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Libre opinion - Des lendemains qui risquent d'être pénibles

Claude Castonguay - Fellow invité au CIRANO  25 mars 2011  Finances personnelles
Le débat sur les pensions évolue. La semaine dernière, deux pas ont été franchis. Le discours sur le budget annonçait que le gouvernement du Québec se propose de légiférer afin de permettre le développement de nouveaux régimes volontaires d'épargne retraite. Chaque employeur aurait l'obligation d'offrir un tel régime sans pour autant être obligé d'y cotiser. Les employés qui ne bénéficient pas d'un régime d'employeur seraient inscrits automatiquement, mais pourraient se retirer.

L'opposition péquiste s'était prononcée la veille en faveur de l'épargne automatique avec option de retrait. Selon cette approche, moins rigide que l'épargne obligatoire, les travailleurs seraient automatiquement tenus d'épargner bien qu'ils auraient l'option de se soustraire de cette obligation.

La proposition comprise dans le budget confirme l'intérêt du gouvernement envers la question des pensions, mais soulève bien des interrogations.

En effet, plus de 60 % des travailleurs, soit environ deux millions et demi, ne sont pas couverts par des régimes d'employeur. Ces régimes ont, au cours des dernières années, littéralement fondu en nombre (6964 en 1985 à 2870 en 2009) et en matière de protection. C'est pour cette raison que la grande majorité des travailleurs de la classe moyenne ne seront manifestement pas en mesure de maintenir un niveau de vie acceptable à la retraite.

Avec l'arrivée des baby-boomers à l'âge de la retraite, nous nous dirigeons ainsi vers une véritable crise. Seul l'État peut et doit agir. Il doit, pour des motifs d'ordre social et économique, faire en sorte que le plus grand nombre possible de travailleurs bénéficient d'une protection de base pour complémenter la pension de vieillesse et le Régime de rentes du Québec. Il ne s'agit pas ici de superflu, mais bien de couvrir un besoin essentiel.

Or, le gouvernement entend se fier aux employeurs pour faire la promotion de régimes de retraite dans leurs entreprises. Nous savons pourtant que les efforts de promotion de la Régie des rentes en faveur de régimes simplifiés n'ont donné aucun résultat digne de mention. Qu'est-ce qui permet de croire que les employeurs seraient dorénavant enclins à s'engager dans cette voie?

Il faut être conscient que plus d'un million des travailleurs dont il est question ici sont autonomes ou travaillent pour des entreprises qui ne comptent que quelques employés. Ils ont bien d'autres préoccupations plus pressantes que celle de leur pension.

Si l'on veut vraiment atteindre la très grande majorité des travailleurs de la classe moyenne, ils devraient être tenus d'épargner, avec une option de retrait bien circonscrite, en vue de leur retraite. En effet, le travailleur qui n'épargne pas en vue de sa retraite agit à la fois de manière inéquitable et irresponsable. Il reporte en effet le fardeau éventuel dû à son insouciance sur ceux qui auront fait preuve de prévoyance et fait l'effort d'épargner.

L'épargne automatique pourrait être mise en place rapidement et sans grands frais. Les mécanismes de perception des cotisations et d'inscription des épargnes dans des comptes individuels sont déjà en place au ministère du Revenu et à la Régie des rentes. Pourquoi, au lieu d'utiliser ces mécanismes dont les frais administratifs sont déjà couverts, le gouvernement veut-il faire intervenir les employeurs? [...]

La question suivante est celle de savoir si les employeurs devraient cotiser. Une cotisation de la part des employeurs aurait évidemment l'avantage de hausser les rentes de retraite.

Par contre, une telle cotisation aurait le désavantage très réel d'imposer aux employeurs, des PME pour un grand nombre, une nouvelle charge financière. Or, la plupart doivent faire face à une concurrence féroce de pays, telle la Chine, où les employeurs versent des salaires minimes et n'assument aucune charge sociale à l'égard de leurs employés. Ils sont aussi confrontés à des employeurs, tel Electrolux, qui n'ont aucune fidélité à l'égard de leurs employés. Si la décision était prise d'obliger les employeurs à cotiser, le niveau de la cotisation ne devrait pas être trop élevé, soit de 2 à 2,5 %.

