Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Institut de coopération pour l'éducation des adultes - L'éducation des adultes doit redevenir une priorité

1 mars 2012 | Jessica Nadeau | Emploi
Le directeur général de l’ICÉA, Ronald Cameron, souhaite que le Québec redevienne un chef de file en matière d’éducation des adultes d’ici les cinq prochaines années.<br />
Photo : ICÉA Le directeur général de l’ICÉA, Ronald Cameron, souhaite que le Québec redevienne un chef de file en matière d’éducation des adultes d’ici les cinq prochaines années.
Le Conseil international de l'éducation des adultes se tiendra au Québec en 2014Longtemps reconnu comme un chef de file en matière d'éducation des adultes, le Québec piétine et doit donner un sérieux coup de barre s'il veut relever les enjeux de taille qui l'attendent, avec la complexification de la société et le vieillissement de la population, estime Ronald Cameron, directeur général de l'Institut de coopération pour l'éducation des adultes (ICÉA).

«Pendant toute une période, le Québec a été à l'avant-scène des initiatives en éducation des adultes, surtout au début des années 2000. Beaucoup a été fait, je dois le reconnaître, mais il y a aujourd'hui des réalités nouvelles auxquelles il faut faire face. Il y a un effort qui manque actuellement, car la situation ne s'améliore pas.»

L'Institut de coopération pour l'éducation des adultes est un think-thank en éducation des adultes qui fait à la fois de la recherche, de l'analyse, du lobbying et du travail de concertation.

Au sein de son conseil d'administration, on retrouve tous les grands acteurs du monde de l'éducation, du travail et de l'action communautaire: syndicats, groupes communautaires en alphabétisation, réseaux d'organismes d'insertion sociale et d'employabilité, de même que plusieurs établissements d'enseignement et la Fédération des commissions scolaires du Québec.

En poste depuis six mois à titre de directeur général de cet organisme sexagénaire, Ronald Cameron entend donner un véritable coup de barre en vue d'accroître l'accessibilité des adultes à l'éducation et à la formation en continu.

«Le positionnement que le Québec va avoir dans les années futures se fera en fonction de sa capacité à offrir à sa population des moyens de progresser sur le plan des savoirs, des savoir-faire et des connaissances. Si nous ne prenons pas les moyens, dans les prochaines années, de donner un coup de barre, tout le retard que nous allons prendre va être beaucoup plus difficile à surmonter.»

Vieillissement de la population

Selon les analyses de l'Institut, il y a une fracture importante dans la société, puisqu'une grande partie de la population se trouve démunie devant les exigences accrues et pourtant nécessaires pour survivre et s'intégrer dans la société d'aujourd'hui. Et cette disparité ne fera que s'accroître avec le développement des nouvelles technologies et le vieillissement de la population, prévoit Ronald Cameron.

«Si rien n'est fait dans les cinq ou dix prochaines années, on va se retrouver dans les années 2020 avec une population beaucoup plus vieille et beaucoup plus démunie, dénonce Ronald Cameron. Il y a urgence parce que les villes deviennent des mégavilles où l'accès aux services devient beaucoup plus compliqué. Les nouvelles technologies deviennent extrêmement importantes pour l'accès aux services, mais ce n'est pas donné à tout le monde. Non seulement parce qu'il y a des gens qui n'ont pas d'ordinateur, mais parce que certaines personnes ne savent tout simplement pas comment s'en servir.»

Il donne divers exemples pour illustrer la complexification de la société, du transport à un simple passage à l'hôpital, où un patient doit désormais circuler dans différents circuits pour obtenir des services. Il parle aussi des enjeux écologiques, extrêmement complexes, qui nécessitent un certain nombre de connaissances de base pour pouvoir participer au débat public.

L'écart se creuse

Or, constate Ronald Cameron, l'écart se creuse entre ceux qui sont socialement opérationnels et ceux qui ne le sont pas.

«Il y a la moitié de la population à travers le Canada qui est dans des groupes dits de littératie, c'est-à-dire qui ne sont pas complètement analphabètes, mais qui ne sont pas opérationnels dans la société, qui vont avoir, par exemple, de la difficulté à comprendre la posologie d'un médicament.»

Ce qui inquiète le directeur général de l'ICÉA, c'est que les politiques publiques s'articulent souvent autour de projets visant à faire changer les statistiques. «On va s'attarder à financer des projets facilitant le passage de ceux qui sont sur le seuil de passer dans une autre statistique permettant de démontrer que la chose s'améliore, et on néglige les populations qui sont les plus éloignées.»

Pour une société plus juste

Un autre élément préoccupant, selon Ronald Cameron, est l'inertie dans le monde du travail pour la formation des adultes. «Ça ne progresse pas dans le monde du travail non plus, déplore-t-il. C'est pourtant l'essentiel des activités de la vaste majorité de la population. Alors, s'il n'y a plus d'efforts déployés dans les milieux où se retrouve la population en général, nous avons là un problème de valorisation de l'éducation pour les adultes. Et je ne parle pas que d'éducation des adultes, mais bien d'éducation pour les adultes.»

Il ajoute que, si le Québec accuse désormais un retard sur les autres provinces canadiennes, c'est tout le Canada qui est à la traîne comparativement à ce qui se fait en Europe, comme la reconnaissance du congé avec rémunération pour la formation, un principe de l'Organisation internationale du travail que le Canada ne reconnaît pas.

«On dit que l'éducation est un investissement, c'est vrai. Mais c'est beaucoup plus, sur le plan de la poursuite de l'égalité des chances, de la poursuite d'une société plus juste, d'une société qui est capable de gouverner son destin», s'enflamme Ronald Cameron.

«Une population éduquée, une population qui poursuit de hauts standards de formation est celle qui est le plus à même de se responsabiliser devant les nouveaux enjeux et d'entreprendre de nouveaux projets. L'éducation des adultes, c'est un enjeu économique, mais c'est aussi, beaucoup, un enjeu de société et de démocratie.»

Ronald Cameron souhaite que le Québec redevienne un chef de file en matière d'éducation des adultes dans les cinq prochaines années. Il veut créer des rendez-vous avec les acteurs des milieux institutionnels, communautaires et du travail pour que ceux-ci se concertent et réfléchissent ensemble aux moyens à mettre en oeuvre pour développer une meilleure accessibilité à la formation pour les adultes. C'est le principal mandat qu'il s'est donné en tant que directeur général.

Il veut notamment réunir les forces sociales en vue de l'assemblée mondiale du Conseil international de l'éducation des adultes qui se tiendra au Québec en 2014. Il souhaite, avec cet événement attendu, créer un élan pour accroître la concertation en vue de soutenir l'éducation des adultes.

À l'interne, Ronald Cameron doit également affronter différents problèmes, dont un déficit financier de l'ordre de 25 %. «On a du ménage à faire», avoue le nouveau directeur général, qui ajoute qu'il cherche de nouveaux leviers pour permettre à l'ICÉA de satisfaire aux exigences de sa mission.

«Les organisations voient de moins en moins la pertinence d'agir pour l'éducation des adultes et la formation continue, et ce, même si les besoins sont de plus en plus grands [...]. Nous sommes pris dans ce paradoxe et c'est pour ça qu'il faut qu'il y ait un coup de barre, un coup de barre qui soit général, à la fois au plan politique et à l'interne, pour que nous soyons mieux positionnés.»

***
Collaboratrice du Devoir
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel