Fonds d'investissement: Le côté obscur de Wall Street
Une tempête secoue actuellement l'industrie américaine des fonds communs de placement. Après la mise au grand jour, l'année dernière, d'activités frauduleuses de la part de firmes de courtage bien connues (J. P. Morgan, Goldman Sachs, Morgan Stanley), c'est maintenant au tour de firmes présentes dans le domaine des fonds communs de placement d'être prises à partie pour activités douteuses et frauduleuses. Les principaux reproches concernent des opérations de transactions tardives et de market timing.
La bataille est encore une fois menée par Eliot Spitzer, le ministre de la Justice (Attorney General) de l'État de New York. C'est lui-même qui avait jadis porté des accusations contre des analystes de Merrill Lynch, soulevant que les investisseurs avaient reçu des conseils partiaux favorisant les entreprises qui étaient liées avec la banque d'affaires de Merrill.
Cette fois-ci, M. Spitzer dirige ses reproches contre des joueurs connus de l'industrie américaine des fonds de placement. Ils portent notamment sur des activités de transactions tardives, qui auraient permis à un fonds de couverture plutôt méconnu, le Canary Capital Partners LLC, d'obtenir un accès privilégié à des unités de fonds d'actions après la clôture des séances boursières. Ce n'est pas moins que la troisième banque en importance aux États-Unis, la Bank of America, qui est impliquée dans cette affaire.
Voici en quoi pourrait consister une opération de transactions tardives. Supposons qu'une entreprise importante du secteur de la santé, pensons à Johnson & Johnson par exemple, annonce une excellente nouvelle quant à ses bénéfices à 17h, donc après la fermeture des marchés boursiers nord-américains. Afin de tirer profit de cette information, le fonds de couverture impliqué dans cette affaire aurait pu, tout juste après la publication de la nouvelle, acheter illégalement des unités d'un fonds de santé au prix établi en fin de séance boursière, c'est-à-dire au prix de 16h.
Évidemment, le prix du fonds de santé de 16h ne tient pas compte de l'information sur l'annonce des bénéfices de Johnson & Johnson. Ce genre d'opération aurait donc permis au fonds de couverture de profiter, le lendemain, de la montée des titres du secteur de la santé et ainsi encaisser facilement d'importantes sommes d'argent.
En quoi la pratique des transactions tardives nuit-elle aux détenteurs de fonds? En injectant rapidement une somme massive à l'intérieur d'un fonds, le fonds de couverture force le gestionnaire à accroître la portion liquidité aux dépens de la partie actions du fonds. Cette action vient par conséquent diluer la hausse du prix des unités de fonds. Le résultat est désastreux pour les investisseurs qui voient ainsi une partie de leurs gains s'envoler.
Et ce n'est pas tout. M. Spitzer soulève également des activités inappropriées concernant le market timing. Les firmes Janus, Strong et Banc One auraient permis à des spéculateurs de négocier des unités de fonds afin d'effectuer des opérations d'arbitrage aux dépens des investisseurs à long terme. Les opérations de market timing visent à tirer profit de la différence entre les heures d'ouverture des marchés boursiers mondiaux.
Au Canada, on sait que les familles de fonds mettent en application des mesures afin de contrer la pratique du market timing. Les pénalités sont nécessaires pour forcer les investisseurs à demeurer un certain temps à l'intérieur du fonds, et ainsi ne pas obliger les gestionnaires à garder constamment de larges positions en liquidité. De plus, le market timing peut déclencher des gains en capital qui pénalisent fiscalement ceux qui détiennent des unités de fonds.
Concrètement, pour contrer le market timing, la plupart des familles de fonds canadiennes imposent des frais de négociation à court terme s'appliquant sur les transactions telles que les rachats ou les transferts faits à l'intérieur d'une période de 90 jours. Un exemple: une firme comme Fidelity impose obligatoirement des frais de négociation à court terme sur ses fonds internationaux qui sont sujets aux abus lors de transactions.
Le plus gros joueur impliqué dans la croisade de M. Spitzer, Bank of America, a réagi rapidement en affirmant la semaine dernière son désir vouloir rembourser tous les investisseurs qui auraient été lésés dans cette affaire. Janus a également exprimé la même volonté. Quant au fonds de couverture Canary Capital Partners LLC, une entente de 40 millions $US a été conclue pour régler la poursuite.
