REER: quelles actions détenir, et quand?
Monsieur Chiasson,je vous lis depuis des années et maintenant que vous êtes au journal Le Devoir, je me permets de retransmettre vos écrits à des neveux et nièces pour les intéresser à l'investissement et c'est très apprécié. Vous faites école.
L'un de vos récents articles m'a confondu. Je suis loin d'être un expert, vous me comprendrez. Vous dites dans l'article en question que le fait de détenir des actions dans son REER comporte un désavantage sur le plan fiscal alors que, dans ce même article, vous suggérez d'inscrire des actions de grandes compagnies dans ledit régime.
Pouvez-vous m'expliquer ce que je n'ai pas saisi. Merci.
A. C. de Laval
La règle de base en la matière est la suivante: pour le REER, la priorité va aux obligations négociables et aux autres titres à revenus fixes de haute qualité. Quant aux actions et autres types de placements à croissance, ils devraient en priorité être accumulés dans votre portefeuille hors REER.
Pourquoi? Parce que dans le REER, toutes les formes de revenus de placement sont imposées de la même façon. C'est-à-dire qu'elles sont affranchies de tout impôt tant que les revenus réalisés demeurent dans le régime. Par contre, ces revenus de placement s'ajoutent à vos autres revenus imposables aussitôt qu'ils sont retirés dudit régime. Lors de leur retrait du régime, les revenus de placement, peu importe leur catégorie, sont taxés à votre taux marginal d'impôt maximum.
Par contre, certains types de revenus de placement réalisés en dehors du REER (donc dans votre portefeuille hors REER) bénéficient d'allègements fiscaux. C'est le cas notamment des dividendes, auxquels sont associés des crédits d'impôt non négligeables (ces crédits ne peuvent pas être réclamés dans le REER). Idem pour le gain en capital réalisé, dont seulement 50 % est imposable (ce qui n'est pas le cas des gains s'ils sont réalisés dans le REER). Enfin, est-il important de noter, les pertes en capital réalisées sont déductibles des gains en capital lorsque ceux-ci sont encaissés en dehors du REER, mais non dans le REER.
Voilà autant de raisons justifiant d'inscrire en priorité les actions dans le portefeuille hors REER et les titres à revenus d'intérêt dans le REER.
Cela dit, la règle de base s'applique dans les cas où l'avoir de l'individu est réparti équitablement entre les portefeuilles REER et hors REER. Or, dans la pratique, souvent ce n'est pas le cas. Par exemple, les jeunes travailleurs et travailleuses ont tout intérêt à canaliser le gros de leur épargne dans le REER afin de cotiser le maximum permis chaque année au régime. De la sorte, les reports d'impôt qui en résultent accélèrent leur processus d'accumulation des liquidités à des fins d'investissement. Le hic: une bonne partie de leur avoir se trouvera alors concentré dans les REER. Doivent-ils dans un tel cas s'en tenir en matière de placement aux seules obligations négociables de qualité? Certainement pas. Au contraire, vu leur jeune âge, ils doivent en priorité acheter des actions, même si cela doit se faire à l'intérieur de leur régime. Pourquoi? Parce qu'à leur âge, ils peuvent composer avec un niveau de risque plus élevé. Et parce que les actions recèlent à long terme un rendement potentiel bien supérieur à celui des obligations et autres titres à revenus d'intérêt.
Nombreuses sont aussi les personnes de 40 ans et plus à détenir un avoir important surtout concentré dans les REER. Ces personnes doivent alors accepter d'investir une portion de leur REER dans les actions. Elles doivent le faire de sorte que le poids des actions dans leur portefeuille global (REER et hors REER) soit au moins égal à celui des obligations et autres titres à revenus fixes.
