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Une entrevue avec Richard Fahey - Optimisme chez les «petits» entrepreneurs

«37 % des PME du Québec prévoient engager du personnel»

Claude Lafleur   18 octobre 2003  Emploi
Malgré le ralentissement de l'économie observé ces derniers mois, les dirigeants de nos entreprises sont optimistes pour l'année 2004. C'est du moins ce que rapporte la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante dans sa plus récente enquête auprès de ses membres. Chaque trimestre, la FCEI sonde un échantillon représentatif de ses 100 000 membres (dont 20 000 au Québec) — essentiellement des chefs d'entreprise qui comptent moins de 50 employés — pour voir comment ceux-ci envisagent leur avenir.

Le plus récent «baromètre trimestriel des affaires» montre un regain d'optimisme chez ces dirigeants. Ainsi, 29 % d'entre eux prévoient embaucher du personnel à temps plein au cours de la prochaine année (alors que 9 % s'attendent à réduire leurs effectifs). De plus, 39 % de ces patrons estiment que la performance actuelle de leur entreprise est plus forte qu'à la même période l'an dernier (bien que 31 % d'entre eux rapportent le contraire).

Pour Richard Fahey, vice-président Québec de la FCEI, son organisation produit ainsi l'un des indices les plus fiables qui soit quant à ce que nous réserve l'avenir. Il cite par exemple qu'à la suite du 11 septembre, «tous les économistes prédisaient l'"enfer" alors que notre Fédération disait, après avoir sondé nos membres, que la situation serait difficile pour le reste de l'année [2001] mais qu'en 2002, tout irait bien». Il enchaîne avec un brin de fierté en rappelant que 2002 a justement été une année exceptionnelle: «C'est une année record, dit-il, puisque, par exemple, les PME québécoises ont créé au-delà de 80 % des quelque 140 000 nouveaux emplois! C'est donc nous qui avions raison», ajoute-t-il en souriant.

Richard Fahey précise que l'indice de la FCEI reflète même fidèlement l'évolution du produit intérieur brut (PIB). «Autrement dit, explique-t-il, si les PME se portent bien, le PIB se porte bien aussi, alors que si ce dernier va mal, c'est parce que les PME ne vont pas bien...» À ses yeux, cela démontre clairement que l'un des principaux facteurs de la croissance économique du Canada est la performance des PME. «Je fais donc confiance à nos membres, ajoute-t-il, car leur niveau d'optimisme pour l'année 2004 est lié à la réalité du terrain.»

« Si vous désirez un emploi, allez dans le professionnel technique ! »

M. Fahey caractérise 2003 comme l'année des «crisettes», rappelant les épisodes du SRAS, de la vache folle, et l'appréciation fulgurante du dollar canadien. Il considère d'ailleurs que les PME québécoises vont actuellement «relativement bien» en se basant sur le fait qu'au cours de septembre, il y a eu une augmentation importante de la demande de consommation. «Quand les consommateurs achètent davantage, c'est l'économie qui va mieux. Il y a donc là un bon signe de croissance à l'horizon.»

À l'appui de ses dires, il rappelle aussi les dernières données économiques livrées par Statistique Canada et qui indiquent que le PIB a crû de 0,6 % en juillet. «J'ai donc l'impression qu'on va assister à une reprise de l'emploi, énonce-t-il. D'ailleurs, 37 % des PME du Québec [et 30 % ailleurs au Canada] prévoient engager du personnel.» Richard Fahey ne peut s'empêcher de souligner que, «une fois de plus, le Québec est en avance sur nos homologues canadiens en termes d'expectative de création d'emplois!».

Il note au passage qu'environ 50 000 emplois ne sont actuellement pas comblés au Québec. «Il ne s'agit pas d'emplois de niveau universitaire, mais du professionnel technique. C'est vraiment là que sont les besoins du marché du travail, insiste-t-il. Donc, tout jeune qui rêve d'un avenir assuré et profitable devrait se diriger vers le secteur professionnel. Ça fait des années qu'on le dit mais pourtant les gens continuent d'aller à l'université!»



Bonne nouvelle : un nouveau gouvernement à Québec

Selon le représentant québécois de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, le fait d'avoir changé de gouvernement à Québec a déjà eu des impacts bénéfiques pour ses membres. «Le gouvernement libéral a une plateforme PME assez développée, relate Richard Fahey, ce qui est dès le départ rassurant. Il reconnaît ainsi l'importance de ce segment, qui représente tout de même 98 % des entreprises québécoises et plus de la moitié des emplois.»

De surcroît, deux mesures favorables aux PME ont été annoncées en juin par le ministre des Finances Yves Séguin lors du premier budget. La première visait l'aide financière gouvernementale mal adaptée aux PME. «Nous jugions anormal que 50 % des crédits d'impôt bénéficient à moins de dix entreprises au Québec, indique le vice-président Québec de la FCEI. Or, le gouvernement a entrepris de faire le ménage et il a réduit la taxe sur le capital pour les PME.»

De surcroît, le gouvernement a aboli la «taxe du 1 %» sur la formation en entreprise pour toute PME dont la masse salariale est inférieure à un million de dollars. Depuis 1976, il obligeait les entreprises à lui faire état des formations qu'elles accordent à leurs employés. «Depuis le début, nous disions que ce n'est pas la bonne façon de stimuler les PME à faire de la formation», relate M. Fahey. Il rapporte d'ailleurs que la loi n'a pas généré ses effets puisque, au moment de sa mise en vigueur, environ 80 % des PME faisaient déjà de la formation... alors qu'en 2003, il n'y en aurait plus que 74 %.

À surveiller : la réingénierie annoncée

La Fédération ne voit cependant pas d'un bon oeil la «réingénierie» que s'apprête à mettre en oeuvre le gouvernement. «Il est difficile pour nous de voir en quoi constituera cette réingénierie, indique M. Fahey. Je pense qu'il faut revoir notre modèle de l'État et se demander ce qui est essentiel que l'État offre [sic]. Je pense qu'il faut faire ce questionnement, mais quelles en seront les conséquences, ça, c'est une autre discussion!»

Le FCEI ne favorise pas non plus le recours à tout prix à la sous-traitance, «Nous ne sommes pas "idéologiques" à la FCEI, mais plutôt pragmatiques, lance Richard Fahey. Nous disons donc au gouvernement que, avant d'aller en sous-traitance, il faudrait faire des appels d'offres simplement pour savoir à quel prix une tâche pourrait être réalisée. Que le syndicat fasse une proposition et que l'entreprise privée en fasse une autre, et déterminons quelle option est la plus favorable. Nous prétendons que ce processus d'appels d'offres permettra au moins d'évaluer la valeur du travail et, à partir de là, le gouvernement devra faire des choix...»
 
 
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