront pauvres. Et problème pour les groupes communautaires, puisqu’ils n’ont pas les moyens de retenir leur main-d’oeuvre. »

     

    Ce milieu se disait pourtant : « Oui, mais, nous, nous n’avons pas les moyens de souscrire à un régime de retraite ! », raconte encore M. Lizée. « C’était d’ailleurs une boutade que j’avais lancée à l’une des responsables… qui m’a rétorqué : “ T’es smatte, toi… ” »

     

    L’interpellé, qui est coordonnateur au Service aux collectivités de l’UQAM, avait en effet développé l’expertise nécessaire. « Depuis une trentaine d’années, je suis l’un des fiduciaires du Comité de retraite de l’Université du Québec, dit-il. C’est là que j’ai appris à comprendre les régimes de retraite, ce qui m’a permis de voir les problèmes et les erreurs des divers régimes. »

     

    En 2004, donc, les groupes communautaires et les groupes de femmes l’approchent pour qu’il les assiste dans la conception d’un régime de retraite adapté à leurs besoins, soit au fait que ni ces groupes ni leurs salariés ne disposent de revenus à la fois importants et stables. « Là où j’ai été chanceux, poursuit-il, c’est que, une fois le régime élaboré, je me suis retrouvé avec une “ belle feuille blanche ” ; j’avais donc l’avantage d’éviter de refaire les erreurs que j’avais vues dans les autres régimes. »

     

    Le milieu communautaire est ainsi parvenu à se doter d’un régime de retraite à la portée autant des employeurs que de leurs salariés. « Ce régime permet d’assurer la sécurité et la pérennité des rentes, indique M. Lizée. Pour ce faire, on s’assure qu’on aura tout l’argent requis pour verser une rente entre aujourd’hui et la date du décès du cotisant. »

     

    C’est dire que ce régime de retraite s’est constitué un important fonds de stabilisation qui fait que, si les rendements attendus ne sont pas au rendez-vous, celui-ci suppléera. « Actuellement, pour chaque dollar qu’on doit en rente ultérieure, on a 1,78 $ en caisse », indique le gestionnaire.

     

    Il rapporte en outre que des analystes ont procédé à des simulations qui montrent que, si les taux de rendement des 20 prochaines années devaient être les mêmes que ceux des 20 dernières années — compte tenu des crises boursières en 2001 et 2008 — le régime demeurerait toujours en surplus. « En fait, nous sommes délibérément très conservateurs dans nos calculs », dit-il.

     

    Fièrement, Michel Lizée explique : « C’est un dossier passionnant, puisqu’on voit que, dans un secteur où il n’y avait pas de régime de retraite, ni même de REER, on a aujourd’hui 4000 personnes qui disposent d’un véhicule qui leur permet d’espérer échapper à la pauvreté lorsqu’elles seront à la retraite. »

     

    Se comporter comme un chameau!

     

    Michel Lizée indique par ailleurs que le Comité de retraite des groupes communautaires et des groupes de femmes, dont il est le secrétaire, a participé à la Commission des finances publiques qui se penche sur la crise que traversent bon nombre de fonds de pension (dont ceux des municipalités).

     

    « Selon notre analyse, dit-il, cette crise n’est pas due au fait que les rendements des placements n’ont pas été au rendez-vous. Au contraire, même, ils ont été supérieurs de 2 % à ce que les actuaires avaient calculé au départ. Le problème a plutôt été que, lorsqu’il y a eu des surplus, ceux-ci ont servi à s’octroyer des congés de cotisation ou à bonifier les rentes. »

     

    Son équipe a aussi fait valoir qu’il arrive souvent que les cotisations soient fixées juste au-dessus de ce qu’il en coûte pour garantir les rendements. « Il n’y a donc pas de marge de manoeuvre, observe M. Lizée. On dit donc que la clé de la solution, c’est d’établir un taux de cotisation délibérément plus élevé que le coût de la rente garantie. Il s’agit en fait de constituer un fonds de stabilisation, comme nous l’avons fait, afin que les réserves soient toujours suffisantes pour absorber les chocs. »

     

    Les régimes de retraite devraient se comporter comme des chameaux, illustre-t-il, c’est-à-dire se « doter de “ bosses d’eau ” qui leur permettront de traverser les déserts de rendement sans tomber en cours de route ».

     

    « De cette façon, on pourrait stopper les dégâts immédiatement », poursuit-il. Et, quant aux importants déficits accumulés par les régimes de retraite, il estime que, « sur un horizon de 10 ans, ceux-ci pourraient être digérés. Bref, pour nous, la crise des régimes de retraite n’est pas si catastrophique que ça, puisqu’on peut la résorber… à condition de s’y attaquer ! »

     

    À propos des régimes publics

     

    Pour une personne seule qui n’a jamais cotisé au Régime des rentes du Québec (RRQ), le minimum qu’elle peut s’attendre à recevoir à 65 ans est de 15 438 $, soit 6553 $ en pension de vieillesse et 8885 $ en supplément de revenu garanti. Pour une personne seule qui aurait cotisé toute sa vie ou presque au RRQ, la rente qu’elle peut espérer recevoir est de 20 953 $, soit 6553 $ en pension, 12 150 $ du RRQ et 2250 $ en supplément de revenu garanti. Bien sûr, il existe bien d’autres cas de figure.


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