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États-Unis - Baisse inattendue du taux de chômage

Des chiffres qui tombent à point pour le président sortant, Barack Obama

6 octobre 2012 | Agence France-Presse | Emploi
Les chiffres sur l’emploi publiés vendredi ont souri au président Barack Obama qui faisait campagne en Virginie.
Photo : Agence France-Presse Chip Somodevilla Les chiffres sur l’emploi publiés vendredi ont souri au président Barack Obama qui faisait campagne en Virginie.
Le rapport officiel sur l’emploi aux États-Unis a créé une double surprise vendredi en révélant une baisse du chômage à son niveau le plus faible depuis l’entrée en fonction du président Barack Obama en janvier 2009, et une hausse poussive des embauches.

À un mois et un jour de l’élection présidentielle américaine qui opposera le président sortant au représentant du Parti républicain, Mitt Romney, les chiffres du département du travail apportent à chacun des deux camps de quoi alimenter sa rhétorique contre l’autre. Ainsi, le président Barack Obama a salué vendredi la nette baisse du taux de chômage aux États-Unis, estimant qu’elle montrait que le pays allait « à nouveau de l’avant » et mettant en garde contre le « retour en arrière » défendu selon lui par son adversaire Mitt Romney.


« Nous allons à nouveau de l’avant », s’est écrié M. Obama devant près de 2000 partisans rassemblés dans un auditorium de l’université George-Mason en Virginie. « Ce pays est allé trop loin pour revenir en arrière aujourd’hui », a également lancé M. Obama.


Alors que M. Romney avait jugé avant lui vendredi matin que ces chiffres ne reflétaient pas « une vraie reprise », M. Obama, très combatif, lui a rétorqué que « les nouvelles d’aujourd’hui ne sont certainement pas une raison pour essayer de dire du mal de l’économie afin de marquer quelques points » dans l’opinion. M. Obama a aussi ironisé sur ce qu’il estime être une tentative de recentrage de M. Romney : « Mon adversaire a essayé […] de se repositionner et d’opérer un ravalement de façade radical ».


Selon le ministère, le taux de chômage américain a connu en septembre sa baisse la plus forte en 21 mois : il a reculé de 0,3 point par rapport à août pour tomber à 7,8 %, alors que la prévision médiane des analystes le donnait stable. Les créations d’emploi nettes ont cependant reculé de 20 % par rapport à août pour s’établir à 114 000 en septembre, leur niveau le plus faible en trois mois. Les embauches du secteur privé ont certes augmenté de 7 %, mais à 104 000, leur niveau de septembre apparaît nettement inférieur à ce sur quoi tablaient les analystes (130 000).


Les chiffres du gouvernement interdisent au Parti républicain de continuer à accuser M. Obama d’être responsable du maintien d’un chômage supérieur à 8 % depuis le mois ayant suivi son entrée à la Maison-Blanche, mais M. Romney a réagi rapidement à leur publication en affirmant qu’ils ne témoignaient « pas d’une vraie reprise ». La Maison-Blanche a tenu pour sa part le même discours que le mois précédent : la tâche n’est pas accomplie mais « les chiffres d’aujourd’hui apportent des preuves supplémentaires » du rétablissement de l’économie après la récession terrible de 2007-2009.


Le pays est effectivement encore loin de s’être remis de la crise. Les chiffres officiels montrent que le taux d’activité [mesurant le nombre des personnes employées ou cherchant activement du travail par rapport à l’ensemble de la population] était en septembre à peine supérieur à ce qu’il était en août, où il avait touché son niveau le plus faible depuis 1981.


Plusieurs économistes notaient vendredi que cet indicateur explique et relativise le reflux du taux de chômage officiel depuis son pic de 10 % atteint en octobre 2009. Harm Bandholz, de la banque UniCredit note ainsi que pour obtenir la baisse de 1,3 point annoncée pour les douze derniers mois, le pays aurait dû créer 250 000 emplois par mois en moyenne, alors qu’il n’en a créé que 150 000.


L’amélioration du taux de chômage résulte en fait essentiellement de la non-comptabilisation de millions de chômeurs. Pour avoir une idée réelle du fléau, il faut ajouter aux 12,1 millions de chômeurs « officiels » 6,4 millions de personnes désirant un emploi mais que le ministère exclut de ses calculs car elles ont cessé de chercher, ne cherchent pas activement, ou pour d’autres raisons encore.


Selon Peter Morici, professeur d’économie à l’Université du Maryland, le taux de chômage serait en fait de 9,8 % « si le taux d’activité était le même aujourd’hui » qu’en octobre 2009.

***
 

Un complot politique ?

La baisse du taux de chômage au-dessous de 8 % aux États-Unis n’était pas sitôt annoncée vendredi que la théorie du complot enflait : la Maison-Blanche aurait manipulé les chiffres pour soutenir la campagne présidentielle de Barack Obama.
 

Dans les secondes suivant l’annonce par le ministère du Travail, le site financier Zerohedge twitte : « Complète manipulation des chiffres. Quelle farce. » Très vite, un grand nom du monde des affaires prend le relais. « Incroyables chiffres de l’emploi… Ces types de Chicago ne reculent devant rien… Sont nuls au débat, alors changent les chiffres », twitte Jack Welch, ancien patron du conglomérat General Electric.
 

Au fil des heures, de nombreux commentateurs conservateurs font écho aux accusations de Jack Welch. « Les chiffres de l’emploi de la secrétaire au Travail, Hilda Solis, sont carrément de la propagande pro-Obama », lance la présentatrice de radio Laura Ingraham.
 

Interrogée sur la chaîne financière CNBC, la ministre de l’Emploi se dit « insultée » par ces allégations. « Nous avons un service public très professionnel, avec des économistes de très haut niveau au Bureau des statistiques du travail », affirme-t-elle. « Ce genre d’accusation est ridicule. »

 
 
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