Les transporteurs aériens prennent encore les voyageurs pour des valises
Photo : Jacques Nadeau
En 2004, un sondage d’Environics a révélé que 82 % des répondants souhaitent que le gouvernement réglemente mieux la publicité sur les billets d’avion et les prix.
Mesdames et messieurs, veuillez détacher les cordons de votre bourse et allumer le signal lumineux de votre indignation. Malgré les appels au calme lancés depuis des années par les organisations consuméristes, l'univers du transport aérien traverse encore et toujours une grande zone de turbulences en matière d'affichage de prix dans ses publicités.
Des prix exagérément bas pour racoler l'aspirant voyageur qui, en passant à la caisse, a finalement toutes les raisons de se questionner sur l'odieux plan de vol commercial qu'utilisent tous ces marchands de rêves.
Le stratagème des compagnies aériennes est éprouvé. Il prend généralement la forme d'annonces racoleuses, dans les journaux ou sur le Web, qui mettent en vedette des destinations — soleil en hiver, européennes et continentales le reste de l'année — à des prix plutôt inspirants.
Des preuves? La semaine dernière, on trouvait facilement un vol Montréal-Tampa à 145 $, un Montréal-Vancouver à 179 $ ou encore un petit saut à Toronto pour aussi peu que 49 $. Le tout pour un «tarif aller simple», précise-t-on toutefois, même si dans la grande majorité des cas les gens qui partent en vacances reviennent généralement chez eux un jour.
Après l'application du multiplicateur de rigueur, l'offre peut en effet être alléchante. Mais elle est aussi trop belle pour être vraie, comme va le constater le consommateur au moment de payer la facture.
C'est la compagnie Porter Airlines qui, visiblement, a décidé de surprendre le plus sa clientèle. On ne peut pas lui en vouloir: après tout, la surprise, c'est le sel de la vie! Mais pour prendre conscience de cette vérité, il va falloir débourser 121 % de plus que le prix affiché dans les promotions de la compagnie pour monter dans un de ses avions, entre Montréal et Toronto. Au lieu de coûter 98 $ plus taxes, l'aller-retour se transigeait réellement la semaine dernière à 217,05 $, soit un dépassement de coût largement supérieur au taux de 12,88 % que représentent les taxes provinciales et fédérales auxquelles on s'attend d'ordinaire.
Ce phénomène de gonflement des prix fait rire... jaune, surtout après être passé au comptoir d'Air Canada ou de West Jet, qui dans leurs publicités ont en plus le culot d'annoncer en caractères gras qu'«aucun supplément pour les frais de carburant» ne sera exigé. Ledit supplément est dorénavant inclus dans le prix du billet, expliquent ces deux entreprises.
Si elles le disent, c'est que c'est vrai. Mais cela n'empêche pas le plus grand transporteur aérien national de soutirer 88 % de plus à ses clients pour un vol Montréal-
Toronto, pourtant annoncé à 49 $ l'aller simple, 28 % pour un Montréal-Vancouver offert à 179 $, ou près de 30 % pour un Montréal-Phoenix à 235 $. West-Jet ne fait pas mieux. Son vol Montréal-Vancouver revient à 471 $ au lieu des 370 $ que le voyageur avait anticipé de payer en faisant quelques multiplications dans sa tête. C'est quand même 100 $ de plus. Ou 400 $ pour une famille de quatre qui pourrait certainement, pendant le vol, entamer une conversation sur le thème de la publicité trompeuse.
Le Canada à la traîne
La situation est déplorable. Elle est aussi vertement déplorée par Option Consommateurs, qui depuis plusieurs mois milite en faveur d'un grand ménage dans les stratégies publicitaires des transporteurs aériens. Une pétition est d'ailleurs présentée sur le site Internet du groupe de pression, qui invite le voyageur frustré à se manifester.
