Vos placements: L'éthique, prise deux
Je me doutais bien qu'en répondant, il y a trois semaines, aux propos de R. W. portant sur l'éthique en matière de placement et les méfaits éventuels du projet hydroélectrique de Fortis, un conglomérat de Terre-Neuve, sur la rivière Macal au Belize, en Amérique centrale, je me doutais bien, dis-je, que j'allais chatouiller quelques cordes sensibles.
R. W. condamnait le fait de présenter dans ma chronique 50 titres pour bâtir son portefeuille l'action de Fortis à cause de son projet en Amérique centrale et de son impact sur l'écosystème de la rivière Macal. Pour ma part, ai-je répondu, l'éthique en matière de placement se résume à investir dans des entreprises légales dont la direction est compétente et intègre. Une position qui m'a valu des critiques de nombreux lecteurs. Aussi vais-je profiter de cette présente chronique pour résumer les nombreux commentaires reçus. Avant de continuer, j'aimerais cependant apporter une nuance à ma position en disant que, bien entendu, je n'investirais pas dans une entreprise qui, par exemple, exploiterait honteusement les enfants. Mais comme je limite essentiellement mon univers de placement aux moyennes et grandes entreprises canadiennes, les risques de me retrouver dans une telle situation sont assez limités. Cela dit, voyons l'essentiel des objections faites par les lecteurs.
Parmi ces objections, il y a celle souvent mentionnée de chercher à lancer la balle dans l'autre camp, celui des consommateurs, car j'ai dit que la prise de conscience et surtout le pouvoir d'agir face à l'environnement revenaient d'abord aux utilisateurs qui doivent changer leurs habitudes de consommation, en particulier en ce qui concerne l'usage de l'automobile. Or, de l'avis de plusieurs, la responsabilité revient tant aux investisseurs qu'aux consommateurs.
Un autre lecteur a bien voulu épargner l'industrie de l'automobile — que j'ai écorchée dans mes propos — mais est tombé à bras raccourcis sur l'industrie du tabac. Pourtant, ce n'est certainement pas le tabagisme qui fait fondre la calotte polaire.
Plusieurs ont apporté à la décharge du consommateur son asservissement à la puissance du marketing, une arme redoutable utilisée par les entreprises. Cela explique son comportement si peu conséquent — j'ai utilisé l'exemple de l'usage de l'automobile en disant que les consommateurs s'entasseront sur nos routes jusqu'à en étouffer. Aussi, ne faut-il pas compter sur le consommateur pour changer les choses. Ni d'ailleurs sur nos gouvernements tout aussi peu conséquents dans leurs gestes — comme je l'ai fait valoir dans le cas de la cigarette en rappelant qu'Ottawa taxe indûment le produit pour en décourager la consommation d'une part et que, d'autre part, il finance des producteurs de cigarettes dans les réserves indiennes — gouvernements qui édictent les règles en favorisant surtout les grandes entreprises, ont fait valoir certains lecteurs.
Où tracer la ligne?
Voilà en résumé les principales objections soulevées par ma position sur l'éthique en matière de placement. Pour ma part, je maintiens que c'est à chacun de nous, en tant qu'utilisateur (et souvent en tant que surconsommateur), qu'il importe de modifier nos habitudes pour améliorer notre environnement. Évidemment, en tant qu'investisseur, je ne resterais certainement pas de glace devant une entreprise qui ferait preuve d'un manque flagrant sur le plan de l'éthique en matière d'environnement ou des conditions de travail. Mais tracer la ligne démarquant ce qui est correct de ce qui ne l'est pas en cette matière n'est pas facile. Doit-on par exemple s'empêcher d'acheter les obligations d'Hydro-Québec parce qu'elle a inondé de vastes terres et qu'elle a ainsi influé négativement sur divers écosystèmes? Devons-nous éviter d'investir dans Emera parce qu'elle produit essentiellement son électricité à partir de centrales au charbon très polluantes? Pourtant, nous avons tous besoin d'énergie pour nous chauffer et nous éclairer. Et, malheureusement, en matière énergétique, le choix de l'une ou l'autre avenue implique indubitablement des compromis côté environnemental.
