Vos placements: Un marché de dupe?
Être actionnaire: voilà un statut qui est de moins en moins enviable. Des millions d'épargnants se sont attribué ce statut au cours des deux dernières décennies, voyant là une avenue pour accélérer leur marche vers l'indépendance financière. Tellement convoité, ce statut d'actionnaire, que les grandes institutions financières ont procédé à une véritable démocratisation du marché boursier, ce qu'elles ont fait en créant les fonds communs d'investissement, les certificats boursiers, les unités de société de fiducie, les courtiers à tarifs réduits, etc. Une démocratisation parfaitement réussie alors qu'une part importante des Canadiens détient dans le REER ou hors REER, directement ou indirectement, des actions de sociétés ouvertes.
Une démocratisation qui a conduit à une véritable frénésie boursière durant la seconde moitié des années 90. Une frénésie qui s'est mal terminée avec l'éclatement de la bulle des technos. Une frénésie qui a aussi mis en évidence les multiples embûches qui se dressent sur le chemin de l'actionnaire.
Il y a eu ces dirigeants grassement payés par la mise en place de régimes d'options d'achat trop avantageux qui se sont traduits par un effet de dilution défavorable aux autres actionnaires de l'entreprise. Il y a aussi ces différentes classes d'actions, celles avec plein droit de vote (généralement avec droits de vote multiples) et celles subalternes (sans droit de vote ou avec un seul droit de vote). Ce système assure aux fondateurs et/ou aux actionnaires dirigeants de conserver le contrôle de l'entreprise même s'ils doivent émettre des dizaines de millions d'actions subalternes dont l'effet de dilution peut être dévastateur pour les autres petits actionnaires.
Comme embûches, il y a encore pire. Aux États-Unis, il y a ce système judiciaire dépravé à cause duquel les grandes entreprises américaines s'enlisent sous le poids des innombrables poursuites engagées contre elles. C'est ainsi que les grandes firmes pharmaceutiques sont régulièrement poursuivies pour des dizaines de milliards de dollars en dommages et intérêts. Des sentences à l'emporte-pièce de dizaines de milliards de dollars, voire de centaines de milliards de dollars, sont prononcées contre les fabricants de cigarettes, des sentences qui sont ensuite réduites à une toute petite fraction de leur montant initial quand elles ne sont pas carrément annulées. Un système judiciaire qui entrave en définitive la bonne marche des affaires et qui menace constamment de réduire à néant l'avoir des actionnaires.
Et, ce qui est paradoxal, en dépit de cette facilité pour quiconque de pouvoir poursuivre l'autre, jamais n'y a-t-il eu autant de cas de fraudes parmi les dirigeants des sociétés américaines. Enron, WorldCom, Global Crossing, Adelphia et plus récemment (eh oui, ça continue) le conglomérat européen Ahold et la société américaine Healthsouth sont autant de cas patents de tripotage de chiffres comptables au point de gonfler les ventes et profits déclarés de plusieurs milliards de dollars. Heureusement, les actionnaires canadiens semblent avoir été préservés de telles mésaventures. Quoique nos autorités des valeurs mobilières font peut-être preuve d'un certain laxisme. Je pense par exemple au cas récent de Bombardier, qui reconnaît avoir gonflé de 2,2 milliards de dollars ses profits des dernières années. Ici, un tel fait passe sous le couvert d'ajustements comptables. Je ne suis pas sûr qu'il en aurait été ainsi aux États-Unis.
Et il y a les grandes institutions financières qui se trouvent constamment en conflit d'intérêts en étant à la fois pourvoyeur de fonds (elles tirent à ce titre de généreux intérêts et commissions) des sociétés ouvertes et récipiendaires de l'épargne collective dont une partie sert à investir dans les actions de ces mêmes sociétés. Plusieurs grandes institutions financières américaines (banques et courtiers) ont reconnu récemment leur culpabilité et ont dû pour cela dédommager leurs clients investisseurs. Ces derniers avaient été floués par des analyses financières trop optimistes produites par les banques ou leurs filiales en faveur d'entreprises qui étaient leurs clients.
Oui, les pièges guettant l'actionnaire sont nombreux, au point de se demander si être actionnaire n'est pas devenu un marché de dupe.
