Fonds d'investissement: Investir chez nous
L'investissement à l'étranger a connu une expansion considérable pendant la période de croissance boursière de la fin des années 90. C'est à cette époque que plusieurs fonds clones sont apparus dans le but de déjouer la limite du contenu étranger des REER. Mais lorsqu'on constate l'ampleur de la débâcle boursière aux États-Unis, en Europe et au Japon, on est en droit maintenant de se poser la fameuse question: pourquoi se faire mal ailleurs lorsqu'on est en mesure de faire mieux chez nous?
Exemple: le fonds Maestral croissance Québec. Son mandat est clair: privilégier avant tout la détention de titres québécois. C'est près de 80 % du contenu qui est concentré dans notre économie. Le reste est constitué de titres provenant du reste du Canada et est surtout axé vers des secteurs où l'économie québécoise est déficiente, comme celui du pétrole et du gaz.
Le fonds est géré par Montrusco Bolton, une firme montréalaise possédant un actif de près de 5,2 milliards. Deux gestionnaires sont à la barre du fonds: Peter Harrison et Christian Godin. Ce fonds possède cependant un historique mouvementé en ce qui concerne sa gestion, les déplacements ayant été fréquents. Des gestionnaires comme Christine Descarie et André Marcotte se sont succédé au cours des années 90.
Avec un tel roulement de gestionnaires, on aurait pu croire que le rendement en souffrirait. Or il n'en est rien. Sur 10 ans, les rendements annualisés s'élèvent à 12,1 %. Allons-y d'une comparaison: le TSX obtient 9,2 % pour la même période. De plus, on constate que les conséquences du recul boursier n'ont pas été dramatiques. Sur trois ans, les rendements annualisés sont de 0 %, soit 6,7 % de plus que le TSX. Ce petit fonds québécois n'a donc rien à envier à l'indice représentant l'ensemble du marché des actions canadiennes.
Le secret du succès
Alors, quel est le secret à l'origine de telles performances? Le cogestionnaire Christian Godin l'explique en partie par la tendance des entreprises québécoises à émettre moins d'actions que celles du reste du Canada. Si l'on se fie à ses propos, les entreprises de Toronto sont beaucoup plus sollicitées quant aux émissions d'actions et ont un accès plus facile au capital-action que celles de Montréal. Il en résulterait une moins grande dilution et, par conséquent, des niveaux de bénéfices par action plus élevés pour les titres d'ici.
C'est un total de 110 titres québécois que scrutent les gestionnaires. Les titres sélectionnés doivent répondre à certains critères particuliers: détenir un avantage concurrentiel (part de marché dominante, brevet, licence, etc.), des équipes de direction compétentes, d'excellents résultats historiques, des bilans solides ainsi que des valorisations attrayantes.
Après avoir passé en revue tous ces critères, le fonds Maestral croissance Québec compte entre 30 et 45 titres. Il s'agit donc d'un fonds relativement concentré. M. Godin admet que cette caractéristique pourrait rendre le fonds plus sujet aux volatilités de court terme du marché sans que cela constitue toutefois un handicap pour les performances de long terme.
L'expression utilisée pour décrire l'approche des gestionnaires est «l'investissement en propriétaire». Les gestionnaires désirent ainsi détenir les titres pour le long terme. En effet, les titres sélectionnés sont détenus en moyenne pour des périodes de quatre à cinq ans. L'une des conséquences de cette approche concerne le niveau de rotation annuel des titres: il se situe entre 15 et 25 %, ce qui est relativement bas.
Les arguments souvent soulevés afin de promouvoir la détention de fonds d'actions étrangères ont souvent trait au fait que la capitalisation totale de notre marché ne représente qu'une infime partie de celle du marché mondial. Bien que cette affirmation soit incontestable, il faut se rappeler que l'exposition à l'économie mondiale demeure bien présente pour de nombreux titres québécois. Des entreprises comme Alcan, Quebecor World ou CAE, toutes détenues à l'intérieur du fonds Maestral croissance Québec, obtiennent plus de 80 % de leur revenu de l'étranger.