N'empêche que Wall Street a encore une fois montré son côté obscur. Des millions ont été subtilisés aux «investisseurs moyens». Il est clair que des mesures strictes seront nécessaires afin d'éviter la répétition de ce genre de scénario. Notons qu'aucune des firmes citées dans cette affaire n'est présente dans l'industrie canadienne des fonds communs de placement.
questions@avantages.com
L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages Services Financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et de gestion privée.
La bataille est encore une fois menée par Eliot Spitzer, le ministre de la Justice (Attorney General) de l'État de New York. C'est lui-même qui avait jadis porté des accusations contre des analystes de Merrill Lynch, soulevant que les investisseurs avaient reçu des conseils partiaux favorisant les entreprises qui étaient liées avec la banque d'affaires de Merrill.
Cette fois-ci, M. Spitzer dirige ses reproches contre des joueurs connus de l'industrie américaine des fonds de placement. Ils portent notamment sur des activités de transactions tardives, qui auraient permis à un fonds de couverture plutôt méconnu, le Canary Capital Partners LLC, d'obtenir un accès privilégié à des unités de fonds d'actions après la clôture des séances boursières. Ce n'est pas moins que la troisième banque en importance aux États-Unis, la Bank of America, qui est impliquée dans cette affaire.
Voici en quoi pourrait consister une opération de transactions tardives. Supposons qu'une entreprise importante du secteur de la santé, pensons à Johnson & Johnson par exemple, annonce une excellente nouvelle quant à ses bénéfices à 17h, donc après la fermeture des marchés boursiers nord-américains. Afin de tirer profit de cette information, le fonds de couverture impliqué dans cette affaire aurait pu, tout juste après la publication de la nouvelle, acheter illégalement des unités d'un fonds de santé au prix établi en fin de séance boursière, c'est-à-dire au prix de 16h.
Évidemment, le prix du fonds de santé de 16h ne tient pas compte de l'information sur l'annonce des bénéfices de Johnson & Johnson. Ce genre d'opération aurait donc permis au fonds de couverture de profiter, le lendemain, de la montée des titres du secteur de la santé et ainsi encaisser facilement d'importantes sommes d'argent.
En quoi la pratique des transactions tardives nuit-elle aux détenteurs de fonds? En injectant rapidement une somme massive à l'intérieur d'un fonds, le fonds de couverture force le gestionnaire à accroître la portion liquidité aux dépens de la partie actions du fonds. Cette action vient par conséquent diluer la hausse du prix des unités de fonds. Le résultat est désastreux pour les investisseurs qui voient ainsi une partie de leurs gains s'envoler.
Et ce n'est pas tout. M. Spitzer soulève également des activités inappropriées concernant le market timing. Les firmes Janus, Strong et Banc One auraient permis à des spéculateurs de négocier des unités de fonds afin d'effectuer des opérations d'arbitrage aux dépens des investisseurs à long terme. Les opérations de market timing visent à tirer profit de la différence entre les heures d'ouverture des marchés boursiers mondiaux.
Au Canada, on sait que les familles de fonds mettent en application des mesures afin de contrer la pratique du market timing. Les pénalités sont nécessaires pour forcer les investisseurs à demeurer un certain temps à l'intérieur du fonds, et ainsi ne pas obliger les gestionnaires à garder constamment de larges positions en liquidité. De plus, le market timing peut déclencher des gains en capital qui pénalisent fiscalement ceux qui détiennent des unités de fonds.
Concrètement, pour contrer le market timing, la plupart des familles de fonds canadiennes imposent des frais de négociation à court terme s'appliquant sur les transactions telles que les rachats ou les transferts faits à l'intérieur d'une période de 90 jours. Un exemple: une firme comme Fidelity impose obligatoirement des frais de négociation à court terme sur ses fonds internationaux qui sont sujets aux abus lors de transactions.
Le plus gros joueur impliqué dans la croisade de M. Spitzer, Bank of America, a réagi rapidement en affirmant la semaine dernière son désir vouloir rembourser tous les investisseurs qui auraient été lésés dans cette affaire. Janus a également exprimé la même volonté. Quant au fonds de couverture Canary Capital Partners LLC, une entente de 40 millions $US a été conclue pour régler la poursuite.
N'empêche que Wall Street a encore une fois montré son côté obscur. Des millions ont été subtilisés aux «investisseurs moyens». Il est clair que des mesures strictes seront nécessaires afin d'éviter la répétition de ce genre de scénario. Notons qu'aucune des firmes citées dans cette affaire n'est présente dans l'industrie canadienne des fonds communs de placement.
questions@avantages.com
L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages Services Financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et de gestion privée.
Haut de la page

