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    Ordre professionnel des sexologues

    Protéger le public et démystifier la profession

    11 octobre 2014 | Hélène Roulot-Ganzmann - Collaboratrice | Emploi
    « Nous intervenons au-delà de la sphère physique, sur tout ce qui a trait aux émotions ou à l’affectif et qui peut venir troubler le rapport au sexe et interpeller un individu ou un groupe », affirme Isabelle Beaulieu, directrice générale et secrétaire de l’ordre.
    Photo: Jean-Sébastien Évrard Agence France-Presse « Nous intervenons au-delà de la sphère physique, sur tout ce qui a trait aux émotions ou à l’affectif et qui peut venir troubler le rapport au sexe et interpeller un individu ou un groupe », affirme Isabelle Beaulieu, directrice générale et secrétaire de l’ordre.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    L’Ordre professionnel des sexologues (OPSQ) vient de souffler sa première bougie. Une bonne nouvelle pour les praticiens, mais surtout, selon ses membres, pour le public, qui se voit ainsi protégé contre le charlatanisme. « Nous touchons au tabou, au culturel, aux préjugés, aux a priori, à l’intime, explique sa présidente, Nathalie Legault. Des risques de préjudices sont donc possibles. L’ordre encadre la pratique et offre des garanties aux clients. »


    « Ça n’a pas toujours été facile pour les sexologues de faire leur place dans le milieu de la relation d’aide et de la santé mentale, estime Mme Legault. Nous avons un travail de démystification de la profession à effectuer, afin de mieux la faire connaître à la population et à certains milieux de pratique. Bref, notre mission en tant qu’ordre est de protéger le public, mais l’ordre nous apporte aussi de la crédibilité. »

     

    Si tout le processus n’est pas encore complété et que toute la réglementation n’a pas encore été publiée dans la Gazette officielle du Québec, il reste que la profession de sexologue est aujourd’hui régie et que personne ne peut plus prétendre être sexologue sans répondre à des critères stricts. Le premier d’entre eux est le diplôme donnant accès au métier, à savoir un baccalauréat ou une maîtrise en sexologie, en l’occurrence de l’Université du Québec à Montréal, seul établissement québécois à dispenser la formation.

     

    « Elle a même été un précurseur dans le domaine, affirme Mme Legault. On était en 1969, c’était l’ouverture de l’université et elle se voulait novatrice. Or, outre leur savoir et leur savoir-faire, ce qui distingue les sexologues, c’est leur savoir-être. Ils ont l’art de mettre les gens à l’aise, ils font preuve d’une grande ouverture d’esprit. Ça collait bien avec les valeurs de l’UQAM de l’époque. »

     

    La grande majorité des 530 sexologues devenus membres de l’ordre depuis son ordonnancement sortent donc de l’UQAM. Aucune demande de permis par équivalence n’a par ailleurs encore été soumise à l’ordre, bien que cette modalité existe pour permettre à des praticiens ayant eu leur diplôme à l’étranger de pouvoir exercer au Québec.

     

    « Nous travaillons activement à contacter tous ceux qui ne sont pas membres et qui continuent à utiliser illégalement le titre de sexologue, explique Isabelle Beaulieu, directrice générale et secrétaire de l’ordre. Certains ne savent pas que nous existons et deviennent membres sans poser de problème. D’autres ne le veulent pas, souvent parce qu’ils ont des diplômes nébuleux, une formation qui sort d’on ne sait où… Il faut bien comprendre que nous oeuvrons dans la sphère de l’intime. Ça peut avoir des conséquences psychologiques graves si ce n’est pas fait dans les règles de l’art. Nos sexologues sont encadrés, inspectés, ils doivent se conformer au code de déontologie, peuvent être soumis à une enquête en cas de plainte. Ils doivent rendre des comptes. »

     

    L’intime… Le tabou même, parfois. Nathalie Legault assume le fait qu’il n’est pas toujours facile de faire le pas nécessaire pour aller consulter un sexologue.

