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Vos finances – Horizon brouillé pour les taux

Les faux signaux s’accumulent sur le marché obligataire. Avec ces banques centrales soufflant le chaud et le froid tellement les indicateurs économiques vont dans toutes les directions, tout indique que la fameuse hausse des taux directeurs au Canada, qui semblait vouloir prendre forme quelque part cet été, ne viendra finalement pas cette année.

Le ton a changé depuis mars. Et il rechange depuis mai. Les banques centrales tenaient un discours plutôt sombre en début d’année, pour ensuite tendre vers l’embellie. La tension a diminué de plusieurs crans dans la zone euro, et la reprise économique aux États-Unis se dessinait pour être plus forte que prévu. Mais tout a changé depuis, avec des données récentes reléguant les anciennes indications au rang de faux signaux. La soudaine vigueur de la croissance aux États-Unis connaît des ratés et le marché du travail redevient anémique. Dans une Europe plombée par l’austérité budgétaire, la récession s’annonce pour être plus profonde et plus longue qu’anticipée, avec un taux de chômage destiné à enchaîner les records au cours des prochains mois. Et il y a cette zone euro qui n’a pas fini d’inquiéter, avec les projecteurs braqués cette fois sur l’Espagne et l’Italie. Il appert qu’on n’en serait pas là dans l’euroland, mais le pare-feu européen et les nouvelles ressources accordées au FMI ne seraient que de peu d’utilité si la contagion frappait ces grandes économies et leurs banques.


Si tout cela n’est que pure fiction ou anticipation, il n’en constitue pas moins la trame d’un scénario ramenant les banquiers centraux à leurs modèles économétriques. Comme la fait remarquer François Dupuis, économiste en chef au Mouvement Desjardins, « les banques centrales haussent le ton plutôt que les taux ».


Au Canada, la dernière prestation publique du gouverneur de la banque centrale, Mark Carney, faisait apparaître sur le radar une hausse du taux directeur dès cette année. Certains analystes parlaient même de juillet. Or, la contraction-surprise du PIB en février est venue rappeler à tous que la croissance économique au Canada n’était pas aussi solidement ancrée. Au demeurant, la Banque du Canada peut difficilement agir de manière isolée. Elle ne peut faire fi des difficultés persistantes dans les autres économies développées et du ralentissement observé dans les pays émergents sans risquer une envolée du dollar canadien.


On l’imagine, c’est donc le statu quo qui prévaut en matière de taux directeur. Du moins, la seule hausse en vue, de 50points, viendra de la Banque du Canada. Mais pas avant l’automne 2013, prévoit François Dupuis. Quant aux taux à plus long terme sur le marché obligataire, dont ces échéances de cinq et de dix ans qui influencent la grille des taux hypothécaires, la volatilité sera au rendez-vous, au rythme du dévoilement des principales statistiques. Chez Desjardins, on retient le scénario situant la première hausse du taux directeur de la Réserve fédérale en 2014. On n’écarte également pas la possibilité que la Fed revienne avec un troisième programme d’assouplissement monétaire quantitatif si le marché du travail ne parvient pas à retrouver une vitesse de croisière et si les risques déflationnistes redevenaient menaçants.


Donc rien de trop beau à prévoir pour le marché des titres à revenu fixe. En fait, s’il y a une carte à jouer, elle devra tenir compte du fait que « le contexte global demeure encore trop parsemé d’embûches pour que toute remontée des taux s’avère durable à court terme », a souligné l’économiste en chef de Desjardins.


Mais quant à l’endettement des Canadiens, c’est une autre histoire.

 
 
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