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Vos placements - Inquiétante, la situation financière des caisses de retraite?

Je vous lis chaque samedi ainsi que votre collègue dans le cahier Économie, M. Bérubé. La semaine dernière, ce dernier écrivait que les fonds de retraite à prestations déterminées étaient dans un état lamentable. Avec la retraite des baby-boomers, il n’y a qu’un pas à franchir pour croire qu’ils seront à sec avant longtemps. Pour ma part, j’ai 40 ans et j’ai travaillé cinq années au sein de la STM (excellent fonds de retraite à prestations déterminées) ; malheureusement, mon intérêt et les défis de mes tâches étaient inversement proportionnels à ces fonds, donc j’ai quitté mon poste tout récemment.




Je possède un condo (130 000 $ en financement) et près de 30 000 $ en REER, une fois que j’aurai remboursé mes retraits effectués dans le cadre du RAP (condo et études). Je compte prendre 6000 $ de mon REER pour créer mon propre fonds de retraite. Après de nombreux calculs (approximatifs), je peine à croire que je pourrai prendre une retraite confortable un de ces jours.


Auriez-vous des conseils pour une personne dans ma situation ?


Merci à vous.


Un lecteur


 

Laissez-moi vous dire qu’en quittant votre employeur, la Société de transport de Montréal, vous avez abandonné du même souffle un excellent régime de retraite à prestations définies. Un excellent régime tant pour la rente garantie à la retraite que pour la solidité financière de l’organisme supportant ledit régime. C’est en effet la Ville de Montréal qui supportera tout déficit dudit régime. Étant donné son pouvoir de taxation important, la Ville de Montréal jouit d’une excellente cote de crédit, conférant du même coup une solide garantie aux participants à ses régimes de retraite.


Comme l’a bien mis en évidence Gérard Bérubé dans sa chronique du samedi 28 avril intitulée « Les régimes de retraite plus mal en point qu’il n’y paraît », les faibles rendements, tant des obligations que des actions, posent de sérieux défis aux gestionnaires. Ceux-ci parviennent difficilement à faire fructifier les sommes investies dans ces régimes de retraite de manière à couvrir les émoluments promis à la retraite aux participants. Ces faibles rendements risquent de perdurer alors que les économies occidentales semblent s’être enlisées dans une trappe de liquidité, comme le Japon l’est depuis plus de 15 ans. Si tel est le cas, les faibles taux d’intérêt seront la norme pour encore très longtemps.


Et il y a le vieillissement de la population qui fait que le total des rentes devant être versées chaque année par les régimes de retraite à prestations définies augmentera sensiblement au cours des 20 prochaines années.


Cela dit, il ne faut pas conclure que les régimes de retraite à prestations déterminées (ces régimes promettent aux retraités une rente correspondant à 50 % ou plus de leur salaire annuel moyen des années précédant la date de retraite) seront bientôt à sec. D’abord, ces régimes de retraite à prestations déterminées ne sont pas légion. Comme l’a indiqué M. Bérubé dans sa chronique, à peine 2,9 % des quelque 16 % de Canadiens participant à un quelconque régime de retraite de leur employeur le font à un régime de retraite à prestations définies. Les autres participent à un régime de retraite à cotisations déterminées (ces régimes ne promettent pas une rente en fonction du salaire moyen). Ce sont des régimes de retraite beaucoup moins riches que les régimes de retraite à prestations déterminées.


Ces derniers sont donc une minorité et ne sont souvent offerts que par des organismes gouvernementaux ou paragouvernementaux, ou encore par de très grandes entreprises jouissant d’un bilan financier très solide. Ces entreprises sont en mesure d’investir des centaines de millions de dollars afin de combler les déficits actuariels de leurs régimes de retraite. C’est ce que font par exemple depuis quel-ques années BCE, notre géant des télécommunications, et les grands chemins de fer que sont le CN et le CP.


Il existe cependant de grandes entreprises qui ne seront pas en mesure de verser les émoluments promis à leurs futurs retraités. Ces grandes entreprises évoluent dans des secteurs mous et ont vu leur bilan s’affaiblir sensiblement au cours de la dernière décennie. C’est le cas de certaines compagnies forestières qui évoluent dans un contexte très difficile. Cela ne signifie pas pour autant que leurs régimes sont à sec. Si un régime n’est capitalisé, disons, qu’à 70 % par rapport à ses engagements, cela signifie qu’au pire les futurs retraités recevront une rente de 30 % inférieure à celle initialement prévue. Ils n’auront donc pas tout perdu. Cela même si leur employeur devait éventuellement faire faillite.


Par ailleurs, pour combler lesdits déficits actuariels, une entreprise peut exiger une plus forte contribution des employés audit régime et/ou demander de reporter la date de retraite à plus tard. Il est cependant très clair que les entreprises chercheront désormais à se dégager de tels engagements en proposant aux nouveaux employés des régimes à cotisations déterminées plutôt que des régimes à prestations déterminées.


Mais pour ceux qui ont la chance de participer à un riche régime de retraite à prestations définies (surtout s’il est garanti par un gouvernement ou l’un de ses organismes), « accrochez-vous à celui-ci si possible » est le mot d’ordre à suivre. Ces régimes valent leur pesant d’or (souvent près d’un demi-million de dollars avant impôt) dans l’avoir du retraité. Un piège guette cependant ces personnes : négliger l’épar-gne. En effet, à cause de ces régimes riches, beaucoup de personnes s’adonneront à la dépense plutôt que de cons-truire leur avoir, jugeant suffisant l’apport dudit régime. C’est là une erreur. Un riche régime de retraite à prestations déterminées occupera une place importante dans l’avoir d’un retraité, mais il ne peut pas seul lui assurer une retraite aisée. Il est donc important qu’en plus de participer à un tel régime, un employé puisse épargner de manière à construire son portefeuille de valeurs mobilières (actions surtout) et son avoir immobilier (il devrait comprendre la résidence et au moins un petit immeuble à revenus).


Cela dit, ce n’est pas tant de l’avenir des régimes de retraite à prestations définies que vous devriez vous préoccuper mais bien du vôtre. En quittant votre employeur, vous avez abandonné un riche régime de retraite en plus, probablement, d’un bon salaire. Or, à 40 ans, vous ne semblez pas disposer d’un avoir très élevé. Et ce n’est pas avec un montant initial de 6000 $ que vous pourrez construire un avoir suffisant pour vous assurer une retraite confortable. Il vous faudra certainement épargner bon an mal an près de 15 % de votre salaire brut annuel, voire 20 %, pour ce faire. Il est donc important de vous dénicher rapidement un emploi bien rémunéré, et si c’est possible, auprès d’un employeur très solide financièrement et offrant un riche régime de retraite à prestations définies. Et il faudra vous serrer la ceinture pour mettre l’accent sur l’épargne pour les 20 prochaines années.


 

cchiasson@proplacement.qc.ca


Classe Internet : www.proplacement.qc.ca


 
 
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