Une multitude de fonds ont comme mandat premier de se concentrer sur des régions géographiques étrangères, mais seulement une poignée ont comme objectif de privilégier les entreprises du Québec. Le fonds Maestral croissance Québec a prouvé que l'on est en mesure de faire mieux chez nous. Alors, pour la période des REER, pourquoi s'en priver?
question@avantages.com
Michel Marcoux est conseiller en placement et président d'Avantages Services financiers inc., une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs
de placement, et il est l'auteur de l'ouvrage Les 100 Meilleurs Fonds 2003.
Exemple: le fonds Maestral croissance Québec. Son mandat est clair: privilégier avant tout la détention de titres québécois. C'est près de 80 % du contenu qui est concentré dans notre économie. Le reste est constitué de titres provenant du reste du Canada et est surtout axé vers des secteurs où l'économie québécoise est déficiente, comme celui du pétrole et du gaz.
Le fonds est géré par Montrusco Bolton, une firme montréalaise possédant un actif de près de 5,2 milliards. Deux gestionnaires sont à la barre du fonds: Peter Harrison et Christian Godin. Ce fonds possède cependant un historique mouvementé en ce qui concerne sa gestion, les déplacements ayant été fréquents. Des gestionnaires comme Christine Descarie et André Marcotte se sont succédé au cours des années 90.
Avec un tel roulement de gestionnaires, on aurait pu croire que le rendement en souffrirait. Or il n'en est rien. Sur 10 ans, les rendements annualisés s'élèvent à 12,1 %. Allons-y d'une comparaison: le TSX obtient 9,2 % pour la même période. De plus, on constate que les conséquences du recul boursier n'ont pas été dramatiques. Sur trois ans, les rendements annualisés sont de 0 %, soit 6,7 % de plus que le TSX. Ce petit fonds québécois n'a donc rien à envier à l'indice représentant l'ensemble du marché des actions canadiennes.
Le secret du succès
Alors, quel est le secret à l'origine de telles performances? Le cogestionnaire Christian Godin l'explique en partie par la tendance des entreprises québécoises à émettre moins d'actions que celles du reste du Canada. Si l'on se fie à ses propos, les entreprises de Toronto sont beaucoup plus sollicitées quant aux émissions d'actions et ont un accès plus facile au capital-action que celles de Montréal. Il en résulterait une moins grande dilution et, par conséquent, des niveaux de bénéfices par action plus élevés pour les titres d'ici.
C'est un total de 110 titres québécois que scrutent les gestionnaires. Les titres sélectionnés doivent répondre à certains critères particuliers: détenir un avantage concurrentiel (part de marché dominante, brevet, licence, etc.), des équipes de direction compétentes, d'excellents résultats historiques, des bilans solides ainsi que des valorisations attrayantes.
Après avoir passé en revue tous ces critères, le fonds Maestral croissance Québec compte entre 30 et 45 titres. Il s'agit donc d'un fonds relativement concentré. M. Godin admet que cette caractéristique pourrait rendre le fonds plus sujet aux volatilités de court terme du marché sans que cela constitue toutefois un handicap pour les performances de long terme.
L'expression utilisée pour décrire l'approche des gestionnaires est «l'investissement en propriétaire». Les gestionnaires désirent ainsi détenir les titres pour le long terme. En effet, les titres sélectionnés sont détenus en moyenne pour des périodes de quatre à cinq ans. L'une des conséquences de cette approche concerne le niveau de rotation annuel des titres: il se situe entre 15 et 25 %, ce qui est relativement bas.
Les arguments souvent soulevés afin de promouvoir la détention de fonds d'actions étrangères ont souvent trait au fait que la capitalisation totale de notre marché ne représente qu'une infime partie de celle du marché mondial. Bien que cette affirmation soit incontestable, il faut se rappeler que l'exposition à l'économie mondiale demeure bien présente pour de nombreux titres québécois. Des entreprises comme Alcan, Quebecor World ou CAE, toutes détenues à l'intérieur du fonds Maestral croissance Québec, obtiennent plus de 80 % de leur revenu de l'étranger.
Une multitude de fonds ont comme mandat premier de se concentrer sur des régions géographiques étrangères, mais seulement une poignée ont comme objectif de privilégier les entreprises du Québec. Le fonds Maestral croissance Québec a prouvé que l'on est en mesure de faire mieux chez nous. Alors, pour la période des REER, pourquoi s'en priver?
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Michel Marcoux est conseiller en placement et président d'Avantages Services financiers inc., une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs
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