Vos placements - Le système financier mondial va-t-il s'effondrer?
Deux de mes connaissances qui travaillent dans le monde de la finance, un à la Bourse et l'autre diplômé des HEC, sont d'avis que le système financier mondial (mais d'abord surtout européen, puis chinois) est actuellement sur le bord de craquer sous la forme d'un effet domino de faillites de banques, pire que la crise de 1929, selon elles. L'un pense cependant que le système canadien est quand même un peu plus à l'abri, parce que, entre autres, mieux réglementé, si j'ai bien compris. Je ne sais pas encore si c'est le genre de personnes à crier facilement au loup, mais je sais à l'avance que vous essaierez de me rassurer; en fait, j'aimerais surtout lire vos arguments.
En effet, pourquoi une telle catastrophe ne peut PAS arriver, selon vous? Quoique dans un contexte différent, n'oublions pas que c'est arrivé dans un pays développé, en Argentine, il y a une dizaine d'années, sous la pression du FMI. Est-ce que des journalistes pourraient mieux nous expliquer ce qui est arrivé là-bas et, surtout, comment les Argentins s'en sont sortis? Rappelons que les banques ont fermé là-bas et que des millions de personnes ont perdu toutes leurs économies, et en particulier l'argent de leur retraite! Par ailleurs, devant de telles incertitudes, et une telle perte de confiance dans la haute finance et peu de volonté politique pour établir une réglementation plus sévère, le placement en valeur solide (or, pierres précieuses, maison, etc.) n'est-il pas préférable? Merci à l'avance pour votre réponse éclairée.
È. L. - Montréal
Je dois le reconnaître, les risques d'erreur de tir de la part de nos autorités gouvernementales en matière de politiques fiscale et monétaire sont aujourd'hui plus élevés qu'il y a 10 ou 20 ans. En dépit de cela, l'effondrement du système financier n'est pas le scénario le plus probable. Rappelez-vous: le Canada a écopé au début des années 90 d'une baisse de sa cote de crédit alors que son taux d'endettement était devenu très préoccupant et qu'un pan complet de son système financier, les fiducies, allait quasiment disparaître. Il aura fallu au pays six ans d'austérité budgétaire pour se sortir du bourbier, chose faite depuis 1997. Le pays est par la suite parvenu à regagner sa cote triple A. Donc, en prenant des mesures budgétaires plus austères, un pays peut avec le temps se refaire une beauté en matière de bilan financier.
Et, dois-je préciser, la situation du Canada était plus dangereuse alors que ne l'est l'actuelle crise de la dette souveraine. La raison: le Canada était le seul parmi les grands pays occidentaux à se trouver acculé. Aujourd'hui, la crise touche plusieurs grands pays occidentaux, y compris les États-Unis qui ont perdu leur cote de crédit triple A. Avec un aussi grand nombre de pays en eaux troubles, il est aujourd'hui plus facile de recourir à l'arme ultime contre une possible dépression économique: la planche à billets. La banque centrale américaine a imprimé des billions de dollars pour reprendre les actifs dépréciés des banques, pour financer la dette du gouvernement américain et pour sauver de grandes entreprises, dont General Motors.
En Europe, étant donné le nombre élevé de pays membres de l'Union européenne et utilisant l'euro comme devise, accoucher d'un plan de secours universel est plus difficile. Mais, il viendra. Déjà, la Banque centrale européenne (BCE) achète à coups de milliards d'euros les titres de créance des pays en difficulté financière. Comme aux États-Unis, la BCE a déjà recours à la planche à billets pour soutenir le marché obligataire européen. Et dites-vous bien que la planche à billets tournera désormais de plus en plus vite au fur et à mesure que les centaines de milliards d'euros d'obligations des pays européens (450 milliards d'euros uniquement pour l'Italie) viendront à échéance cette année.
Remarquez que nos autorités monétaires ne disent pas recourir tous azimuts à la planche à billets. Elles utilisent l'expression suivante, plus convenable: assouplissement monétaire quantitatif. La BCE, le fonds de prévoyance et le Fonds monétaire international (FMI) accoucheront ainsi de 1000 milliards d'euros pour soutenir les gouvernements. La BCE en Europe et la Réserve fédérale aux États-Unis parviendront ainsi à garder le contrôle sur les taux d'intérêt, tant à court terme qu'à long terme. Et, s'il le faut, elles ne se gêneront pas pour intervenir afin de soutenir les marchés boursiers.
Le Canada seul n'aurait pas pu recourir ainsi à la planche à billets pour se sortir du bourbier dans les années 90. Il aurait perdu le contrôle des taux d'intérêt et aurait vu son dollar fondre comme neige au soleil (en quelques mois) sur le marché des changes. Ce faisant, le pays aurait basculé dans une quasi-dépression alors qu'au même moment le taux d'inflation aurait littéralement explosé. Dame inflation serait en effet entrée par la grande porte, celle d'une dévaluation radicale de la devise.
