Un 1er mai pour travailleurs indignés
Ce sont des travailleurs indignés qui soulignent mercredi la Fête internationale des travailleurs. La réforme de l’assurance-emploi du gouvernement fédéral tout comme les révélations de collusion et de corruption à la commission Charbonneau en motivent plusieurs à manifester plutôt qu’à célébrer.
Les modifications au régime de l’assurance-emploi, vivement dénoncées par la société civile et les différents partis politiques du Québec, étaient à l’ordre du jour cet avant-midi lors d’une rencontre entre les représentants des grandes centrales syndicales et la première ministre, qui partage l’indignation des travailleurs.
Renouant avec une tradition interrompue ces dernières années, le président de la FTQ, Michel Arsenault, celui de la CSN, Jacques Létourneau, et Louise Chabot de la CSQ ont rencontré Pauline Marois en ce 1er mai pour lui faire part des préoccupations des travailleurs. Québec doit redoubler d’effort afin de contrer cette réforme, demandent-ils. Les chefs syndicaux ont aussi abordé d’autres questions, telles que les paradis fiscaux et l’atteinte de l’équilibre budgétaire qui devrait être reportée selon eux.
Sensibiliser le public
Au même moment, la branche montréalaise de la Coalition contre la réforme de l’assurance-emploi mettait en scène une difficile recherche d’emploi dans les rues de la métropole afin de sensibiliser le public aux effets de la réforme.
« L’obligation d’accepter un emploi à 70 % du salaire précédent augmentera encore la pauvreté à Montréal, sans compter la pression que cette mesure imposera à l’ensemble des travailleuses et travailleurs pour des salaires à la baisse », a affirmé dans un communiqué la porte-parole de l’organisme Au bas de l’échelle, Carole Henry, soulignant que près de la moitié des Montréalais ont des emplois saisonniers ou atypiques.
De son côté, le président régional du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) estime qu’Ottawa a lancé une véritable « chasse aux sorcières ». « Ce n’est pas un hasard si plus de 50 000 personnes en provenance de partout au Québec ont marché le 27 avril dernier ! », affirme-t-il.
Samedi dernier, des milliers de travailleurs en colère, provenant de plusieurs régions du Québec, ont marché dans les rues de Montréal pour dénoncer cette situation. Depuis son entrée en vigueur au début de l’année, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du Québec et des Maritimes, particulièrement touchées par cette réforme qui resserre notamment les critères d’indemnisation des travailleurs saisonniers. Avec ces modifications, au moins 8000 chômeurs n’auront plus de prestations, estime le gouvernement fédéral.
Une manifestation contre la réforme de l’assurance-emploi est aussi prévue ce soir, à Québec, devant des bureaux de Service Canada près de la Gare du Palais.
Des anticapitalistes s’invitent au 357c
La commission Charbonneau donne aussi des munitions à ceux qui organisent chaque année une manifestation marquant la Journée internationale des travailleurs.
« On s’invite au club sélect 357c », indique l’invitation à manifester diffusée par la Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC). La manifestation du 1er mai qui doit débuter à 18 h sur le Champ-de-Mars devant l’hôtel de ville de Montréal se dirigera vers le club privé, dans le Vieux-Montréal.
Lors de la commission Charbonneau, on y a appris que des ingénieurs, des entrepreneurs en construction, des politiciens et des collecteurs de fonds s’y rencontraient. Les ex-ministres libéraux Line Beauchamp et Tony Tomassi ont entre autres participé à des activités au 357c. « Portons notre colère directement aux officines secrètes du pouvoir : ces clubs privés où les élites politiques et économiques fricotent et conspirent contre le peuple », indique la CLAC qui veut aussi dénoncer les mesures d’austérités imposées aux travailleurs et aux plus démunis, comme la réforme de l’assurance-emploi et la réforme de l’aide sociale à Québec.
Dans la rue
Ailleurs dans le monde, des dizaines de milliers de travailleurs mal payés ont profité de la fête des Travailleurs, le 1er mai, pour réclamer de meilleurs salaires et une amélioration de leurs conditions de travail une semaine après que l’effondrement d’un immeuble au Bangladesh ait mis en relief les dangers qui pèsent sur eux.
Des travailleurs de l’Indonésie, du Cambodge, des Philippines et d’ailleurs sont descendus dans les rues pour faire valoir leurs revendications. Ils affirment que leurs employeurs leur en demandent toujours plus, alors que le coût de la vie ne cesse d’augmenter. L’Asie est le cœur manufacturier de plusieurs des principales multinationales de la planète.
Des milliers de travailleurs de l’industrie du textile ont aussi manifesté au Bangladesh pour réclamer de meilleures mesures de sécurité et pour demander que le propriétaire de l’immeuble soit condamné à mort.
En Indonésie, le quatrième pays le plus peuplé du monde, des dizaines de milliers de travailleurs ont manifesté en faveur de meilleurs salaires et d’une fin à la sous-traitance. Ils ont aussi dénoncé l’intention du gouvernement d’abolir les subventions qui rendent l’essence très peu dispendieuse.
Aux Philippines, quelque 8000 personnes ont défilé dans les rues de Manille pour demander une hausse de leurs salaires et des emplois permanents, au lieu de postes contractuels. Certains ont manifesté devant l’ambassade américaine, où ils ont fait brûler une affiche présentant le président philippin, Benigno Aquino III, comme un serviteur de Barack Obama.
Environ 3000 personnes ont manifesté à Singapour, où les démonstrations publiques sont excessivement rares. Les manifestants ont dénoncé la hausse des inégalités sociales, la rémunération élevée des ministres et la compétition des travailleurs étrangers.
La violence a éclaté en Turquie, quand des manifestants ont tenté de défoncer les barrières policières pour se rendre jusqu’à la place Taksim d’Istanboul. Les autorités rapportent une vingtaine d’arrestations et quelques blessés. La place est un lieu de rassemblement symbolique pour les travailleurs turcs, mais elle est fermée cette année pour des travaux de rénovation. Environ 22 000 policiers avaient été déployés pour maintenir l’ordre.
Les politiques d’austérité ont eu un écho particulier en Europe en cette Journée des travailleurs. Des dizaines de milliers de travailleurs ont manifesté dans plusieurs pays pour dénoncer les effets des compressions budgétaires et la hausse du chômage.
Finalement, en Grèce, les services de traversiers ainsi que les trains ont été paralysés quand les syndicats ont déclenché une grève à l’occasion du 1er mai. Les principaux syndicats du pays dénoncent l’explosion du taux de chômage et les mesures d’austérité annoncées par le gouvernement. Le pays est en récession depuis six ans.
Avec La Presse canadienne et Associated Press
Finalement, en Grèce, les services de traversiers ainsi que les trains ont été paralysés quand les syndicats ont déclenché une grève à l’occasion du 1er mai. Les principaux syndicats du pays dénoncent l’explosion du taux de chômage et les mesures d’austérité annoncées par le gouvernement. Le pays est en récession depuis six ans.
Avec La Presse canadienne et Associated Press