Sa voix ne semble toutefois pas trop porter pour le moment, comme en témoigne une décision du gouvernement fédéral qui, en juin dernier, a rejeté du revers de la main l'entrée en vigueur d'un article de la Loi sur les transports au Canada qui aurait forcé les compagnies aériennes à afficher tous les frais dans leurs publicités. Il est question ici des frais pour les améliorations aéroportuaires, pour la sécurité des passagers du transport aérien, des frais de repas, d'enregistrement de bagages, etc.
Enchâssée dans la section 27 du projet de loi C-11 qui vise à amender la législation fédérale en matière de transport, cette disposition n'attend qu'un décret du gouvernement pour devenir réalité. Mais devant l'opposition de l'industrie aérienne, qui ne veut pas d'un tel cadre, le ministre des Transports, Lawrence Cannon, n'a pas jugé bon d'agir. Pour le moment.
Des règles claires d'affichage des prix, Air Canada, West-Jet ou Porter Airlines n'en voudraient pas, contrairement aux consommateurs qui, eux, en désirent dans des proportions qui ne laissent guère de place à l'imagination. Des chiffres? En 2004, un sondage d'Environics mené auprès de 2021 Canadiens a en effet révélé que 82 % des répondants souhaitent que le gouvernement fasse ses devoirs pour mieux réglementer la publicité sur les billets d'avion et les prix. Cette mesure de l'opinion est d'ailleurs largement reprise en boucle par Option Consommateurs et la Coalition pour la protection des voyageurs, qui s'étonnent chaque jour de l'inertie du Canada en la matière.
On peut d'ailleurs facilement comprendre leur perplexité, surtout quand on sait que le gouvernement fédéral est généralement prompt à aligner ses lois et règlements sur ceux des États-Unis pour faciliter la libre circulation des biens, des services et des individus. Or, de l'autre côté de la frontière, le département des Transports force depuis des années les compagnies aériennes à livrer le juste prix dans leurs pubs. Ce prix doit donc inclure tous les frais afférents, à l'exception des taxes à la consommation.
La mesure est respectée par toutes les compagnies aériennes américaines, dont les tarifs en vigueur la semaine dernière pour des vols en direction du Canada ne réservaient pas de surprise au consommateur américain, qui peut ainsi, comme en rêve son homologue canadien, prendre une décision éclairée avant de prendre l'air.
Des prix exagérément bas pour racoler l'aspirant voyageur qui, en passant à la caisse, a finalement toutes les raisons de se questionner sur l'odieux plan de vol commercial qu'utilisent tous ces marchands de rêves.
Le stratagème des compagnies aériennes est éprouvé. Il prend généralement la forme d'annonces racoleuses, dans les journaux ou sur le Web, qui mettent en vedette des destinations — soleil en hiver, européennes et continentales le reste de l'année — à des prix plutôt inspirants.
Des preuves? La semaine dernière, on trouvait facilement un vol Montréal-Tampa à 145 $, un Montréal-Vancouver à 179 $ ou encore un petit saut à Toronto pour aussi peu que 49 $. Le tout pour un «tarif aller simple», précise-t-on toutefois, même si dans la grande majorité des cas les gens qui partent en vacances reviennent généralement chez eux un jour.
Après l'application du multiplicateur de rigueur, l'offre peut en effet être alléchante. Mais elle est aussi trop belle pour être vraie, comme va le constater le consommateur au moment de payer la facture.
C'est la compagnie Porter Airlines qui, visiblement, a décidé de surprendre le plus sa clientèle. On ne peut pas lui en vouloir: après tout, la surprise, c'est le sel de la vie! Mais pour prendre conscience de cette vérité, il va falloir débourser 121 % de plus que le prix affiché dans les promotions de la compagnie pour monter dans un de ses avions, entre Montréal et Toronto. Au lieu de coûter 98 $ plus taxes, l'aller-retour se transigeait réellement la semaine dernière à 217,05 $, soit un dépassement de coût largement supérieur au taux de 12,88 % que représentent les taxes provinciales et fédérales auxquelles on s'attend d'ordinaire.