Le cas argentin
C'est ce qui est arrivé chaque fois que l'Argentine a été acculée à la faillite. Des millions d'Argentins ont ainsi perdu leur épargne alors que leurs banques faisaient faillite. Simultanément, les prix internes des biens de consommation et des services augmentaient à une vitesse hallucinante. Pour se prémunir contre cet appauvrissement généralisé, les Argentins avaient essentiellement deux avenues: sortir carrément leurs avoirs du pays pour l'investir dans des actifs aux États-Unis en dollars américains ou dans un autre pays jouissant d'une devise forte ou investir dans les actions de firmes essentiellement exportatrices disposant d'un bilan solide bourré de dollars américains.
Le cas argentin ne s'applique pas toutefois à la crise actuelle. Cette dernière implique la plupart des grands pays industriels (dont le Japon). Et les devises de ces pays sont dans les faits des devises faibles. On se trouve actuellement devant deux grands risques: le premier, ne pas imprimer assez d'argent, ce qui ferait basculer l'économie mondiale dans une profonde récession, voire une dépression; le second, en imprimer trop, chose toutefois qu'on constatera trop tard, soit au moment où l'inflation s'envolera.
Notez que rien ne garantit que l'inflation enflera sous l'impact de cette mer de liquidités qu'injectent et injecteront les banques centrales de par le monde. Depuis 15 ans le Japon imprime ainsi des yens sans être parvenu à s'extirper pour autant de la déflation (les prix à la consommation reculent au pays du Soleil levant). Et depuis plus de 15 ans les taux d'intérêt sont au plus bas dans ce pays, les obligations négociables à long terme s'échangeant parfois sur la base d'un rendement annuel composé de 1 %.
Quant aux banques, sachez que les gouvernements iront jusqu'à les nationaliser pour éviter leur déconfiture. D'ailleurs, le sauvetage tant médiatisé de la Grèce n'est en fait que le sauvetage des grandes banques européennes qui détiennent la dette pourrie de ce pays.
Dans un tel contexte, tous les actifs en mesure de générer des revenus réguliers de bonne à haute qualité devraient bien faire pourvu que l'économie mondiale garde le cap sur une croissance soutenue de 3 % et plus. Évidemment, ces actifs doivent être acquis à un juste prix. Les propriétés à revenus sont donc au menu s'ils sont situés dans un pays dont la devise est relativement forte (c'est le cas du Canada). Les actions de grandes compagnies canadiennes et certaines américaines affichant un solide historique en matière de dividendes élevés et croissants seront aussi très recherchées. L'or devrait également demeurer cher dans ce contexte.
cchiasson@proplacement.qc.ca
Classe Internet: www.proplacement.qc.ca
En effet, pourquoi une telle catastrophe ne peut PAS arriver, selon vous? Quoique dans un contexte différent, n'oublions pas que c'est arrivé dans un pays développé, en Argentine, il y a une dizaine d'années, sous la pression du FMI. Est-ce que des journalistes pourraient mieux nous expliquer ce qui est arrivé là-bas et, surtout, comment les Argentins s'en sont sortis? Rappelons que les banques ont fermé là-bas et que des millions de personnes ont perdu toutes leurs économies, et en particulier l'argent de leur retraite! Par ailleurs, devant de telles incertitudes, et une telle perte de confiance dans la haute finance et peu de volonté politique pour établir une réglementation plus sévère, le placement en valeur solide (or, pierres précieuses, maison, etc.) n'est-il pas préférable? Merci à l'avance pour votre réponse éclairée.
È. L. - Montréal
Je dois le reconnaître, les risques d'erreur de tir de la part de nos autorités gouvernementales en matière de politiques fiscale et monétaire sont aujourd'hui plus élevés qu'il y a 10 ou 20 ans. En dépit de cela, l'effondrement du système financier n'est pas le scénario le plus probable. Rappelez-vous: le Canada a écopé au début des années 90 d'une baisse de sa cote de crédit alors que son taux d'endettement était devenu très préoccupant et qu'un pan complet de son système financier, les fiducies, allait quasiment disparaître. Il aura fallu au pays six ans d'austérité budgétaire pour se sortir du bourbier, chose faite depuis 1997. Le pays est par la suite parvenu à regagner sa cote triple A. Donc, en prenant des mesures budgétaires plus austères, un pays peut avec le temps se refaire une beauté en matière de bilan financier.
Et, dois-je préciser, la situation du Canada était plus dangereuse alors que ne l'est l'actuelle crise de la dette souveraine. La raison: le Canada était le seul parmi les grands pays occidentaux à se trouver acculé. Aujourd'hui, la crise touche plusieurs grands pays occidentaux, y compris les États-Unis qui ont perdu leur cote de crédit triple A. Avec un aussi grand nombre de pays en eaux troubles, il est aujourd'hui plus facile de recourir à l'arme ultime contre une possible dépression économique: la planche à billets. La banque centrale américaine a imprimé des billions de dollars pour reprendre les actifs dépréciés des banques, pour financer la dette du gouvernement américain et pour sauver de grandes entreprises, dont General Motors.
En Europe, étant donné le nombre élevé de pays membres de l'Union européenne et utilisant l'euro comme devise, accoucher d'un plan de secours universel est plus difficile. Mais, il viendra. Déjà, la Banque centrale européenne (BCE) achète à coups de milliards d'euros les titres de créance des pays en difficulté financière. Comme aux États-Unis, la BCE a déjà recours à la planche à billets pour soutenir le marché obligataire européen. Et dites-vous bien que la planche à billets tournera désormais de plus en plus vite au fur et à mesure que les centaines de milliards d'euros d'obligations des pays européens (450 milliards d'euros uniquement pour l'Italie) viendront à échéance cette année.
Remarquez que nos autorités monétaires ne disent pas recourir tous azimuts à la planche à billets. Elles utilisent l'expression suivante, plus convenable: assouplissement monétaire quantitatif. La BCE, le fonds de prévoyance et le Fonds monétaire international (FMI) accoucheront ainsi de 1000 milliards d'euros pour soutenir les gouvernements. La BCE en Europe et la Réserve fédérale aux États-Unis parviendront ainsi à garder le contrôle sur les taux d'intérêt, tant à court terme qu'à long terme. Et, s'il le faut, elles ne se gêneront pas pour intervenir afin de soutenir les marchés boursiers.
Le Canada seul n'aurait pas pu recourir ainsi à la planche à billets pour se sortir du bourbier dans les années 90. Il aurait perdu le contrôle des taux d'intérêt et aurait vu son dollar fondre comme neige au soleil (en quelques mois) sur le marché des changes. Ce faisant, le pays aurait basculé dans une quasi-dépression alors qu'au même moment le taux d'inflation aurait littéralement explosé. Dame inflation serait en effet entrée par la grande porte, celle d'une dévaluation radicale de la devise.
Le cas argentin
C'est ce qui est arrivé chaque fois que l'Argentine a été acculée à la faillite. Des millions d'Argentins ont ainsi perdu leur épargne alors que leurs banques faisaient faillite. Simultanément, les prix internes des biens de consommation et des services augmentaient à une vitesse hallucinante. Pour se prémunir contre cet appauvrissement généralisé, les Argentins avaient essentiellement deux avenues: sortir carrément leurs avoirs du pays pour l'investir dans des actifs aux États-Unis en dollars américains ou dans un autre pays jouissant d'une devise forte ou investir dans les actions de firmes essentiellement exportatrices disposant d'un bilan solide bourré de dollars américains.
Le cas argentin ne s'applique pas toutefois à la crise actuelle. Cette dernière implique la plupart des grands pays industriels (dont le Japon). Et les devises de ces pays sont dans les faits des devises faibles. On se trouve actuellement devant deux grands risques: le premier, ne pas imprimer assez d'argent, ce qui ferait basculer l'économie mondiale dans une profonde récession, voire une dépression; le second, en imprimer trop, chose toutefois qu'on constatera trop tard, soit au moment où l'inflation s'envolera.
Notez que rien ne garantit que l'inflation enflera sous l'impact de cette mer de liquidités qu'injectent et injecteront les banques centrales de par le monde. Depuis 15 ans le Japon imprime ainsi des yens sans être parvenu à s'extirper pour autant de la déflation (les prix à la consommation reculent au pays du Soleil levant). Et depuis plus de 15 ans les taux d'intérêt sont au plus bas dans ce pays, les obligations négociables à long terme s'échangeant parfois sur la base d'un rendement annuel composé de 1 %.
Quant aux banques, sachez que les gouvernements iront jusqu'à les nationaliser pour éviter leur déconfiture. D'ailleurs, le sauvetage tant médiatisé de la Grèce n'est en fait que le sauvetage des grandes banques européennes qui détiennent la dette pourrie de ce pays.
Dans un tel contexte, tous les actifs en mesure de générer des revenus réguliers de bonne à haute qualité devraient bien faire pourvu que l'économie mondiale garde le cap sur une croissance soutenue de 3 % et plus. Évidemment, ces actifs doivent être acquis à un juste prix. Les propriétés à revenus sont donc au menu s'ils sont situés dans un pays dont la devise est relativement forte (c'est le cas du Canada). Les actions de grandes compagnies canadiennes et certaines américaines affichant un solide historique en matière de dividendes élevés et croissants seront aussi très recherchées. L'or devrait également demeurer cher dans ce contexte.
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