     

    « Heureusement, le réflexe de référer à un sexologue est de mieux en mieux implanté au sein du corps médical, raconte-t-elle. Nous avons obtenu trois activités réservées, que nous avons en partage avec d’autres professionnels. Nous sommes donc officiellement reconnus comme les spécialistes en matière d’évaluation du comportement et du développement sexuels. Les détenteurs de la maîtrise en sexologie, profil clinique, sont, quant à eux, autorisés à évaluer les troubles sexuels. Nous sommes aussi au coeur de l’humain parce que le sexe touche tout autant au social qu’au médical, au psychique ou encore au spirituel. Même dans les cas où une dysfonction sexuelle ne serait que d’origine biologique, cette condition peut avoir un impact psychologique sur l’estime de soi, par exemple. »

     

    La sexologie regroupe donc presque autant de réalités qu’il y a de sexologues. Avant de prendre les rênes de l’ordre, Isabelle Beaulieu oeuvrait dans le secteur de la santé et des services sociaux auprès des jeunes. Elle pouvait aussi bien participer à la conception de programmes d’éducation en sexualité, former les intervenants, soutenir les familles ayant des enfants qui présentent des comportements sexuels problématiques, rédiger et implanter des politiques et des procédures.

     

    D’autres, comme Nathalie Legault, ont leur cabinet de consultation privé.

     

    « Les cas sont tellement différents les uns des autres, raconte-t-elle. Il peut s’agir d’un couple en panne de désir, d’un adolescent qui se pose des questions sur son orientation sexuelle, d’une personne dépendante sexuelle qui a une sexualité hors norme ou qui consulte compulsivement des sites pornographiques. Je traite des cas d’infidélité ou des difficultés à atteindre l’orgasme. Ça peut être également une personne qui, tout à coup, présente un handicap physique. Forcément, son image corporelle en prend un coup et elle est obligée de revoir toute sa sexualité. »

     

    D’autres encore travaillent avec les délinquants sexuels, les victimes de viol ou d’inceste. Dans des écoles, des hôpitaux, des maisons de jeunes ou de femmes. Sur l’image corporelle, les valeurs, l’hypersexualisation, l’homophobie, les comportements à risques, la contraception, l’avortement, l’incapacité à dire non. Entre autres choses.

     

    « Notre pratique est véritablement multidimensionnelle, analyse Isabelle Beaulieu. Nous intervenons au-delà de la sphère physique, sur tout ce qui a trait aux émotions ou à l’affectif et qui peut venir troubler le rapport au sexe et interpeller un individu ou un groupe. »

     

    Si la création de l’ordre est donc un premier pas vers une plus grande protection du public et une meilleure crédibilité de la profession, il n’en reste pas moins que les enjeux sont de taille. Parmi eux, l’accessibilité. Régionale, d’une part, près de 60 % des sexologues exerçant dans la grande région montréalaise, alors que des territoires comme la Gaspésie, l’Abitibi et le Centre-du-Québec n’en comptabilisent que trois chacun.

     

    Mais l’ordre mène également un travail auprès des assurances collectives pour qu’elles prennent ces soins en charge.

     

    « Elles sont très peu aujourd’hui à le faire, conclut Nathalie Legault. C’est un frein pour certaines personnes qui n’ont pas les moyens de venir en consultation. Mais ça peut aussi laisser croire que c’est une discipline moins scientifique que celles qui sont prises en charge. Or notre pratique est fondée sur des principes scientifiques et des données probantes. »

    « Nous intervenons au-delà de la sphère physique, sur tout ce qui a trait aux émotions ou à l’affectif et qui peut venir troubler le rapport au sexe et interpeller un individu ou un groupe », affirme Isabelle Beaulieu, directrice générale et secrétaire de l’ordre. Nathalie Legault, présidente de l’Ordre professionnel des sexologues du Québec












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