La dernière grande question a été soulevée par certains après le dévoilement du budget. Serait-il préférable de bonifier le Régime des rentes du Québec (RRQ) en haussant la couverture de 25 à 50 % et en doublant le maximum des gains admissibles?

Cette proposition, alléchante en apparence, comporte des désavantages majeurs. Mentionnons seulement qu'elle ferait passer les cotisations de 10 à 20 % des gains admissibles en plus du rattrapage de 1 % déjà annoncé. Ce qui serait clairement prohibitif. Cette proposition aurait aussi pour effet de transférer à la main-d'oeuvre active, qui va déjà en avoir beaucoup sur les épaules, un lourd fardeau additionnel. [...]

Ces trois grandes questions vont devoir être précisées avant de discuter les autres modalités. Il faut souhaiter que le débat se poursuive, car les enjeux sont majeurs. Plus on tarde à agir, plus les lendemains risquent d'être pénibles pour des centaines de milliers de travailleurs et, en fin de compte, pour toute la société.

***

Claude Castonguay - Fellow invité au Cirano
 
 
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  • Guy Fauteux - Abonné
    25 mars 2011 01 h 26
    Faire payer les riches
    A voir aller les gouvernements avec leurs deficit il est ecris dans le ciel que les seuls riches seront ceux la avec de confortable fond de retraite.
    Ou pensez vous que le gouvernement ira alors chercher l'argent.????
    Ca se passe comme ca ailleur alors .
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  • Mario Jodoin - Inscrit
    25 mars 2011 06 h 53
    Des insouciants ?
    «Il reporte en effet le fardeau éventuel dû à son insouciance sur ceux qui auront fait preuve de prévoyance et fait l'effort d'épargner.»

    J'aimerais que M. Castonguay et tous les autres qui font cette affirmation essaient au moins de démontrer sa pertinence. Actuellement, les dépenses fiscales liées aux déductions d'impôt (dépenses soustraites des impôts payés par ceux qui les retirent) pour les régimes de pensions agréées (RPA) et les Régime enregistré d’épargne-retraite (RÉER) coûtent environ 5 fois plus cher à l'État que les programmes à l'intention des gens qui ne reçoivent pas ou peu d’argent d’un RPA ou d’un RÉER, bref, pour les pauvres (que M. Castonguay appelle les insouciants), soit le Supplément de revenu garanti (SRG) et l’Allocation (qui comprend l’Allocation au survivant).

    Oui, les prévoyants coûtent 5 fois plus cher à l'État que les supposés insouciants. Il faudrait se le rappeler quand on parle de ces questions et ne pas gober les affirmations gratuites de M. Castonguay.
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  • alen - Inscrit
    25 mars 2011 08 h 27
    La saucisse Hygrade, vous connaissez?
    Ce que Monsieur Castonguay ne dit pas, c'est que pour chaque <piastre> épargnée, le gouvernement du Québec (seulement) perdra 20 cents de revenu en déduction fiscale. Donc, plus on épargnera, plus on montera le déficit, plus on montera les frais de scolarité. Parce que les mieux nantis, comme Monsieur Castonguay, eux, ne veulent pas qu'on touche à leurs privilèges.
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  • Michel Rochette - Inscrit
    25 mars 2011 08 h 53
    Commentaires additionnels
    Tout d'abord, je trouve intéressant qu'un citoyen comme M. Castonguay continue ses interventions publiques sur ce sujet important...il pourrait faire sans doute le contraire et faire comme rêvent bien des Québécois, prendre sa retraite trop tôt et passez l'hiver en Floride en se foutant du reste!!! Bravo M. Castonguay, continuez.