Cela dit, parce que le traitement fiscal des actions est moins avantageux à l'intérieur du REER qu'à l'extérieur de celui-ci, l'épargnant doit compenser par un risque moindre de ses placements. Ce qu'il fera en limitant lesdits placements de son REER à l'achat d'actions de grandes entreprises solides financièrement montrant un long historique de versements de dividendes. Ces actions recèlent un risque passablement moindre que celui des actions de plus petites entreprises dites de croissance. Ces dernières entreprises versent peu ou pas de dividendes à leurs actionnaires, ce qui fait que tout le rendement potentiel de leurs actions repose strictement sur leur possible appréciation, donc sur le gain en capital. Bien sûr, ces actions peuvent s'apprécier sensiblement au fil des ans comme elles peuvent dégringoler rapidement en cas de pépin. Des pertes en capital importantes peuvent donc en résulter. C'est pourquoi les actions d'entreprises à forte croissance doivent strictement être accumulées en dehors du REER afin que l'investisseur puisse se prévaloir de la déductibilité de telles pertes contre ses gains imposables. À l'intérieur du REER, il ne pourra pas s'en prévaloir.
Cela dit, parce que le traitement fiscal des actions est moins avantageux à l'intérieur du REER qu'à l'extérieur de celui-ci, l'épargnant doit compenser par un risque moindre de ses placements. Ce qu'il fera en limitant lesdits placements de son REER à l'achat d'actions de grandes entreprises solides financièrement montrant un long historique de versements de dividendes. Ces actions recèlent un risque passablement moindre que celui des actions de plus petites entreprises dites de croissance. Ces dernières entreprises versent peu ou pas de dividendes à leurs actionnaires, ce qui fait que tout le rendement potentiel de leurs actions repose strictement sur leur possible appréciation, donc sur le gain en capital. Bien sûr, ces actions peuvent s'apprécier sensiblement au fil des ans comme elles peuvent dégringoler rapidement en cas de pépin. Des pertes en capital importantes peuvent donc en résulter. C'est pourquoi les actions d'entreprises à forte croissance doivent strictement être accumulées en dehors du REER afin que l'investisseur puisse se prévaloir de la déductibilité de telles pertes contre ses gains imposables. À l'intérieur du REER, il ne pourra pas s'en prévaloir.
***
Je dévore littéralement toutes vos réponses aux courriers des lecteurs.
Toujours très clair, pédagogique. Dans mes placements REER et hors REER, je prends vos conseils au sérieux. Je suis abonnée à la lettre financière "Investment Reporter" et à la revue "Investor's Digest". Qu'en pensez-vous?
Je vous remercie à l'avance et au plaisir de vous lire encore longtemps.
P. R.
Montréal
Les lettres financières, si elles sont écrites par des gens compétents et qui n'oeuvrent pas dans la vente de valeurs mobilières, constituent la seule véritable source d'informations financières de qualité et parfaitement objectives. The Investment Reporter, produite par la firme torontoise MPL Communications, appartient à cette catégorie de lettres financières de qualité. Idem pour la lettre The Successful Investor produite par Patrick McKeough.
Au Québec, la classe Internet Pro-Placement (votre auteur en est l'éditeur) s'apparente à une lettre financière avec en plus un volet apprentissage permettant aux étudiants d'apprendre les rouages du monde du placement, de se familiariser avec l'univers du placement (le vrai et non celui composé de produits créés de toutes pièces par les institutions financières) et de construire graduellement leur portefeuille de titres (obligations et actions de grandes entreprises).
Quant à la revue Investor's Digest, elle n'appartient pas à la catégorie des lettres financières parfaitement objectives. On retrouve dans cette revue essentiellement les analyses de compagnies produites par les spécialistes des firmes de courtage en valeurs mobilières. Ces analystes sont en conflit d'intérêt puisqu'ils sont à la solde d'entreprises qui oeuvrent dans la vente de valeurs mobilières. Ces études comportent certainement des informations pertinentes qui peuvent être utiles au petit investisseur dans sa prise de décision. Celui-ci doit cependant faire preuve de circonspection quant aux conclusions de telles analyses.
***
Courriel: cchiasson@proplacement.qc.ca
Classe Internet: www.proplacement.qc.ca@
L'un de vos récents articles m'a confondu. Je suis loin d'être un expert, vous me comprendrez. Vous dites dans l'article en question que le fait de détenir des actions dans son REER comporte un désavantage sur le plan fiscal alors que, dans ce même article, vous suggérez d'inscrire des actions de grandes compagnies dans ledit régime.
Pouvez-vous m'expliquer ce que je n'ai pas saisi. Merci.
A. C. de Laval
La règle de base en la matière est la suivante: pour le REER, la priorité va aux obligations négociables et aux autres titres à revenus fixes de haute qualité. Quant aux actions et autres types de placements à croissance, ils devraient en priorité être accumulés dans votre portefeuille hors REER.
Pourquoi? Parce que dans le REER, toutes les formes de revenus de placement sont imposées de la même façon. C'est-à-dire qu'elles sont affranchies de tout impôt tant que les revenus réalisés demeurent dans le régime. Par contre, ces revenus de placement s'ajoutent à vos autres revenus imposables aussitôt qu'ils sont retirés dudit régime. Lors de leur retrait du régime, les revenus de placement, peu importe leur catégorie, sont taxés à votre taux marginal d'impôt maximum.
Par contre, certains types de revenus de placement réalisés en dehors du REER (donc dans votre portefeuille hors REER) bénéficient d'allègements fiscaux. C'est le cas notamment des dividendes, auxquels sont associés des crédits d'impôt non négligeables (ces crédits ne peuvent pas être réclamés dans le REER). Idem pour le gain en capital réalisé, dont seulement 50 % est imposable (ce qui n'est pas le cas des gains s'ils sont réalisés dans le REER). Enfin, est-il important de noter, les pertes en capital réalisées sont déductibles des gains en capital lorsque ceux-ci sont encaissés en dehors du REER, mais non dans le REER.
Voilà autant de raisons justifiant d'inscrire en priorité les actions dans le portefeuille hors REER et les titres à revenus d'intérêt dans le REER.
Cela dit, la règle de base s'applique dans les cas où l'avoir de l'individu est réparti équitablement entre les portefeuilles REER et hors REER. Or, dans la pratique, souvent ce n'est pas le cas. Par exemple, les jeunes travailleurs et travailleuses ont tout intérêt à canaliser le gros de leur épargne dans le REER afin de cotiser le maximum permis chaque année au régime. De la sorte, les reports d'impôt qui en résultent accélèrent leur processus d'accumulation des liquidités à des fins d'investissement. Le hic: une bonne partie de leur avoir se trouvera alors concentré dans les REER. Doivent-ils dans un tel cas s'en tenir en matière de placement aux seules obligations négociables de qualité? Certainement pas. Au contraire, vu leur jeune âge, ils doivent en priorité acheter des actions, même si cela doit se faire à l'intérieur de leur régime. Pourquoi? Parce qu'à leur âge, ils peuvent composer avec un niveau de risque plus élevé. Et parce que les actions recèlent à long terme un rendement potentiel bien supérieur à celui des obligations et autres titres à revenus d'intérêt.
Nombreuses sont aussi les personnes de 40 ans et plus à détenir un avoir important surtout concentré dans les REER. Ces personnes doivent alors accepter d'investir une portion de leur REER dans les actions. Elles doivent le faire de sorte que le poids des actions dans leur portefeuille global (REER et hors REER) soit au moins égal à celui des obligations et autres titres à revenus fixes.
