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Vos placements - Immobilier: faut-il craindre un effondrement du marché?

Claude Chiasson   14 janvier 2012  Finances personnelles
Souvent, vous recommandez à vos lecteurs de posséder au moins une petite propriété à revenus dans leur avoir. À la lumière de ce qui s'est passé aux États-Unis, ne craignez-vous pas que le marché immobilier canadien ne finisse par s'effondrer?

Un lecteur sceptique


D'emblée, dois-je dire, contrairement aux Américains, les Canadiens n'utilisent pas leur propriété comme une tirelire. Au sud de notre frontière, les intérêts payés sur l'emprunt de sa résidence principale (voire secondaire) sont déductibles des revenus du propriétaire. Conséquence: ce dernier n'a pas hésité, jusqu'à la crise financière 2007-2008, à renégocier régulièrement le solde de son hypothèque à la hausse, utilisant les capitaux ainsi levés non pas pour effectuer des placements, mais pour simplement consommer. D'où le surendettement des ménages américains jusqu'à ce que la bulle immobilière éclate. Depuis, les Américains se sont mis à l'épargne, et sont parvenus à abaisser leur taux global d'endettement.

Autre particularité du marché immobilier américain: les propriétaires, s'ils sont incapables de faire face aux mensualités hypothécaires, peuvent remettre les clés de leur maison à leur créancier sans risquer de se faire saisir les autres éléments de leur actif. Cette situation fait que le marché immobilier américain est plus fragile que celui canadien.

Au Canada, les intérêts payés sur l'hypothèque de la résidence principale ne sont pas déductibles. Les propriétaires ont donc intérêt à rembourser le plus rapidement possible leur hypothèque. Tellement que près de la moitié des propriétés unifamiliales au pays sont aujourd'hui libres d'hypothèques.

Par ailleurs, la saisie de sa maison unifamiliale pour défaut de paiement a des conséquences autrement plus graves ici qu'aux États-Unis. Dans le cas de défaut de paiement des mensualités, le créancier peut saisir tous vos actifs (y compris la maison) jusqu'au recouvrement total des sommes prêtées.

Conclusion: le marché immobilier canadien repose sur des assises plus solides que celles prévalant aux États-Unis. C'est pourquoi les risques d'effondrement du marché immobilier au Canada sont peu élevés.

Cela dit, un recul des prix est toujours possible vu que ceux-ci ont grimpé sensiblement depuis 1998. À mes yeux, recul il pourrait y avoir dans certaines régions du pays (dans l'Ouest et à Toronto), sans plus. Pour le reste, j'estime que les prix continueront de progresser au rythme annuel de l'inflation.

En Ontario, plus spécifiquement à Toronto, les mises en chantier de condos ont été très élevées. De plus, on estime que près de 20 % des condos ne sont pas occupés par leurs propriétaires mais plutôt destinés à la location. Une suroffre de condos pour la location pourrait en effet poser problème au cours des prochains trimestres.

Mais, et fort heureusement, le gouvernement canadien a modifié les règles de financement de sorte que le solde des hypothèques assuré par la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) ne puisse excéder 80 % du prix d'achat dans le cas d'un propriétaire non occupant. Cette mesure a probablement limité au Québec le nombre de condos pouvant être offerts à la location. En effet, entre octobre 2010 et octobre 2011, le taux d'inoccupation des condos offerts en location a reculé de 4,2 % à 2,8 %. Quant aux hausses de loyer, elles ont été particulièrement élevées dans la région de Laval, atteignant en moyenne 3 % durant la période contre une moyenne de 2,6 % pour toute la région métropolitaine. Et notez que la demande pour la location est particulièrement bonne pour les immeubles de six à huit unités relativement récents (c'est-à-dire construits après 1990).

Conclusion: le contexte immobilier québécois est encore solide en dépit des prix aujourd'hui beaucoup plus élevés. L'un des facteurs ayant contribué à la bonne performance du parc immobilier est sans doute la migration nette favorable au pays et à la région de Montréal. C'est ainsi que les arrivées nettes venant surtout de l'immigration internationale ont doublé depuis 2005 et auront probablement totalisé près de 32 000 personnes en 2011. Tout indique que le niveau de migration nette sera encore élevé en 2012.

Évidemment, le contexte actuel immobilier demeurera favorable si le Canada et le Québec continuent de créer des emplois. Or, à ce chapitre, le Québec accuse de sérieux ratés, alors qu'il s'est perdu près de 70 000 emplois durant les mois d'octobre, de novembre et de décembre.

