Fonds de solidarité de la FTQ - Recentrage des activités au profit des PME
Des investissements de 2,6 milliards de dollars dans 2200 entreprises
À l'exception de la vente au détail, le Fonds de solidarité de la FTQ investit à peu près dans tous les secteurs d'activité économique. Plus de 2000 PME de toutes les tailles et de toutes les couleurs recourent à ce bailleur de fonds pour obtenir du financement et du soutien dans la gestion. Présent sur tout le territoire du Québec, le Fonds est avantageusement placé pour cerner l'ensemble de la problématique de la PME sur laquelle s'appuie une bonne partie de l'économie québécoise. Il en connaît le long et le large; il en mesure les forces et les faiblesses.
Pierre Genest est devenu président et directeur général de cette société de capital de développement au moment où elle avait elle aussi subi les ravages causés par la tempête des marchés. Le capitaine a vécu la période de repositionnement nécessaire pour assurer le cap du navire. Cette opération a pris le nom de «Plan de retour à la rentabilité»: «On a évalué les facteurs de réussite et d'insuccès des entreprises partenaires avec lesquelles nous avons collaboré au cours des 20 dernières années. On se penche beaucoup plus sur un certain nombre de ces facteurs.»
Les différents éléments du plan
M. Genest désigne le premier élément comme étant celui de la sous-capitalisation: «Même en des endroits où on investit, les entrepreneurs vont souvent utiliser seulement le capital minimum nécessaire pour se retrouver ainsi dans une position serrée à la fin de chaque mois. Maintenant, on insiste beaucoup pour qu'ils aillent chercher le capital nécessaire.» Le Fonds se montre aussi plus attentif au modèle de gestion des dirigeants de compagnies: «On est beaucoup plus prudent à l'égard de l'équipe de gestion, au sujet de sa diversité. Une entreprise qui est gérée par trois ingénieurs qui ont reçu la même formation, ça ne marche pas.» Un autre élément du plan a porté sur les études de marché relatives la main-d'oeuvre disponible, qui sont maintenant plus élaborées.
Les connaissances en économie donnent un souffle nouveau aux entreprises et le Fonds continue plus que jamais à miser sur le savoir: «Notre gros avantage, c'est qu'on donne de la formation économique à nos partenaires. On pousse beaucoup dans ce domaine. C'est extraordinaire ce que cette formation peut apporter dans le changement de mentalité et dans l'approche de la productivité des employés. Je le sais parce que je viens d'une entreprise associée au Fonds.» De plus, il ajoute que les équipes d'investissements ont été ramenées à une taille réduite en même temps qu'elles devenaient plus spécialisées: «On a du même coup formé des équipes multidisciplinaires. Lorsqu'on monte un dossier, dès le début, nos gens du juridique, de l'évaluation financière et des relations avec les travailleurs sont présents.»
Finalement, de nombreux efforts d'intégration, de fusion et d'achat sont en ce moment consentis à partir du portefeuille d'investissements actuel. Les dirigeants travaillent de même fortement dans le sens d'une association avec du capital en provenance de l'extérieur pour être en mesure de répondre aux besoins à long terme des entreprises en forte croissance.
Le Fonds très présent dans la petite PME
La petite et la moyenne entreprise occupe, et de loin, la première place dans les activités du Fonds de solidarité; au 30 juin dernier, celui-ci avait investi 2,6 milliards de dollars dans 2200 entreprises. En vertu de la loi, ce dernier doit respecter la règle suivante pour réaliser un premier investissement dans une entreprise: celle-ci doit posséder un capital inférieur à 20 millions $ ou disposer d'un actif de moins de 50 millions. Qui plus est, le Fonds soutient particulièrement les compagnies de 50 employés et moins, comme le laissent voir ces chiffres avancés par M. Genest: «Si on prend les 420 plus grandes d'entre elles, qui peuvent influer sur le résultat de la valeur du Fonds, il y en a 260 qui comptent moins de 50 travailleurs, et 100 où il y a de 50 à 200 employés et qui sont elles aussi considérées comme petites; une quarantaine en ont de 200 à 500 et une vingtaine, plus de 500. Cette pyramide montre qu'on intervient vraiment dans les petites entreprises de moins de 50 employés.»