    Sur certains points, j'aimerais amener certaines précisions. Toute votre argumentation est basée sur le taux de remplacement des revenus à la retraire de 70%, chiffre accepté et intégré dans les régimes de retaite traditionnel.

    Cependant, la "retraite" prend de nouveaux visages. Ce n'est plus nécessairement se retirer complètement et attendre de mourir. À la "retraite", certains changent de carrière, travaillent à temps partiel, changent leurs priorités - vendre la maison, vivre dans un appartement plus petit, vendre la voiture, s'acheter un app. en Floride et y passer l'hiver ou le coût de la vie y est moindre -..etc...Donc, le 70% de remplacement de revenus est trop hypothétique...il faudrait viser 50%..tout au plus... Si on change cet objectif, l'épargne requise change mais l'obligation reste quand même d'épargner..

    Et ce sur ce point, je suis tout à fait en accord avec vous...il y va de la responsabilité individuelle d'en faire une partie,,,au lieu de vouloir se fier aux autres à cette fin....actuellement, la majorité se leurre en pensant que les autres seront là pour s'en occuper...étant donné qu'il y aura de moins en moins de travailleurs à cette fin, et ce sans compter la possibiblité que les jeunes s'en aillent afin d'éviter le fardeau trop élevé que les générations précédents leur auront laissé.

    Excusez ce commentaire mais je trouve que les Québécois sont devenus des parvenus...nos ancêtres travaillaient dur, épargnaient, avaient un sens des responsabilités aïgus...à retrouver.

    Je vous encourage à continuer vos interventions, peu importe ce qu'en pense la classe dirigeante du Q
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  • Diane GELINAS - Abonné
    25 mars 2011 16 h 51
    Les insouciants
    «...le travailleur qui n'épargne pas en vue de sa retraite agit à la fois de manière inéquitable et irresponsable. Il reporte en effet le fardeau éventuel dû à son insouciance sur ceux qui auront fait preuve de prévoyance et fait l'effort d'épargner.»
    - COMME SI CEUX QUI N'ÉPARGNENT PAS LE FONT PAR PUR ÉGOÎSME...
    Avez-vous remarqué que les Castonguay et autres Bouchard quI énoncent de tels jugements ont vécu dans la «ouate» toute leur vie...
    ----------------------------------------
    «...des employeurs, tel Electrolux, qui n'ont aucune fidélité à l'égard de leurs employés. »
    - ALLOOOOO! COMBIEN DE FOIS LE GOUVERNEMENT DU QUÉBEC A-T-IL RÉCLAMÉ LE REMBOURSEMENT DES SUBVENTIONS (AVEC INTÉRÊTS) VERSÉES AUX ENTREPRISES QUI ONT FERMÉ LEURS PORTES ?
    -----------------------------------------
    Inscrite à l'Université en 1984 dans le but d'améliorer mon sort, j'obtenais mon Bacc en 1990. En 1991, mon conjoint perdait son emploi - comme des milliers d'autres hommes québécois quand des centaines d'usines fermaient - et nous avons dû vivre tous les deux sur mon salaire... Combien de conjointes ont dû prendre leur famille à charge à cette époque? Croyez-vous vraiment qu'il restait un revenu discrétionnaire à la femme dont le revenu est moindre que l'homme?

