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Les «hedge funds» sont-ils une menace pour nos grandes entreprises?

Claude Chiasson   28 octobre 2006  Finances personnelles
Régulièrement, on entend parler des «hedge funds» qui, semble-t-il, fragilisent notre système économique. Qu'en est-il vraiment? Jusqu'où les compagnies faisant partie de notre univers de placement sont-elles affectées par les «hedge funds» (ça semble être une pratique courante, entre autres dans le secteur pétrolier)?

J. B.

Il faut distinguer ici entre la contrepartie (le terme français de hedge) en soi et les fonds communs engagés dans les produits dérivés et autres appelés «hedge funds».

Les grandes entreprises ont souvent recours aux techniques de contreparties pour contrôler leurs coûts et/ou leur marge bénéficiaire. C'est le cas notamment dans le secteur des ressources naturelles. Barrick Gold, notre plus important producteur d'or au pays et au monde, a longtemps eu recours aux techniques de contreparties pour fixer dans le temps le prix de l'or qu'il produit. C'est ainsi que l'entreprise vend par le truchement de contrats à terme sa production future à un prix prédéterminé. Pratique qu'elle tend aujourd'hui à marginaliser alors que ses dirigeants anticipent une montée régulière du prix de l'once d'or pour les prochaines années. Par contre, la compagnie a récemment conclu un financement équivalent à vendre le tiers de sa production de cuivre des trois prochaines années à un prix de plus de 3 $US la livre par le truchement de contrats à terme. Un financement qui lui a permis d'encaisser immédiatement la rondelette somme d'un milliard de dollars américains contre le tiers de sa production future de cuivre.

Petro-Canada, l'une de nos trois grandes pétrolières intégrées, a eu recours au marché des contrats à terme afin de fixer le prix de vente du pétrole à venir de son champ pétrolier Buzzard, en mer du Nord. Ce faisant, la compagnie s'assure d'un rendement minimum décent de son capital investi.

Afin de contrôler leurs coûts en énergie, de grandes firmes d'aviations s'approvisionnent en kérosène à un prix prédéterminé par le truchement de contrats à terme. Toutes ces entreprises disposent ainsi d'un portefeuille dit de contreparties.

Plusieurs d'entre elles le gèrent activement, selon les tendances de l'heure.

Ce volet de la contrepartie (du «hedging») n'est normalement pas préjudiciable aux entreprises, sauf si leurs dirigeants se mettent à spéculer sur la tendance future des prix des denrées, comme l'a fait il y a quelques années Cambior. Cette dernière a bien failli disparaître après avoir écopé de pertes importantes sur son portefeuille de contreparties.

Les fonds communs («hedging funds») de contreparties évoluent également dans les marchés à terme et autres produits dérivés. Mais ils le font d'une autre façon, non pas à titre de producteur (qui entend fixer le prix de sa future production), mais à titre d'investisseur, voire de spéculateur.

Ces fonds tentent de profiter d'anomalies dans les divers marchés boursiers, obligataires, des denrées, etc. Par exemple, ils vendront à découvert les actions d'une entreprise pour acquérir ses débentures convertibles lorsque les écarts entre la valeur de conversion en actions de ces dernières et la valeur de l'action même le justifient. Ou, encore, ils tenteront de tirer avantage d'écarts anormaux se matérialisant entre certains marchés, comme a tenté de le faire récemment le fonds de contreparties Amaranth afin de bénéficier d'écarts anormaux persistant entre les prix du gaz naturel et du baril de pétrole. Pour tirer avantage de telles situations, ces fonds n'hésitent pas à recourir lourdement à l'effet de levier (à la dette). Ils peuvent ainsi réaliser des profits mirobolants. Ou, comme ce fut le cas pour le fonds Amaranth, courir au désastre.

Ce fonds a perdu en quelques semaines près de six milliards de dollars américains. Cette pratique hautement spéculative peut causer certains préjudices aux grandes entreprises.

Elle peut accentuer les mouvements à la hausse ou à la baisse des prix des denrées et des contrats à terme sous-jacents. Ces fonds contribuent également à diluer les capitaux disponibles à des fins d'investissement, provoquant une sous-évaluation chronique des actions des grandes entreprises.

Mais ces fonds ne constituent pas en soi une menace directe à la bonne marche de nos entreprises.

Ces fonds s'abreuvent en capitaux auprès des institutions financières telles les caisses de retraite et les firmes exploitant et gérant des fonds communs d'investissement. Ces institutions perçoivent ces fonds comme appartenant à une classe d'actif distincte de celles des actions et obligations. Grâce à cet attribut, investir dans ces fonds permet d'obtenir une meilleure diversification du risque pour le portefeuille global.

Le hic: le cadre réglementaire régissant ces fonds manque de rigueur, au point que nos banques centrales s'en inquiètent. Plusieurs de ces fonds sont gérés à partir de l'étranger, soit à partir de pays exerçant peu de contrôle sur les valeurs mobilières. Or, si un cas comme Norbourg a pu se produire ici même dans un pays aux contrôles assez serrés, imaginez ce qui pourrait un jour se produire en d'autres lieux aux cadres réglementaires déficients.

À propos des différentes classes d'actions

Monsieur,

Lorsqu'une compagnie a en circulation deux classes d'actions, laquelle doit-on acheter?

Un lecteur

Une compagnie peut avoir plusieurs classes d'actions en circulation. C'est ainsi que des entreprises auront à la fois des actions avec droits de vote multiples (généralement dix droits de vote par action) et des actions avec un seul droit de vote. D'autres auront des actions avec un droit de vote et des actions sans droit de vote. Les actions accordant un ou pas de droit de vote sont dites actions subalternes.

Les actions avec un nombre supérieur de droits de vote appartiennent généralement au fondateur de la compagnie et aux membres de sa famille. Le fondateur, en détenant ces actions, s'assure de conserver le contrôle de son entreprise tout en accédant presque à volonté aux capitaux boursiers par le truchement d'émission d'actions subalternes. Plusieurs investisseurs ont des réserves quant aux bienfaits d'une structure du capital comportant deux classes d'actions. Advenant que la direction en place devienne avec le temps moins efficace, les actionnaires ne pourront pas l'évincer. Une telle structure ferme également la porte à une éventuelle offre d'achat d'un concurrent sur l'entreprise, sauf si le fondateur désire réellement vendre. Dans les faits, on dénombre plusieurs entreprises dont les deux classes d'actions ont enregistré une excellente performance à long terme à la Bourse. Donc, ce seul critère (avoir deux classes d'actions) ne saurait être en soi suffisant pour inciter un petit investisseur à éviter l'entreprise ayant une telle structure de son capital.

Une question se pose toutefois: laquelle des classes d'actions le petit investisseurs devrait-il favoriser? La réponse: celle qu'il peut acquérir au moindre prix (généralement les actions subalternes).

Vu l'infime pouvoir d'intervention qu'il a sur la destinée de l'entreprise, le petit investisseur n'est pas justifié de payer une prime afin de détenir les actions avec droits de vote multiples. Dans certains cas, la prime payée peut être élevée.

cchiasson@proplacement.qc.ca

Classe Internet: www.proplacement.qc.ca






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