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Traumatisés

7 mai 2012 | Éric Desrosiers | Emploi
Le chômage peut constituer une expérience traumatisante pour les individus comme pour les sociétés. Surtout lorsqu’il frappe tôt et dure longtemps.

Les nouvelles sur le front de l’emploi dans les pays développés faisaient peur à voir la semaine dernière. À tout seigneur tout honneur, l’Europe a rapporté des niveaux de chômage records de près de 11 % de la population active au mois de mars dans la zone euro, mais de 14,5 % en Irlande, de 15,3 % au Portugal, de 21,7 % en Grèce et de 24,1 % en Espagne. En comparaison, les statistiques américaines dévoilées vendredi (8,1 %) avaient presque l’air de venir d’une économie de plein emploi, même si l’on est encore loin de ce qui serait considéré comme un retour à la normale (entre 5,2 % et 6 %), que les autorités ne croient pas qu’un tel retour sera effectué même dans deux ans et que les États-Unis n’ont pas vu autant de gens ayant carrément abandonné toute recherche d’emploi depuis 1981.


Près de trois ans après le début de la reprise économique, « environ 50 millions d’emplois font toujours défaut par rapport à la situation qui prévalait avant la crise », observait, il y a une semaine, un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT), et la situation « ne laisse entrevoir aucun redressement dans un avenir proche ».


Les chiffres sont bien plus affolants encore chez les jeunes. Selon les statistiques officielles, leur taux de chômage est de 13,2 %, pour les 20-24 ans, et de 24,9 %, pour les 16-19 ans, aux États-Unis. Dans la zone euro, cette proportion s’élève en moyenne à 22 % chez les moins de 25 ans, mais dépasse les 30 %, au Portugal, en Italie et en Irlande, et les 50 %, en Espagne et en Grèce. Ces proportions seraient plus élevées encore si des centaines de milliers de jeunes ne préféraient pas, à la place, rester aux études, disent les experts.


Ce drame n’a pas que des conséquences directes sur le niveau de vie des ménages touchés, la croissance économique des nations et l’état des finances publiques. Il vient aussi augmenter le taux de pauvreté, creuser les inégalités et nourrir une frustration populaire propice à la recherche de boucs émissaires (immigrants, minorités, pauvres, banquiers…) et à tous les discours populistes.

 

Dommages à long terme


Plus le problème se prolonge, plus il risque aussi de laisser des séquelles permanentes. Or, plus de 40 % des chômeurs des pays développés sont sans travail depuis un an ou plus.


Selon les experts, il ne faut pas tellement de temps avant qu’un chômeur commence à perdre la motivation et la confiance en soi nécessaires pour trouver un emploi, en plus d’être regardé avec méfiance par les employeurs. Après seulement un an, il commence également à être moins habile à accomplir ses anciennes tâches. La crainte est donc de voir la hausse conjoncturelle du chômage causé par la crise prendre racine et se transformer en chômage structurel incompressible.


Même si les chômeurs finissent par se trouver de nouveaux emplois, leurs conditions de travail et leurs rémunérations risquent fort de rester dépréciées tout le reste de leurs carrières.


L’une des raisons à cela est que les récessions servent d’accélérateurs aux changements technologiques et que l’emploi qu’on a perdu n’existe souvent plus lorsque la crise est passée. Selon une étude citée le mois dernier dans le Globe Mail, plus de 90 % des emplois semi-qualifiés perdus depuis 30 ans aux États-Unis - et à l’origine de l’effritement de la classe moyenne - ont disparu durant la période de 12 mois entourant une récession.


Ces phénomènes font particulièrement peur quand on pense aux jeunes chômeurs. Un autre rapport de l’OIT mettait en garde, cet automne, contre le « traumatisme » de toute une génération de jeunes travailleurs confrontés à ce « dangereux mélange de chômage constamment élevé, d’inactivité et de travail précaire croissants ».


Cette histoire de « traumatisme » semblera peut-être exagérée aux Canadiens, qui ont eu la chance de relativement bien s’en tirer cette fois, mais apparaîtra sûrement bien familière à ceux qui sont arrivés dans le marché du travail lors des terribles crises économiques du début des années 80 et du début des années 90. À cette époque, le taux de chômage des 16-24 ans dépassait aussi les 22 % au Québec.


De toutes les tranches d’âge de la société québécoise, les 45-54 ans sont d’ailleurs ceux qui ont été les plus portés à définir la prospérité comme « une société où les emplois abondent et les salaires sont convenables », dans un sondage réalisé pour le compte de l’Association des économistes québécois et cité mercredi dans Le Devoir.


Qu’est-ce à dire ? Selon l’OIT, il faut enfin faire de la lutte contre le chômage un objectif au moins aussi prioritaire que l’assainissement des finances publiques. « Depuis 2010, et malgré les discours […] la stratégie politique s’est détournée de la création d’emplois et de l’amélioration des conditions de travail pour se concentrer sur une combinaison d’austérité budgétaire et de réformes drastique du marché du travail [aux] conséquences désastreuses sur les marchés du travail en général et sur la création d’emplois en particulier. »

 
 
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