Il ne fait aucun doute pour lui que l'économie québécoise est largement vivifiée par la présence de petits entrepreneurs: «Il est sûr que les entreprises de 200 employés et plus sont celles qui créent le plus d'emplois, paient les meilleurs salaires et sont davantage tournées vers l'exportation. Malgré cela, elles ne composent que 12 % du parc industriel contre 88 % pour les autres dont l'impact économique est très majeur.»
Champs d'activité et lieux d'intervention
Le Fonds de solidarité consacre 70 % de ses investissements à l'économie traditionnelle, qui crée le plus d'emplois, et l'autre 30 % aux nouvelles technologies: «On se dit que ces dernières représentent l'avenir et que de gros efforts ont été consentis pour leur développement par les gouvernements depuis les 20 ou 25 dernières années. On se limite à 30 %, parce que tout notre argent pourrait s'en aller là tellement la demande est forte de ce côté.»
Des sommes investies par le biais de divers programmes, parfois très spécialisés, servent à épauler les PME dans diverses régions du Québec. L'argent est confié aux gens de ces divers coins de pays, qui décident de son utilisation. Un fonds a ainsi été créé à des fins de projets d'innovation dans le secteur minier pour l'Abitibi-Témiscamingue, le Saguenay-Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord. Il en va de même pour plusieurs autres régions où chacun des fonds régionaux tient compte des ressources particulières en présence dans ses orientations et ses efforts de développement socioéconomique.
Le président s'inquiète du sort réservé présentement aux régions en termes de financement: «Il y a une certaine réalité qui est nouvelle et sur laquelle on va devoir se pencher. Les entreprises éprouvent de plus en plus de difficultés à obtenir des prêts garantis. Elles n'arrivent plus à trouver du financement usuel auprès des prêteurs habituels, qui sont les banques, dans les domaines forestier, minier et alimentaire.»
Les points forts et les limites
Pour compléter le portrait, Pierre Genest dégage les points majeurs des forces et des carences de la PME québécoise. L'esprit d'invention des gens retient d'abord son attention: «Mon grand-père me disait: "Pierre, on est un peuple de patenteux. On est créatifs et innovateurs; on déborde d'idées autour desquelles on bâtit des entreprises. Il suffit de penser à Bombardier, qui demeure le meilleur exemple au Québec."» Il souligne de même l'existence d'un capital humain instruit en raison du virage vers l'éducation effectué dans les années 1960. À son avis, les répercussions se font aujourd'hui sentir: «Nos entrepreneurs sont beaucoup mieux formés qu'il y a 40 ans. On a aussi produit une main-d'oeuvre qualifiée qui est travaillante; les entreprises étrangères qui viennent s'installer ici sont souvent surprises de la productivité de notre monde. On ne se traîne pas les pieds.»
Une fois reconnus ces côtés positifs, il se penche sur les travers moins intéressants: «Notre actionnaire principal, le patenteux qui a mis sur pied l'entreprise, il est très contrôlant. Il veut exercer le contrôle à 100 % et veut tout décider tout seul, en caressant l'espoir de laisser son entreprise à son fils ou à sa fille. C'est tout le contraire des Américains, qui essaient d'en créer trois durant leur vie afin de pouvoir les vendre toutes les trois et de mourir riches. Ça fait donc en sorte qu'on a des équipes de gestion qui ne sont pas assez diversifiées.»
Dans plusieurs régions surgit avec de plus en plus d'acuité le problème du manque de main-d'oeuvre spécialisée dans tous les secteurs en raison de l'abandon de la formation technique et professionnelle. Il existe de plus une faiblesse au niveau des marchés: «Malheureusement, au départ notre marché naturel est petit. En Californie, celui-ci est déjà plus gros que dans l'ensemble du Canada. Pour cette raison, les entrepreneurs doivent vite passer à l'exportation.»