    En guise de solution, pourquoi ne pas créer un COMPTE RRQ pour chaque citoyen - sur le modèle des impôts - où chacun pourrait verser des montants selon leurs moyens par le biais de leur institution bancaire ou autre, montants qui viendraient s'ajouter à la cotisation obligatoire? On permet bien à ceux qui le désirent de payer un surplus d'impôts pour éviter d'en payer à la fin de l'année. Ainsi, au moment de la retraite, les travailleurs n'auraient pas à poursuivre des entreprises délinquantes pour retirer leurs fonds de pension.
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  • Jean-Pierre Martel - Abonné
    26 mars 2011 10 h 07
    Pourquoi les gens sont-ils insouciants ?
    Beaucoup de personnes ne cotisent pas à des REER tout simplement parce qu'ils croient que tout revenu d'appoint sera déduit des sommes qui leur seront versées par l'Etat (incluant le Supplément de revenu garanti).
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  • Wilbrod Eastman - Inscrit
    26 mars 2011 15 h 58
    Ca n’était pas toujours de l’insouciance
    Vous avez raison qu'en partie. Avoir su ca je n’aurait pas cotisé au REER. Parce que minima, J’ai pourtant travaillé jusqu'à 70 ans (aujourd’hui 80) .Je touche 325$ par mois ce qui est déduit de la retraite étatique. Il ne me reste que le minimum garantie soit 14.400$ pour vivre. J’ai pourtant payé des impôts pendant 52ans de travail. Ce que je ne regrette pas parce que notre génération , âpres )le régime Duplessis tout le Québec était a reconstruire, «révolution tranquille » Nous en sommes fiers et aucun regret d’avoir mis le Québec sur la carte internationale ,et plus de bien être pour les générations qui nous ont suivi.
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  • Jeannot Vachon - Inscrit
    27 mars 2011 11 h 11
    Méconnaissance évidente du RRQ

    M. Castonguay,

    Je m’étonne qu’un fellow économiste comme vous soyez aussi méconnaissant de notre régime public. Dans des lettres d’opinions et sur mon blogue (réf. à la fin), j’ai clairement démontré que le RRQ est un faux fonds de pension et qu’il sert plutôt d’impôt des uns pour payer la retraite des autres.

    Ainsi, pour assurer un 2è 25% du salaire tout en haussant le seuil, il en coûterait beaucoup moins que la charge actuelle de près de 11%. En théorie, le RRQ capitalise pendant 47 ans de carrière. En pratique, il a vidé sa caisse après 10 ans d’existence. Il a donc pelleté par en avant son déficit actuariel depuis le début.

    C’est sans doute à cause de cette méconnaissance que vous avez suggéré d’écarter la Caisse de Dépôt de votre programme de REER obligatoire et lui avez préféré le privé. Voilà donc la solution pour ce 2è 25% et même peut-être un 3è :
    1- laisser le choix à l’employé et à l’employeur de cotiser à 50-50 ou à 100%
    2- ne donner aux retraités que ce que leur part a procuré comme rendement depuis le début
    3- comme pour le RRQ actuel, refuser la déduction du revenu imposable, ce qui ne mettra pas en péril les finances publiques à court terme

    La proposition 3 vous semble surprenante? Faites le test sur un logiciel d’impôt. Vous pouvez enlever autant de RRQ que vous voulez venant du T4, le résultat provincial ne bouge pas d’un poil. Au fédéral il va bouger mais jusqu’à 2 fois moins que le taux imposable. Il bouge à 12,5% car c’est un crédit d’impôt et non une déduction comme pour un REER.


    http://jeannotvachon.wordpress.com/category/politi
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  • Paul Lafrance - Inscrit
    28 mars 2011 22 h 25
    Contribution des employeurs
    De nombreuses PME ont de la difficulté à payer les nombreuses charges sociales imposées par le gouvernement. En imposer une autre mènerait un grand nombre à la faillite. Une contribution à un régime supplémentaire de retraite devrait être calculée en fonction des profits d'une entreprise. Celles qui ne réussissent pas à engranger des profits devraient être exemptées.
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  • Jeannot Vachon - Inscrit
    2 avril 2011 08 h 58
    Méconnaissance évidente du RRQ (Correction)

    Correction sur mon commentaire du dimanche 27 mars 2011 11h11. M" Castonguay est plutôt un fellow actuaire, ce qui l'excuse encore moins de ne pas connaitre les conditions du RRQ.

    C'est une grave lacune qui discrédite en grande partie ses recommandations en matière de REER obligatoire. Un spécialiste qui commet une erreur de profane, ça jette un doute sur sa compétence.
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