Fonds d'investissement: L'échangisme... permis?
Il y a quelques semaines, lors d'une entrevue accordée à une journaliste à l'occasion de l'anniversaire de création du fonds de solidarité de la FTQ, j'ai mentionné que je préférerais que les fonds de travailleurs soient vendus par des conseillers financiers. Ce petit commentaire m'a valu un courriel d'une intense virulence.
En fait, ma position au sujet des fonds de travailleurs a toujours été la même: ce sont des produits financiers, à certains égards fort intéressants, mais qui comportent des caractéristiques désavantageuses pour l'investisseur.
En somme, les fonds de travailleurs sont comme les quelques milliers de produits financiers et de fonds disponibles au Québec: ils ne conviennent pas à tous les investisseurs. Sans reprendre mot à mot la chronique du lundi 23 septembre 2002 sur les fonds de travailleurs, voici quelques éléments de son contenu.
Je recommande aux investisseurs de contribuer de façon égale entre les deux fonds de travailleurs (FTQ et CSN), pour permettre une meilleure répartition de ses actifs et, du même coup, travailler à la diminution du risque de son portefeuille. Nos fonds de travailleurs, malgré un marché boursier «médiocre», s'en tirent assez bien comparativement à des produits semblables et aux indices de référence. Bravo!
De plus, les fonds de travailleurs offrent des crédits d'impôt très intéressants. Cependant, l'investisseur ne doit jamais contribuer à un produit financier sur les seules bases d'un avantage fiscal, même si dans le cas qui nous concerne il s'agit d'un avantage indéniable.
Les fonds de travailleurs jouent aussi un rôle social important. À ce sujet, je n'ai pas à donner mon opinion, mon rôle consistant à analyser des produits financiers à l'aide de critères de rentabilité. Je laisse donc à chacun la responsabilité d'évaluer ce rôle social, qui n'est sûrement pas à négliger pour plusieurs investisseurs.
Les réserves qui m'importent sont les suivantes: les conditions de rachat trop contraignantes pour l'investisseur et la vente d'un tel produit financier par des bénévoles ou autres personnes malheureusement pas qualifiées.
En ce qui concerne le rachat des fonds de travailleurs, les contraintes actuelles, même s'il semble évident qu'on a apporté de nettes améliorations, ne se justifient pas. Il m'est difficile de concevoir qu'un épargnant adhère à un produit financier et qu'il n'ait pas la liberté de s'en retirer. Cette liberté devrait pourtant exister, et ce, même au prix de pénalités à la sortie qui pourraient être imposées. C'est précisément en raison de l'absence de mécanismes de sortie que ce type d'investissement n'est pas toujours recommandable. D'après moi, les fonds de travailleurs conviennent très bien à l'investisseur à moins de cinq ans de sa retraite ou à celui qui a une situation financière précaire.
Si les politiques de ces fonds viennent à changer, ce qui serait nettement souhaitable, mon opinion sera fort différente.
Considérons la vente de ces produits financiers. Les personnes qui s'en occupent n'ont aucune formation reconnue de conseiller financier. Ce reproche, je ne le fais pas directement aux responsables de ces fonds mais au législateur qui a permis une telle aberration, malheureusement souhaitée par ces fonds de travailleurs (CSN comme FTQ) au moment de leur création respective.
Ces produits financiers, puisque c'est ce qu'ils sont, devraient être vendus, proposés par des conseillers financiers dûment reconnus, formés et ayant toute l'expérience et la compétence nécessaires pour évaluer la pertinence d'inclure un tel produit dans le portefeuille d'un investisseur et dans quelle proportion. J'espère d'ailleurs que la nouvelle agence recommandera au gouvernement en place de mieux légiférer la distribution de ce type de produit financier, et je crois que la Chambre de sécurité financière devrait s'y mettre sérieusement. Ça ne fait pas sérieux d'accorder des «statuts» spéciaux à certains produits financiers, et ce, au détriment de la protection des investisseurs.
Mais pourquoi parler d'échangisme? Mon vieux dictionnaire mentionne que le mot, les temps ont légèrement changé, fait référence à l'échange de faveurs. Dans le courriel que le fonds des travailleurs de la FTQ m'a fait parvenir, on mentionne que grâce à leur contribution financière au quotidien Le Devoir j'avais aujourd'hui la possibilité d'écrire mes chroniques, et je cite «... mais peut-être ne pourriez-vous même pas écrire dans Le Devoir aujourd'hui si le Fonds n'avait pas été là». Je profite quand même de l'occasion pour les remercier, mais pas question de changer mes opinions. Je ne suis pas «échangiste»!
questions@avantages.com
L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages services financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et la gestion de patrimoine.
En fait, ma position au sujet des fonds de travailleurs a toujours été la même: ce sont des produits financiers, à certains égards fort intéressants, mais qui comportent des caractéristiques désavantageuses pour l'investisseur.
En somme, les fonds de travailleurs sont comme les quelques milliers de produits financiers et de fonds disponibles au Québec: ils ne conviennent pas à tous les investisseurs. Sans reprendre mot à mot la chronique du lundi 23 septembre 2002 sur les fonds de travailleurs, voici quelques éléments de son contenu.
Je recommande aux investisseurs de contribuer de façon égale entre les deux fonds de travailleurs (FTQ et CSN), pour permettre une meilleure répartition de ses actifs et, du même coup, travailler à la diminution du risque de son portefeuille. Nos fonds de travailleurs, malgré un marché boursier «médiocre», s'en tirent assez bien comparativement à des produits semblables et aux indices de référence. Bravo!
De plus, les fonds de travailleurs offrent des crédits d'impôt très intéressants. Cependant, l'investisseur ne doit jamais contribuer à un produit financier sur les seules bases d'un avantage fiscal, même si dans le cas qui nous concerne il s'agit d'un avantage indéniable.
Les fonds de travailleurs jouent aussi un rôle social important. À ce sujet, je n'ai pas à donner mon opinion, mon rôle consistant à analyser des produits financiers à l'aide de critères de rentabilité. Je laisse donc à chacun la responsabilité d'évaluer ce rôle social, qui n'est sûrement pas à négliger pour plusieurs investisseurs.
Les réserves qui m'importent sont les suivantes: les conditions de rachat trop contraignantes pour l'investisseur et la vente d'un tel produit financier par des bénévoles ou autres personnes malheureusement pas qualifiées.
En ce qui concerne le rachat des fonds de travailleurs, les contraintes actuelles, même s'il semble évident qu'on a apporté de nettes améliorations, ne se justifient pas. Il m'est difficile de concevoir qu'un épargnant adhère à un produit financier et qu'il n'ait pas la liberté de s'en retirer. Cette liberté devrait pourtant exister, et ce, même au prix de pénalités à la sortie qui pourraient être imposées. C'est précisément en raison de l'absence de mécanismes de sortie que ce type d'investissement n'est pas toujours recommandable. D'après moi, les fonds de travailleurs conviennent très bien à l'investisseur à moins de cinq ans de sa retraite ou à celui qui a une situation financière précaire.
Si les politiques de ces fonds viennent à changer, ce qui serait nettement souhaitable, mon opinion sera fort différente.
Considérons la vente de ces produits financiers. Les personnes qui s'en occupent n'ont aucune formation reconnue de conseiller financier. Ce reproche, je ne le fais pas directement aux responsables de ces fonds mais au législateur qui a permis une telle aberration, malheureusement souhaitée par ces fonds de travailleurs (CSN comme FTQ) au moment de leur création respective.
Ces produits financiers, puisque c'est ce qu'ils sont, devraient être vendus, proposés par des conseillers financiers dûment reconnus, formés et ayant toute l'expérience et la compétence nécessaires pour évaluer la pertinence d'inclure un tel produit dans le portefeuille d'un investisseur et dans quelle proportion. J'espère d'ailleurs que la nouvelle agence recommandera au gouvernement en place de mieux légiférer la distribution de ce type de produit financier, et je crois que la Chambre de sécurité financière devrait s'y mettre sérieusement. Ça ne fait pas sérieux d'accorder des «statuts» spéciaux à certains produits financiers, et ce, au détriment de la protection des investisseurs.
Mais pourquoi parler d'échangisme? Mon vieux dictionnaire mentionne que le mot, les temps ont légèrement changé, fait référence à l'échange de faveurs. Dans le courriel que le fonds des travailleurs de la FTQ m'a fait parvenir, on mentionne que grâce à leur contribution financière au quotidien Le Devoir j'avais aujourd'hui la possibilité d'écrire mes chroniques, et je cite «... mais peut-être ne pourriez-vous même pas écrire dans Le Devoir aujourd'hui si le Fonds n'avait pas été là». Je profite quand même de l'occasion pour les remercier, mais pas question de changer mes opinions. Je ne suis pas «échangiste»!
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L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages services financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et la gestion de patrimoine.
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