Rectificatif
Dans ma chronique de mardi 15 avril, j'ai confondu Halterm à d'autres sociétés de fiducie exploitant des mines de charbon. En fait, Halterm exploite un terminal pour conteneurs au port d'Halifax. Notez que cela ne change rien au sens du texte. Mes excuses.
cchiasson@proplacement.qc.ca
Une démocratisation qui a conduit à une véritable frénésie boursière durant la seconde moitié des années 90. Une frénésie qui s'est mal terminée avec l'éclatement de la bulle des technos. Une frénésie qui a aussi mis en évidence les multiples embûches qui se dressent sur le chemin de l'actionnaire.
Il y a eu ces dirigeants grassement payés par la mise en place de régimes d'options d'achat trop avantageux qui se sont traduits par un effet de dilution défavorable aux autres actionnaires de l'entreprise. Il y a aussi ces différentes classes d'actions, celles avec plein droit de vote (généralement avec droits de vote multiples) et celles subalternes (sans droit de vote ou avec un seul droit de vote). Ce système assure aux fondateurs et/ou aux actionnaires dirigeants de conserver le contrôle de l'entreprise même s'ils doivent émettre des dizaines de millions d'actions subalternes dont l'effet de dilution peut être dévastateur pour les autres petits actionnaires.
Comme embûches, il y a encore pire. Aux États-Unis, il y a ce système judiciaire dépravé à cause duquel les grandes entreprises américaines s'enlisent sous le poids des innombrables poursuites engagées contre elles. C'est ainsi que les grandes firmes pharmaceutiques sont régulièrement poursuivies pour des dizaines de milliards de dollars en dommages et intérêts. Des sentences à l'emporte-pièce de dizaines de milliards de dollars, voire de centaines de milliards de dollars, sont prononcées contre les fabricants de cigarettes, des sentences qui sont ensuite réduites à une toute petite fraction de leur montant initial quand elles ne sont pas carrément annulées. Un système judiciaire qui entrave en définitive la bonne marche des affaires et qui menace constamment de réduire à néant l'avoir des actionnaires.
Et, ce qui est paradoxal, en dépit de cette facilité pour quiconque de pouvoir poursuivre l'autre, jamais n'y a-t-il eu autant de cas de fraudes parmi les dirigeants des sociétés américaines. Enron, WorldCom, Global Crossing, Adelphia et plus récemment (eh oui, ça continue) le conglomérat européen Ahold et la société américaine Healthsouth sont autant de cas patents de tripotage de chiffres comptables au point de gonfler les ventes et profits déclarés de plusieurs milliards de dollars. Heureusement, les actionnaires canadiens semblent avoir été préservés de telles mésaventures. Quoique nos autorités des valeurs mobilières font peut-être preuve d'un certain laxisme. Je pense par exemple au cas récent de Bombardier, qui reconnaît avoir gonflé de 2,2 milliards de dollars ses profits des dernières années. Ici, un tel fait passe sous le couvert d'ajustements comptables. Je ne suis pas sûr qu'il en aurait été ainsi aux États-Unis.
Et il y a les grandes institutions financières qui se trouvent constamment en conflit d'intérêts en étant à la fois pourvoyeur de fonds (elles tirent à ce titre de généreux intérêts et commissions) des sociétés ouvertes et récipiendaires de l'épargne collective dont une partie sert à investir dans les actions de ces mêmes sociétés. Plusieurs grandes institutions financières américaines (banques et courtiers) ont reconnu récemment leur culpabilité et ont dû pour cela dédommager leurs clients investisseurs. Ces derniers avaient été floués par des analyses financières trop optimistes produites par les banques ou leurs filiales en faveur d'entreprises qui étaient leurs clients.
Oui, les pièges guettant l'actionnaire sont nombreux, au point de se demander si être actionnaire n'est pas devenu un marché de dupe.
Rectificatif
Dans ma chronique de mardi 15 avril, j'ai confondu Halterm à d'autres sociétés de fiducie exploitant des mines de charbon. En fait, Halterm exploite un terminal pour conteneurs au port d'Halifax. Notez que cela ne change rien au sens du texte. Mes excuses.
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