Cela dit, parce que le traitement fiscal des actions est moins avantageux à l'intérieur du REER qu'à l'extérieur de celui-ci, l'épargnant doit compenser par un risque moindre de ses placements. Ce qu'il fera en limitant lesdits placements de son REER à l'achat d'actions de grandes entreprises solides financièrement montrant un long historique de versements de dividendes. Ces actions recèlent un risque passablement moindre que celui des actions de plus petites entreprises dites de croissance. Ces dernières entreprises versent peu ou pas de dividendes à leurs actionnaires, ce qui fait que tout le rendement potentiel de leurs actions repose strictement sur leur possible appréciation, donc sur le gain en capital. Bien sûr, ces actions peuvent s'apprécier sensiblement au fil des ans comme elles peuvent dégringoler rapidement en cas de pépin. Des pertes en capital importantes peuvent donc en résulter. C'est pourquoi les actions d'entreprises à forte croissance doivent strictement être accumulées en dehors du REER afin que l'investisseur puisse se prévaloir de la déductibilité de telles pertes contre ses gains imposables. À l'intérieur du REER, il ne pourra pas s'en prévaloir.
Cela dit, parce que le traitement fiscal des actions est moins avantageux à l'intérieur du REER qu'à l'extérieur de celui-ci, l'épargnant doit compenser par un risque moindre de ses placements. Ce qu'il fera en limitant lesdits placements de son REER à l'achat d'actions de grandes entreprises solides financièrement montrant un long historique de versements de dividendes. Ces actions recèlent un risque passablement moindre que celui des actions de plus petites entreprises dites de croissance. Ces dernières entreprises versent peu ou pas de dividendes à leurs actionnaires, ce qui fait que tout le rendement potentiel de leurs actions repose strictement sur leur possible appréciation, donc sur le gain en capital. Bien sûr, ces actions peuvent s'apprécier sensiblement au fil des ans comme elles peuvent dégringoler rapidement en cas de pépin. Des pertes en capital importantes peuvent donc en résulter. C'est pourquoi les actions d'entreprises à forte croissance doivent strictement être accumulées en dehors du REER afin que l'investisseur puisse se prévaloir de la déductibilité de telles pertes contre ses gains imposables. À l'intérieur du REER, il ne pourra pas s'en prévaloir.
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Je dévore littéralement toutes vos réponses aux courriers des lecteurs.
Toujours très clair, pédagogique. Dans mes placements REER et hors REER, je prends vos conseils au sérieux. Je suis abonnée à la lettre financière "Investment Reporter" et à la revue "Investor's Digest". Qu'en pensez-vous?
Je vous remercie à l'avance et au plaisir de vous lire encore longtemps.
P. R.
Montréal
Les lettres financières, si elles sont écrites par des gens compétents et qui n'oeuvrent pas dans la vente de valeurs mobilières, constituent la seule véritable source d'informations financières de qualité et parfaitement objectives. The Investment Reporter, produite par la firme torontoise MPL Communications, appartient à cette catégorie de lettres financières de qualité. Idem pour la lettre The Successful Investor produite par Patrick McKeough.
Au Québec, la classe Internet Pro-Placement (votre auteur en est l'éditeur) s'apparente à une lettre financière avec en plus un volet apprentissage permettant aux étudiants d'apprendre les rouages du monde du placement, de se familiariser avec l'univers du placement (le vrai et non celui composé de produits créés de toutes pièces par les institutions financières) et de construire graduellement leur portefeuille de titres (obligations et actions de grandes entreprises).
Quant à la revue Investor's Digest, elle n'appartient pas à la catégorie des lettres financières parfaitement objectives. On retrouve dans cette revue essentiellement les analyses de compagnies produites par les spécialistes des firmes de courtage en valeurs mobilières. Ces analystes sont en conflit d'intérêt puisqu'ils sont à la solde d'entreprises qui oeuvrent dans la vente de valeurs mobilières. Ces études comportent certainement des informations pertinentes qui peuvent être utiles au petit investisseur dans sa prise de décision. Celui-ci doit cependant faire preuve de circonspection quant aux conclusions de telles analyses.
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Courriel: cchiasson@proplacement.qc.ca
Classe Internet: www.proplacement.qc.ca@
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