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D'Emploi-Québec aux associations professionnelles - Une politique, certes, mais où est le soutien à son application?

1 mars 2012 | Pierre Vallée | Emploi
Une des difficultés en éducation des adultes et en formation continue au Québec, c’est le nombre d’acteurs sur le terrain. Ce qui vient compliquer le portrait, c’est que l’éducation des adultes, comme la formation continue, répond à divers besoins. <br />
Photo : Agence France-Presse Une des difficultés en éducation des adultes et en formation continue au Québec, c’est le nombre d’acteurs sur le terrain. Ce qui vient compliquer le portrait, c’est que l’éducation des adultes, comme la formation continue, répond à divers besoins.
Depuis 2004, «deux tiers des entreprises québécoises ne sont plus obligées d'investir dans la formation»Il suffit de s'intéresser un tant soit peu à l'éducation des adultes et à la formation continue au Québec pour constater rapidement qu'il s'agit là d'un domaine aussi vaste que complexe, dont les écheveaux ne se laissent pas démêler facilement. Bref survol.

«Une des difficultés en éducation des adultes et en formation continue au Québec, c'est qu'il y a beaucoup d'acteurs sur le terrain», souligne Claudie Solar, professeure et chercheure en éducation des adultes et en formation continue à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal.

On ne saurait mieux dire. En tout premier, il y a l'État, par le biais d'Emploi-Québec, dont c'est l'une des missions, mais aussi par l'entremise du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, puisque les universités, les collèges et les commissions scolaires offrent des formations qui s'adressent aux adultes.

À cela, il faut rajouter le secteur privé, dont plusieurs entreprises offrent des formations à leurs employés, de même que les ordres professionnels et les associations qui offrent la même chose à leurs membres. S'ajoutent les divers comités sectoriels de la main-d'oeuvre où siègent syndicats et employeurs. Et il ne faudrait pas oublier la contribution des organismes communautaires, très actifs dans le dossier. Tous ces intervenants se réunissent au sein de la Commission des partenaires de la main-d'oeuvre, qui agit comme forum national.

Ce qui vient aussi compliquer le portrait, c'est que l'éducation des adultes, comme la formation continue, répond à divers besoins. Cela va du jeune qui raccroche au secondaire à l'adulte qui vient achever sa formation de base. Il peut aussi s'agir d'une personne en emploi qui vient chercher une formation pour faire avancer sa carrière, comme d'une personne exclue du marché du travail et qui cherche à s'y intégrer. Ou d'un diplômé universitaire qui termine une maîtrise, comme d'une personne qui apprend un métier. Même les cours d'alphabétisation entrent dans la catégorie de l'éducation des adultes.

Quelques jalons historiques

La première véritable réflexion sur le sujet remonte au début des années 80, avec la commission Jean, qui permet la mise en place de certaines mesures. Mais il faut attendre le début des années 90 pour voir s'opérer un premier changement. Celui-ci se produit lors de l'entente Québec-Canada qui cède au Québec l'entière responsabilité de la formation de la main-d'oeuvre. Cette entente mène à la création d'Emploi-Québec.

En 1997, le gouvernement péquiste de l'époque fait adopter la Loi favorisant le développement de la main-d'oeuvre, dite la loi du 1 %, puisque toutes les entreprises dont la masse salariale est de 250 000 $ ou plus doivent soit investir 1 % de celle-ci dans des programmes de formation, soit verser la même somme au Fonds de développement de la main-d'oeuvre. «L'adoption de cette loi a véritablement donné un essor à la formation continue au Québec», affirme Claudie Solar.

En 2002, le même gouvernement adopte la Politique d'éducation des adultes et de la formation continue. Cette Politique est appuyée par le Plan d'action quinquennal. «C'est non seulement une première au Québec, mais c'est une politique unique et un grand acquis pour le Québec. D'une part, ce sont tous les ministères qui sont concernés et pas seulement ceux, comme le ministère de l'Éducation ou le ministère de l'Emploi, qui étaient déjà présents dans le dossier. Ensuite, cette politique a le mérite de lier tous les intervenants du secteur, y compris ceux du secteur privé comme du secteur communautaire.»

En 2004, le gouvernement libéral modifie cette loi, de sorte qu'elle s'applique uniquement aux entreprises dont la masse salariale est d'au moins un million. «Cette modification a fait en sorte que, aujourd'hui, ce sont deux tiers des entreprises québécoises qui ne sont plus obligées d'investir dans la formation», déplore Claudie Solar. En 2007, ce même gouvernement a de nouveau modifié la loi afin, cette fois, d'y inclure la reconnaissance des compétences.

Débats à venir


Selon Claudie Solar, il faudrait aussi se pencher sur les deux approches en éducation des adultes et en formation continue qui cohabitent présentement au Québec. «On peut qualifier la première approche d'éducative, dans le sens où son but est d'appuyer le développement de la personne adulte tout au long de sa vie. On fait alors une plus large place au libre choix de l'adulte. La seconde approche est fondée sur l'emploi, en ce sens que la formation a pour principal but d'outiller la personne afin que cette dernière puisse accroître son employabilité. Dans ce cas, on oriente les adultes vers des formations qui répondent aux besoins du marché de l'emploi.» Un débat sur le sujet aurait le mérite de permettre d'établir un équilibre entre les deux approches.

Un autre débat qu'elle aimerait voir être abordé est celui de la définition d'un adulte. «Qu'est-ce que ça veut dire, un adulte, en éducation des adultes? Par exemple, on remarque la présence toujours croissante de jeunes de moins de 18 ans inscrits aux centres d'éducation des adultes. Certains de ces jeunes passent directement du secondaire à la formation des adultes. Mais est-ce que tous les jeunes de 16 ans ou plus sont des adultes?»

Aucun de ces débats, croit-elle, ne peut avoir lieu sans la volonté du gouvernement. Or, si la Politique mise en place en 2002 existe toujours, le présent gouvernement a choisi de ne pas reconduire le Plan d'action qui l'accompagnait. «Ce qui veut dire que, depuis 2007, on a en place une politique avec peu ou pas de soutien. De plus, non seulement il n'y a pas de plan d'action, mais on n'a même pas dressé le bilan du premier plan. Il faudrait commencer par faire le bilan avant de se lancer dans de nouvelles actions.» Et la complexité du sujet oblige à aussi interroger la manière de faire. «Il y aurait peut-être lieu de donner à l'éducation des adultes et à la formation continue un véritable maître d'oeuvre qui pourrait coordonner et préciser les actions des divers intervenants.»

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