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    Loi sur les pêches - 625 scientifiques interpellent Harper

    Le ministre des Pêches et Océans, Keith Ashfield
    Photo: Agence Reuters Chris Wattie Le ministre des Pêches et Océans, Keith Ashfield
    Une vague de fond s'est levée dans la communauté scientifique canadienne contre le projet du gouvernement Harper d'affaiblir la Loi sur les pêches à l'occasion du prochain budget en y faisant disparaître l'interdiction historique d'altérer de quelque manière que ce soit l'habitat du poisson.

    En effet, 625 chercheurs et spécialistes en biologie des milieux marins, aquatiques, en environnement et de différentes disciplines scientifiques relatives aux espèces aquatiques ont fait parvenir hier une lettre au premier ministre Stephen Harper dans laquelle ils lui demandent «d'abandonner prestement cette initiative» qui, écrivent-ils, «mettrait en péril de nombreuses populations de poissons ainsi que les lacs, les estuaires et les rivières qui les supportent».

    La semaine dernière, Le Devoir rapportait en manchette que le gouvernement fédéral songeait à utiliser la loi sur le prochain budget pour enlever de la Loi sur les pêches toute référence à la protection de l'habitat des poissons, probablement une des lois environnementales les plus utilisées au Canada en raison de sa facilité de preuve. C'est aussi son article 35, qui interdit toute «altération, tout dérangement ou toute destruction de l'habitat du poisson», qui impose au fédéral d'exiger une évaluation environnementale de tous les grands projets industriels, dont les oléoducs, parce qu'ils traversent des cours d'eau et modifient l'habitat du poisson. Pour les conservateurs de Stephen Harper, ces exigences ralentissent la mise en marche des grands projets.

    Notant que le ministre des Pêches et Océans, Keith Ashfield, avait confirmé aux Communes que le projet était à l'étude, les signataires affirment que «l'affaiblissement de la protection des habitats, selon l'article 35 de la Loi sur les pêches, aura un impact très négatif sur la qualité des ressources hydriques ainsi que sur les pêches à travers tout le pays et pourrait miner la crédibilité du Canada en matière d'environnement sur le plan international».

    L'initiative d'envoyer cette lettre au premier ministre Harper a été prise par une sommité scientifique canadienne, David W. Schindler, un des pionniers de la limnologie et de l'océanographie reconnu mondialement. Le Dr Schindler fait partie du Département des sciences biologiques de l'Université d'Alberta.

    La liste des 625 signataires fait 27 pages. On y retrouve 18 membres de la Société royale du Canada et 30 directeurs de chaires scientifiques reliées au secteur des pêches et des habitats aquatiques.

    Pour ces 625 spécialistes des sciences biologiques et environnementales, «la destruction d'habitats représente la première cause du déclin des espèces, ce qui est un fait reconnu par tous les écologistes et scientifiques du monde entier. La Loi sur les pêches a toujours été un outil essentiel à la protection des habitats pour les poissons ainsi que pour l'industrie des pêches qu'ils supportent au Canada. Il ne fait aucun doute que l'affaiblissement de la protection des habitats projetterait une image irresponsable du Canada sur la scène internationale.»

    «Nous devrions, poursuivent les chercheurs et scientifiques, renforcer plutôt qu'affaiblir la protection des habitats selon la Loi sur les pêches (ainsi que d'autres lois à caractère environnemental, telles que la Loi sur les espèces en péril et la Loi de 1994 sur la Convention concertant les oiseaux migrateurs), dans l'optique de protéger nos pêcheries en déclin constant ainsi que les espèces en péril.»

    Cette brochette de scientifiques de premier plan s'insurge aussi contre l'idée de ne protéger l'habitat du poisson que dans le cas des «pêcheries de valeur économique, culturelle et écologique».

    «Ceci ne fait aucun sens du point de vue scientifique ou économique, écrivent-ils. Toutes les espèces ont une valeur écologique, un fait d'ailleurs reconnu par la loi actuelle.»

    Faible apport du Québec

    Les chercheurs québécois qui ont signé cette lettre sont loin de représenter par leur nombre le poids du Québec dans la population canadienne. En effet, seulement 72 des 625 signataires proviennent en effet du Québec, soit 11 %. De ce nombre 28, soit environ le tiers, oeuvrent au sein de l'Université McGill. La lettre en question reflète donc majoritairement l'opinion des réseaux scientifiques du Canada anglais, d'un bout à l'autre du pays.

    Invité à commenter cette situation, le porte-parole du groupe, Louis Bernatchez, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génomique et en conservation des ressources aquatiques de l'Université Laval, avoue qu'il s'explique mal cette situation.

    Il pense que «c'est principalement un effet du contexte de précipitation dans lequel les chercheurs ont été invités à adhérer au texte». En tout, cette initiative s'est déroulée sur à peine 36 heures, dit-il, ce qui indique à quel point le milieu scientifique s'indigne du plan conservateur.

    Louis Bernatchez précise que c'est par le site Internet scientists-4-species, peu fréquenté par les francophones à l'évidence, que les chercheurs anglophones ont été mobilisés derrière le texte rédigé par David Schindler et quelques collègues. À son avis, il ne faut pas interpréter cette faible participation des francophones du Québec comme signifiant qu'ils accordent peu d'importance aux modifications que les conservateurs pourraient introduire, la semaine prochaine, dans les mesures budgétaires pour affaiblir la Loi fédérale sur les pêches.












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