La crise de la dette souveraine en Europe, qui force les gouvernements à pratiquer une austérité budgétaire, et la déconfiture du marché immobilier aux États-Unis, qui poursuit sa purge, ont fini par ramollir la croissance économique mondiale. Cette situation couplée à la quasi-parité de notre dollar avec celui de l'oncle Sam se traduit aujourd'hui par des pertes d'emplois au Canada, et surtout au Québec. Cette dégradation de l'emploi, si elle se poursuit, pourrait au cours des prochains trimestres nuire au marché immobilier en poussant à la hausse les taux d'inoccupation et le stock de maisons à vendre. Une stagnation des prix, voire un recul de ceux-ci, pourrait en découler. C'est pourquoi, si vous envisagez de faire l'acquisition d'une propriété, il est important de payer un juste prix et non un prix enflé, comme c'est souvent le cas pour les plex sur l'île de Montréal. Par contre, les condos regroupés dans des immeubles de six ou huit logements de qualité à proximité d'une gare de train actuelle ou future m'apparaissent encore abordables.

Par ailleurs, le ralentissement de l'activité mondiale nous assure des taux d'intérêt très bas pour encore plusieurs trimestres, voire plusieurs années, ce qui est favorable au placement immobilier.

***
cchiasson@proplacement.qc.ca
Classe Internet: www.proplacement.qc.ca
 
 
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  • Jackie Harbour-Bédard - Abonnée
    14 janvier 2012 08 h 52
    Sauf que...
    Pour la raison que vous citez (les propriétaires sont ici responsables de l'entièreté de la dette), un effondrement serait ici beaucoup plus catastrophique pour les propriétaires qu'aux États-Unis. La-bas, ce sont les banques qui ont encaissé le coup, ici ce serait les propriétaires. Est-ce équitable ?
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  • Jean_Yves - Abonné
    14 janvier 2012 12 h 15
    «La-bas, ce sont les banques qui ont encaissé le coup, ici ce serait les propriétaires.»
    Ça y est, on nous l’avait caché, les vrais gauchistes sont au sud de la frontière !

    :)
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  • Rationnel - Inscrit
    14 janvier 2012 23 h 28
    Au contraire, beaucoup de canadiens utilisent leur propriété comme une tirelire...
    Au contraire, à un ratio d'endettement de 153% (et très près des 160% atteint par les USA juste avant l'éclatement de la bulle immobilière en 2006-2007), beaucoup de canadiens utilisent leur propriété comme une tirelire...

    Extraits d'un très bon texte d'analyse paru récemment pour vous en convaincre:

    "Vous avez peut-être vu cette nouvelle tirée d’un sondage de la Banque Royale : un tiers des Canadiens âgés de 55 ans et plus ont encore 16 ans à payer sur leur hypothèque résidentielle. Ils n’en seront donc pas libérés avant d’avoir 71 ans, et encore."

    "Dans les faits, un nombre croissant de gens plus âgés empruntent sur leur maison pour financer leur train de vie."

    http://www.lesaffaires.com/blogues/rene-vezina/lib

    Et combien de jeunes utilisent les marges de crédit hypothécaires ainsi que les refinancements hypothécaires pour financer leur train de vie??? J'ai lu récemment que la valeur totale des hypothèques au pays est passé de 400G$ en 2000 à 1 100G$ aujourd'hui, soit une augmentation de 175%. Pendant ce temps, les salaires ont augmenté d'à peine 30% durant la même période... C'est donc dire que l'endettement hypothécaire a augmenté 6 fois plus rapidement que les salaires depuis 10 ans... Où sont donc les gens qui remboursent?? Autre constat: La plupart des gens n'épargnent presque plus rien...

    Est-ce soutenable à long terme?? Nous ne sommes pas rendus à 153% par coïncidence...
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  • Jean_Yves - Abonné
    15 janvier 2012 11 h 39
    A la retraite avec une nouvelle hypothèque...
    Une des raisons qui jouent dans la venue de ces hypothèques au troisième âge est la relative nouvelle réalité des prestations de retraites qui tombent à coup sûr dans les comptes de banque à chaque mois. Ces rentes sont souvent plus sécure qu’un revenu de travail. Ils ne sont pas affectées par la baisse des taux d’intérêt et couvrent même largement l’inflation. Mieux, la valeur liquidative de ces rentes augmente à la vitesse grand V avec la baisse des taux. Le rentier peut donc voir en ces emprunts hypothécaires une façon de jouir des possibilités de la propriété d’un capital grandissant.
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