Ce phénomène de gonflement des prix fait rire... jaune, surtout après être passé au comptoir d'Air Canada ou de West Jet, qui dans leurs publicités ont en plus le culot d'annoncer en caractères gras qu'«aucun supplément pour les frais de carburant» ne sera exigé. Ledit supplément est dorénavant inclus dans le prix du billet, expliquent ces deux entreprises.
Si elles le disent, c'est que c'est vrai. Mais cela n'empêche pas le plus grand transporteur aérien national de soutirer 88 % de plus à ses clients pour un vol Montréal-
Toronto, pourtant annoncé à 49 $ l'aller simple, 28 % pour un Montréal-Vancouver offert à 179 $, ou près de 30 % pour un Montréal-Phoenix à 235 $. West-Jet ne fait pas mieux. Son vol Montréal-Vancouver revient à 471 $ au lieu des 370 $ que le voyageur avait anticipé de payer en faisant quelques multiplications dans sa tête. C'est quand même 100 $ de plus. Ou 400 $ pour une famille de quatre qui pourrait certainement, pendant le vol, entamer une conversation sur le thème de la publicité trompeuse.
Le Canada à la traîne
La situation est déplorable. Elle est aussi vertement déplorée par Option Consommateurs, qui depuis plusieurs mois milite en faveur d'un grand ménage dans les stratégies publicitaires des transporteurs aériens. Une pétition est d'ailleurs présentée sur le site Internet du groupe de pression, qui invite le voyageur frustré à se manifester.
Sa voix ne semble toutefois pas trop porter pour le moment, comme en témoigne une décision du gouvernement fédéral qui, en juin dernier, a rejeté du revers de la main l'entrée en vigueur d'un article de la Loi sur les transports au Canada qui aurait forcé les compagnies aériennes à afficher tous les frais dans leurs publicités. Il est question ici des frais pour les améliorations aéroportuaires, pour la sécurité des passagers du transport aérien, des frais de repas, d'enregistrement de bagages, etc.
Enchâssée dans la section 27 du projet de loi C-11 qui vise à amender la législation fédérale en matière de transport, cette disposition n'attend qu'un décret du gouvernement pour devenir réalité. Mais devant l'opposition de l'industrie aérienne, qui ne veut pas d'un tel cadre, le ministre des Transports, Lawrence Cannon, n'a pas jugé bon d'agir. Pour le moment.
Des règles claires d'affichage des prix, Air Canada, West-Jet ou Porter Airlines n'en voudraient pas, contrairement aux consommateurs qui, eux, en désirent dans des proportions qui ne laissent guère de place à l'imagination. Des chiffres? En 2004, un sondage d'Environics mené auprès de 2021 Canadiens a en effet révélé que 82 % des répondants souhaitent que le gouvernement fasse ses devoirs pour mieux réglementer la publicité sur les billets d'avion et les prix. Cette mesure de l'opinion est d'ailleurs largement reprise en boucle par Option Consommateurs et la Coalition pour la protection des voyageurs, qui s'étonnent chaque jour de l'inertie du Canada en la matière.
On peut d'ailleurs facilement comprendre leur perplexité, surtout quand on sait que le gouvernement fédéral est généralement prompt à aligner ses lois et règlements sur ceux des États-Unis pour faciliter la libre circulation des biens, des services et des individus. Or, de l'autre côté de la frontière, le département des Transports force depuis des années les compagnies aériennes à livrer le juste prix dans leurs pubs. Ce prix doit donc inclure tous les frais afférents, à l'exception des taxes à la consommation.
La mesure est respectée par toutes les compagnies aériennes américaines, dont les tarifs en vigueur la semaine dernière pour des vols en direction du Canada ne réservaient pas de surprise au consommateur américain, qui peut ainsi, comme en rêve son homologue canadien, prendre une décision éclairée avant de prendre l'air.
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