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Vos finances - Parenthèse pétrolière

Petite parenthèse pétrolière. Le prix de référence du baril de pétrole sur le Nymex est en chute de 22 % depuis un mois. Dans l’intervalle, le dollar canadien a reculé de 2 % par rapport à sa contrepartie américaine. Quant au prix moyen du litre de l’essence à la pompe, il ne s’est replié que de 4 % à la fin d’avril. Où est l’erreur ?

Au-delà des fluctuations du prix de référence des contrats à terme qui a vu le baril de référence perdre 23 $US depuis un mois, le prix minimal à la rampe de chargement a peu bougé. Il est passé de 84,3 ¢ à 81,2 ¢ le litre, soit un repli de 4 %. La faiblesse du brut, si elle persiste, devrait donc se faire sentir au cours des prochaines semaines. Le tout étant toutefois susceptible d’être atténué par le renforcement attendu du dollar américain dans un contexte de crise de l’euro allant en s’accentuant. Le dollar canadien revenait, d’ailleurs, sous les 97 ¢US hier.


Cette parenthèse étant, les analystes de la Banque Nationale ont révisé à la baisse leur scénario pour cibler désormais l’euro à 1,18 $US d’ici la fin de 2012. Ils évoquent la détérioration de l’économie européenne « dans une conjoncture explosive ». Chômage record avant même l’entrée officielle de la zone euro en récession, crise de dettes souveraines, paniques bancaires et « le pire de tout, peut-être, inertie des instances politiques », ont-ils énuméré.


Effectivement, une mauvaise réaction politique face à la crise, combinée à une obsession pour l’austérité budgétaire sans croissance économique, a poussé la zone au bord de l’éclatement et augmenté le risque d’une nouvelle secousse planétaire. « La récession de la zone euro s’approfondit, une crise financière mijote alors que le secteur bancaire est affligé de problèmes de solvabilité, les États ne respectent pas leurs objectifs de déficit, la politique budgétaire freine l’économie et l’action politique laisse sérieusement à désirer », ont poursuivi les analystes de la Banque. La récession en cours devrait s’aggraver, avec des pays comme l’Espagne et la Grèce nageant carrément dans la dépression.


Autres conséquences : « les déposants craignent pour la solvabilité de leurs banques ou appréhendent une sortie de leur pays de la zone euro, et envoient leur argent à l’étranger ». Ce thème de la panique bancaire est repris dans les propos des analystes de BMO Groupe financier. Ces derniers rappellent comment l’Irlande a dû sauver ses banques au prix de sa propre solvabilité, en vidant ses coffres et en se condamnant à quémander l’aide du FMI. L’Espagne fait face au même risque de devoir sauver son système bancaire, ce qui l’expose à des coûts de financement à ce point insoutenables que sa solvabilité est menacée.


Le marché obligataire devient à la fois la scène et le témoin de cette tension. « Rarement les écarts entre obligations n’ont été aussi grands depuis la création de l’Union monétaire », peut-on lire dans une dépêche de l’Agence France-Presse. Le taux de l’obligation à dix ans de l’Espagne s’est approché des 7 % cette semaine. Certains analystes voient déjà se profiler la barre des 8 %, soit un niveau « ayant précédé le secours international pour la Grèce, le Portugal et l’Irlande ». Le prochain pays dans la mire, l’Italie, doit conjuguer avec un taux d’emprunt à dix ans chatouillant les 6 %.


Ce sont là des signes d’une frayeur extrême des investisseurs cherchant refuge dans les valeurs plus sûres que sont les bons du Trésor américain, les obligations des gouvernements allemands et britanniques, voire le marché obligataire canadien et même le yen japonais. « Les mouvements observés sur le mois de mai sont extrêmes, avec peu de précédents. Forcément, il y a une certaine décorrélation des fondamentaux économiques. Par exemple, il est difficile de justifier un taux allemand à 10 ans sous 1,7 ou 1,8 % », a souligné l’AFP. Les probabilités de revenir à des taux négatifs sur les titres émis par les pays considérés comme étant solides sont même revues en hausse, comme ce fut le cas pour les bons du Trésor américain au plus fort de la crise de 2008-2009. « Les contrats à terme sur les obligations de l’Allemagne et de la France évoluent en outre à leur plus haut niveau, signe que les investisseurs estiment que les rendements, qui évoluent en sens inverse de la demande, vont encore baisser. »


On s’en doute, ce beau gâchis aurait pu être évité par une action politique adéquate. Les analystes de la Banque Nationale supposent que des mesures seront finalement mises en place pour stabiliser la zone euro… en 2013. Or, à voir comment les dirigeants politiques européens manoeuvrent dans cette crise vieille de plus de deux ans maintenant, un autre scénario s’esquisse. Celui de voir la crise européenne déclencher une récession mondiale.

 
 
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