Une étude du Fonds a porté sur les entreprises partenaires en croissance et sur celles qui connaissaient des difficultés; cette étude laisse voir un problème au niveau de la connaissance de ces marchés. Le président résume: «Ça démontre que, souvent, on tombe en amour avec un produit qu'on va s'acharner à bâtir jusqu'à ce qu'il soit parfait. Après quoi, on tente de le vendre. Nos compétiteurs capitalistes américains nous disent que, pour leur part, ils sont plutôt tombés en amour avec les marchés. Quand surgit une idée de produit, ils ont aussitôt le réflexe de se demander quel sera l'espace où il sera possible de l'écouler. Si ce marché s'avère important, ils passent à l'action.»
Pierre Genest est devenu président et directeur général de cette société de capital de développement au moment où elle avait elle aussi subi les ravages causés par la tempête des marchés. Le capitaine a vécu la période de repositionnement nécessaire pour assurer le cap du navire. Cette opération a pris le nom de «Plan de retour à la rentabilité»: «On a évalué les facteurs de réussite et d'insuccès des entreprises partenaires avec lesquelles nous avons collaboré au cours des 20 dernières années. On se penche beaucoup plus sur un certain nombre de ces facteurs.»
Les différents éléments du plan
M. Genest désigne le premier élément comme étant celui de la sous-capitalisation: «Même en des endroits où on investit, les entrepreneurs vont souvent utiliser seulement le capital minimum nécessaire pour se retrouver ainsi dans une position serrée à la fin de chaque mois. Maintenant, on insiste beaucoup pour qu'ils aillent chercher le capital nécessaire.» Le Fonds se montre aussi plus attentif au modèle de gestion des dirigeants de compagnies: «On est beaucoup plus prudent à l'égard de l'équipe de gestion, au sujet de sa diversité. Une entreprise qui est gérée par trois ingénieurs qui ont reçu la même formation, ça ne marche pas.» Un autre élément du plan a porté sur les études de marché relatives la main-d'oeuvre disponible, qui sont maintenant plus élaborées.
Les connaissances en économie donnent un souffle nouveau aux entreprises et le Fonds continue plus que jamais à miser sur le savoir: «Notre gros avantage, c'est qu'on donne de la formation économique à nos partenaires. On pousse beaucoup dans ce domaine. C'est extraordinaire ce que cette formation peut apporter dans le changement de mentalité et dans l'approche de la productivité des employés. Je le sais parce que je viens d'une entreprise associée au Fonds.» De plus, il ajoute que les équipes d'investissements ont été ramenées à une taille réduite en même temps qu'elles devenaient plus spécialisées: «On a du même coup formé des équipes multidisciplinaires. Lorsqu'on monte un dossier, dès le début, nos gens du juridique, de l'évaluation financière et des relations avec les travailleurs sont présents.»
Finalement, de nombreux efforts d'intégration, de fusion et d'achat sont en ce moment consentis à partir du portefeuille d'investissements actuel. Les dirigeants travaillent de même fortement dans le sens d'une association avec du capital en provenance de l'extérieur pour être en mesure de répondre aux besoins à long terme des entreprises en forte croissance.
Le Fonds très présent dans la petite PME
La petite et la moyenne entreprise occupe, et de loin, la première place dans les activités du Fonds de solidarité; au 30 juin dernier, celui-ci avait investi 2,6 milliards de dollars dans 2200 entreprises. En vertu de la loi, ce dernier doit respecter la règle suivante pour réaliser un premier investissement dans une entreprise: celle-ci doit posséder un capital inférieur à 20 millions $ ou disposer d'un actif de moins de 50 millions. Qui plus est, le Fonds soutient particulièrement les compagnies de 50 employés et moins, comme le laissent voir ces chiffres avancés par M. Genest: «Si on prend les 420 plus grandes d'entre elles, qui peuvent influer sur le résultat de la valeur du Fonds, il y en a 260 qui comptent moins de 50 travailleurs, et 100 où il y a de 50 à 200 employés et qui sont elles aussi considérées comme petites; une quarantaine en ont de 200 à 500 et une vingtaine, plus de 500. Cette pyramide montre qu'on intervient vraiment dans les petites entreprises de moins de 50 employés.»
Il ne fait aucun doute pour lui que l'économie québécoise est largement vivifiée par la présence de petits entrepreneurs: «Il est sûr que les entreprises de 200 employés et plus sont celles qui créent le plus d'emplois, paient les meilleurs salaires et sont davantage tournées vers l'exportation. Malgré cela, elles ne composent que 12 % du parc industriel contre 88 % pour les autres dont l'impact économique est très majeur.»
Champs d'activité et lieux d'intervention
Le Fonds de solidarité consacre 70 % de ses investissements à l'économie traditionnelle, qui crée le plus d'emplois, et l'autre 30 % aux nouvelles technologies: «On se dit que ces dernières représentent l'avenir et que de gros efforts ont été consentis pour leur développement par les gouvernements depuis les 20 ou 25 dernières années. On se limite à 30 %, parce que tout notre argent pourrait s'en aller là tellement la demande est forte de ce côté.»
Des sommes investies par le biais de divers programmes, parfois très spécialisés, servent à épauler les PME dans diverses régions du Québec. L'argent est confié aux gens de ces divers coins de pays, qui décident de son utilisation. Un fonds a ainsi été créé à des fins de projets d'innovation dans le secteur minier pour l'Abitibi-Témiscamingue, le Saguenay-Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord. Il en va de même pour plusieurs autres régions où chacun des fonds régionaux tient compte des ressources particulières en présence dans ses orientations et ses efforts de développement socioéconomique.
Le président s'inquiète du sort réservé présentement aux régions en termes de financement: «Il y a une certaine réalité qui est nouvelle et sur laquelle on va devoir se pencher. Les entreprises éprouvent de plus en plus de difficultés à obtenir des prêts garantis. Elles n'arrivent plus à trouver du financement usuel auprès des prêteurs habituels, qui sont les banques, dans les domaines forestier, minier et alimentaire.»
Les points forts et les limites
Pour compléter le portrait, Pierre Genest dégage les points majeurs des forces et des carences de la PME québécoise. L'esprit d'invention des gens retient d'abord son attention: «Mon grand-père me disait: "Pierre, on est un peuple de patenteux. On est créatifs et innovateurs; on déborde d'idées autour desquelles on bâtit des entreprises. Il suffit de penser à Bombardier, qui demeure le meilleur exemple au Québec."» Il souligne de même l'existence d'un capital humain instruit en raison du virage vers l'éducation effectué dans les années 1960. À son avis, les répercussions se font aujourd'hui sentir: «Nos entrepreneurs sont beaucoup mieux formés qu'il y a 40 ans. On a aussi produit une main-d'oeuvre qualifiée qui est travaillante; les entreprises étrangères qui viennent s'installer ici sont souvent surprises de la productivité de notre monde. On ne se traîne pas les pieds.»
Une fois reconnus ces côtés positifs, il se penche sur les travers moins intéressants: «Notre actionnaire principal, le patenteux qui a mis sur pied l'entreprise, il est très contrôlant. Il veut exercer le contrôle à 100 % et veut tout décider tout seul, en caressant l'espoir de laisser son entreprise à son fils ou à sa fille. C'est tout le contraire des Américains, qui essaient d'en créer trois durant leur vie afin de pouvoir les vendre toutes les trois et de mourir riches. Ça fait donc en sorte qu'on a des équipes de gestion qui ne sont pas assez diversifiées.»
Dans plusieurs régions surgit avec de plus en plus d'acuité le problème du manque de main-d'oeuvre spécialisée dans tous les secteurs en raison de l'abandon de la formation technique et professionnelle. Il existe de plus une faiblesse au niveau des marchés: «Malheureusement, au départ notre marché naturel est petit. En Californie, celui-ci est déjà plus gros que dans l'ensemble du Canada. Pour cette raison, les entrepreneurs doivent vite passer à l'exportation.»
Une étude du Fonds a porté sur les entreprises partenaires en croissance et sur celles qui connaissaient des difficultés; cette étude laisse voir un problème au niveau de la connaissance de ces marchés. Le président résume: «Ça démontre que, souvent, on tombe en amour avec un produit qu'on va s'acharner à bâtir jusqu'à ce qu'il soit parfait. Après quoi, on tente de le vendre. Nos compétiteurs capitalistes américains nous disent que, pour leur part, ils sont plutôt tombés en amour avec les marchés. Quand surgit une idée de produit, ils ont aussitôt le réflexe de se demander quel sera l'espace où il sera possible de l'écouler. Si ce marché s'avère important, ils passent à l'action.»
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