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Fonds d'investissement: La patience, une vertu payante

Michel Marcoux   28 juillet 2003  Finances personnelles
C'est connu, la patience est une vertu très difficile à appliquer à ses stratégies de placement. Il est désolant de constater à quel point la vente et l'achat de fonds se font souvent au mauvais moment du cycle boursier: on achète quand le marché est près d'un sommet et on vend lorsqu'il se rapproche d'un creux. Et maintenant que les marchés boursiers canadien et américain sont en hausse de plus 20 % par rapport à leur creux de 2002 et le que le Nasdaq a fait un bond de plus de 45 %, vous devinerez que la tendance des investisseurs s'exprime par l'achat de fonds d'actions comme s'il s'agissait d'une fatalité. Mais, pour ceux qui pensent à long terme, voyons comment un gestionnaire réputé aborde le marché.

En effet, l'un des gestionnaires les plus intéressants sur le marché canadien est sans contredit Peter Cundill de la firme qui porte son nom. Il gère les fonds de la famille Cundill pour la firme de Gestion Mackenzie, propriété de Power Corporation depuis quelques mois par l'entremise d'Investors Group. M. Cundill répond aux critères les plus stricts de sélection: historique de plus de 20 ans, rendements exceptionnels sur de très longues périodes et un style de gestion valeur dont il n'a jamais dérogé. Il est un adepte pur et dur, et c'est assez rare, de Benjamin Graham. Aussi, sa doctrine est assez simple: acheter ce qui vaut 1 $ pour 50 ¢, s'armer de patience et avoir une bonne marge de sécurité pour chaque investissement.

Ce style de gestion exige une grande rigueur de la part du gestionnaire, et il semble bien que Peter Cundill ait la trempe nécessaire pour pratiquer cette approche. Pour plusieurs investisseurs, Cundill est l'homme de la situation. Cependant, lors d'une hausse du marché en période de croissance soutenue, souvent ce type de gestionnaire connaît peu de succès, et plusieurs investisseurs se découragent, liquident leur position dans les fonds gérés par Cundill. Malheureusement, ils tombent dans le même panneau que trop d'investisseurs: acheter haut et vendre bas. La philosophie de placement de Peter Cundill repose d'ailleurs sur l'irrationalité de l'être humain. Ce très sage gestionnaire liquide certaines positions seulement lorsqu'il déniche une aubaine encore plus attrayante ou lorsqu'il a doublé sa mise. À ce moment-là, il liquide automatiquement 50 % de sa position. Il n'y a donc pas lieu de se surprendre que ses portefeuilles contiennent parfois des pondérations en liquidités très élevées. En effet, si aucune occasion ne répond à ses critères de placement, il n'achète pas.

M. Cundill ne prête jamais attention aux pondérations géographiques ni d'ailleurs aux pondérations macroéconomiques comme la répartition d'actif. Il n'a aucune opinion sur la conjoncture économique et n'essaie jamais non plus de prévoir les revenus et bénéfices futurs des entreprises. Une approche qui ressemble étrangement à celle de son voisin du Sud: Warren Buffett.

Il répartit ainsi son travail: cinq mois dans ses bureaux de Londres et cinq mois en Amérique du Nord; les deux autres mois servent à voyager pour découvrir d'autres occasions. Son titre souhaité offre un rendement de dividendes de 6 % annuellement, se négociant à six fois les profits et à 60 % de sa valeur comptable. Depuis quelques années, ses portefeuilles sont investis dans de grandes pondérations au Japon. Ses investissements dans ce pays lui permettront aussi de profiter de la croissance que connaît la Chine.

Pour le compte de la firme Mackenzie, Peter Cundill gère le fonds canadien Cundill Sécurité et le fonds international Cundill Valeur. Le rendement annualisé du fonds canadien, depuis sa création en 1980, est de 10 % et de 13,1 % sur 10 ans. Et, malgré les piètres rendements boursiers depuis trois ans, son rendement annualisé a été de 8,7 %. Au 31 juin dernier, le gestionnaire-vedette avait une encaisse de 31 %: un niveau qui montre bien sa patience face au marché. En raison de son style valeur, la volatilité d'un tel fonds est plus faible que la moyenne de sa catégorie.

Son fonds international, Cundill Valeur, a obtenu un rendement annualisé de 15,6 % depuis 1980, de 9,6 % sur 10 ans et de 3,6 % sur trois ans. Par contre, les deux dernières années ont été un peu plus difficiles; malgré tout, le fonds se classe dans le premier quartile depuis sa création.

Finalement, ces deux fonds sont typiquement conçus pour former le noyau central d'un portefeuille. Je le dis sans hésitation, mais en ayant à l'esprit le long terme, d'où la pratique de la patience.

questions@avantages.com

L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages services financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et la gestion de patrimoine.
 
 
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