Finalement, j'invite ceux qui voudraient limiter leurs placements aux entreprises montrant patte blanche côté environnement et autres points d'éthique à consulter la liste établie à ce sujet par Michael Jantzi à l'adresse Internet suivante: http://www.mjra-jsi.com/jsi/about.asp?section=1&level_2=6&level_3=0. Je tiens cependant à souligner que le respect de divers points d'éthique ne signifie pas pour autant que les titres de ces entreprises soient de bons placements.
cchiasson@proplacement.qc.ca
R. W. condamnait le fait de présenter dans ma chronique 50 titres pour bâtir son portefeuille l'action de Fortis à cause de son projet en Amérique centrale et de son impact sur l'écosystème de la rivière Macal. Pour ma part, ai-je répondu, l'éthique en matière de placement se résume à investir dans des entreprises légales dont la direction est compétente et intègre. Une position qui m'a valu des critiques de nombreux lecteurs. Aussi vais-je profiter de cette présente chronique pour résumer les nombreux commentaires reçus. Avant de continuer, j'aimerais cependant apporter une nuance à ma position en disant que, bien entendu, je n'investirais pas dans une entreprise qui, par exemple, exploiterait honteusement les enfants. Mais comme je limite essentiellement mon univers de placement aux moyennes et grandes entreprises canadiennes, les risques de me retrouver dans une telle situation sont assez limités. Cela dit, voyons l'essentiel des objections faites par les lecteurs.
Parmi ces objections, il y a celle souvent mentionnée de chercher à lancer la balle dans l'autre camp, celui des consommateurs, car j'ai dit que la prise de conscience et surtout le pouvoir d'agir face à l'environnement revenaient d'abord aux utilisateurs qui doivent changer leurs habitudes de consommation, en particulier en ce qui concerne l'usage de l'automobile. Or, de l'avis de plusieurs, la responsabilité revient tant aux investisseurs qu'aux consommateurs.
Un autre lecteur a bien voulu épargner l'industrie de l'automobile — que j'ai écorchée dans mes propos — mais est tombé à bras raccourcis sur l'industrie du tabac. Pourtant, ce n'est certainement pas le tabagisme qui fait fondre la calotte polaire.
Plusieurs ont apporté à la décharge du consommateur son asservissement à la puissance du marketing, une arme redoutable utilisée par les entreprises. Cela explique son comportement si peu conséquent — j'ai utilisé l'exemple de l'usage de l'automobile en disant que les consommateurs s'entasseront sur nos routes jusqu'à en étouffer. Aussi, ne faut-il pas compter sur le consommateur pour changer les choses. Ni d'ailleurs sur nos gouvernements tout aussi peu conséquents dans leurs gestes — comme je l'ai fait valoir dans le cas de la cigarette en rappelant qu'Ottawa taxe indûment le produit pour en décourager la consommation d'une part et que, d'autre part, il finance des producteurs de cigarettes dans les réserves indiennes — gouvernements qui édictent les règles en favorisant surtout les grandes entreprises, ont fait valoir certains lecteurs.
Où tracer la ligne?
Voilà en résumé les principales objections soulevées par ma position sur l'éthique en matière de placement. Pour ma part, je maintiens que c'est à chacun de nous, en tant qu'utilisateur (et souvent en tant que surconsommateur), qu'il importe de modifier nos habitudes pour améliorer notre environnement. Évidemment, en tant qu'investisseur, je ne resterais certainement pas de glace devant une entreprise qui ferait preuve d'un manque flagrant sur le plan de l'éthique en matière d'environnement ou des conditions de travail. Mais tracer la ligne démarquant ce qui est correct de ce qui ne l'est pas en cette matière n'est pas facile. Doit-on par exemple s'empêcher d'acheter les obligations d'Hydro-Québec parce qu'elle a inondé de vastes terres et qu'elle a ainsi influé négativement sur divers écosystèmes? Devons-nous éviter d'investir dans Emera parce qu'elle produit essentiellement son électricité à partir de centrales au charbon très polluantes? Pourtant, nous avons tous besoin d'énergie pour nous chauffer et nous éclairer. Et, malheureusement, en matière énergétique, le choix de l'une ou l'autre avenue implique indubitablement des compromis côté environnemental.
Finalement, j'invite ceux qui voudraient limiter leurs placements aux entreprises montrant patte blanche côté environnement et autres points d'éthique à consulter la liste établie à ce sujet par Michael Jantzi à l'adresse Internet suivante: http://www.mjra-jsi.com/jsi/about.asp?section=1&level_2=6&level_3=0. Je tiens cependant à souligner que le respect de divers points d'éthique ne signifie pas pour autant que les titres de ces entreprises soient de bons placements.
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