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Libre opinion - Les salariés québécois, gras dur?

Jean-Claude Rocheleau - Syndicaliste, ex-président et conseiller du Syndicat des travailleurs de Shell (SCEP-FTQ)  1 août 2011  Emploi
J'entends déjà mes amis de l'ancienne et de la nouvelle droite confondues s'offusquer, mais peu importe, il faut tirer quelques leçons des récents événements liés au comportement inacceptable d'employeurs sans scrupules, des comportements, faut-il le rappeler, qui ont laissé nos gouvernements bien impuissants. Pourquoi? Parce que nos lois du travail, supposément si généreuses, sont somme toute bien insuffisantes face à la nouvelle réalité d'un marché mondialisé, régulé par des accords de commerce transnationaux et des clauses antiprotectionnisme.

IQT, Zellers, Electrolux: qu'attend le gouvernement pour mieux protéger les travailleurs? Quand le seul recours dont dispose un gouvernement face à des entreprises voyous, c'est d'envoyer un huissier pour collecter les subventions qu'il a lui-même versées sans exiger aucune garantie en retour, nous avons collectivement un gros problème.

Lois inadéquates


Il faut avoir travaillé de nombreuses années à défendre les droits des travailleurs et travailleuses pour savoir combien les lois du travail ne les protègent pas tant que ça. En fait, il y a deux problèmes: celui de l'application des lois existantes, comme la Loi sur les normes du travail, surtout pour les non-syndiqués. Certes, elle prévoit des recours, mais quels sont les délais réalistes avant d'obtenir un règlement? Et la course à obstacles pour y arriver peut durer des mois, voire des années. Pendant ce temps, ces travailleurs doivent continuer à payer leur loyer et faire manger leurs familles, tout en se cherchant un nouvel emploi.

Puis il y a la question de mettre des dents à certains programmes destinés aux entreprises, comme d'exiger des garanties quant au maintien des emplois. Je sais que les gouvernements sont réticents à poser de telles conditions, craignant de faire fuir ces entreprises vers d'autres juridictions plus tolérantes. Mais il faut se demander si ça vaut la peine d'utiliser l'argent de nos taxes pour soutenir des entreprises cow-boys qui ne resteront ici que le temps de pomper le maximum pour ensuite aller répéter l'exercice ailleurs.

Nous devons revoir nos façons de faire et trouver un nouvel équilibre pour éviter de financer les voyous et garder les entreprises respectueuses de leur main-d'oeuvre. Cela voudra dire faire des choix parfois douloureux, mais qui éviteront des fermetures sauvages où d'innocentes victimes se retrouvent à la rue sans recours.

Le véritable atout


En ces temps de mondialisation, le principal atout stratégique d'un pays, c'est sa main-d'oeuvre, dont on exige qu'elle soit qualifiée et à la fine pointe du perfectionnement. Le Québec est d'ailleurs reconnu dans plusieurs secteurs pour la qualité de sa main-d'oeuvre. À quand une qualification sociale pour les employeurs, préalable à l'octroi de soutien gouvernemental, assortie de sanctions sévères et proportionnelles à la faute, en cas de non-respect d'un plancher d'emplois convenu? Voilà qui aurait peut-être fait réfléchir IQT ou fait en sorte que le gouvernement ne lui offre pas de soutien financier.

Il faut sortir de la logique que les gouvernements sont impuissants face aux diktats des grandes sociétés. Tant qu'ils les appuient par des mesures de soutien, ils ont un mot à dire. Mais pour éviter de faire monter les enchères entre les États à savoir qui leur déroulera le plus long tapis rouge, il y a urgence à négocier des clauses de protection des emplois dans les accords internationaux.

Nous avons manqué le bateau des clauses sociales à l'époque, avec l'ALÉNA, mais ce n'est pas une fatalité inéluctable. Les récents événements devraient inciter nos gouvernements à porter sans plus tarder ces enjeux aux tables de négociation de ces traités internationaux de commerce.

Avoir le courage politique d'intervenir

Il faut aussi procéder au resserrement de certaines de nos lois et programmes rendus inopérants par la globalisation des marchés. Par la suite, il faudra s'assurer que nos politiciens aient le courage politique de les appliquer. Car si je me fie au récent dossier de Shell, ce n'est pas toujours aussi simple.

La ministre des Ressources naturelles détient le pouvoir prévu par la Loi sur les produits pétroliers d'empêcher le démantèlement de la raffinerie au nom de la protection de la sécurité des approvisionnements pétroliers. Malheureusement, elle a cédé aux pressions de la pétrolière et a accordé le permis de démolition, alors qu'elle dispose d'une poignée législative très forte prévue justement pour éviter de telles fermetures. L'existence de cette protection législative ne règle pas tout, mais elle permet au moins aux travailleurs de contester cette décision devant les tribunaux, s'ils en ont les moyens.

Quoi qu'il en soit, tant que les États, y compris celui du Québec, ne se donneront pas de véritables outils assortis de moyens coercitifs conséquents pour policer les entreprises face à la protection des emplois, non seulement les travailleurs ne seront pas gras dur, mais tous les Québécois feront dur face aux Walmart, Zellers, McDonald's, IQT, Shell et Electrolux de ce monde!

***

Jean-Claude Rocheleau - Syndicaliste, ex-président et conseiller du Syndicat des travailleurs de Shell (SCEP-FTQ)
 
 
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  • Turbine - Abonné
    1 août 2011 08 h 17
    Dans l'air du temps...
    Vous souvenez-vous du temps où on critiquait les fonctionnaires pour leur salaire élevé et leurs bonnes conditions de travail? Vous souvenez-vous que bien des Québécois souhaitaient la sous-traitance?

    J'ai connu un col bleu qui dénonçait le manque d'organisation des patrons. Les gars dormaient dans le camion parce qu'on les faisait rentrer à 7h30, mais les outils n'arrivaient qu'à 8 heures. Et un jour, une vieille dame est décédée dans une souffleuse à neige dirigée par un sous-traitant. Voilà où nous en sommes rendus. On préfère l'argent à l'humain. Nos conditions de travail se sont nettement détériorés en si peu de temps. On a augmenté le fardeau des travailleurs à point tel que plusieurs tombent en burn-out, dépressions ou autres.

    Si on est rendu à donner des millions aux PDG de grandes entreprises, c'est que la société l'a approuvé. Faut donc faire attention à ce que l'on croit et à ce qu'on essaie de nous faire croire...
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  • Rodrigue Tremblay - Inscrit
    1 août 2011 08 h 41
    IQT
    On envoie des journalistes partout dans le monde, mais on a envoyé aucun journaliste à NY fouiller dans la carrière des deux proprios.
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  • Mbotemingi - Abonné
    1 août 2011 09 h 32
    Juste constat
    Votre texte démontre la grande connaisance que vous avez des droits des travailleurs. Oui, il faudrait que nos gouvernants utilisent les moyens inscrits dans de bonnes lois qui malheureusement ne sont pas appliquées.

    Il est temps que les dirigeants soient mis au pas et qu'un juste équilibre soit rétabli entre salariés et patrons.

    Les salariés du Québec, sont des pompes à fric pour le Gouvernement et les entreprises des assistées, de ceux qui nous coûtent le plus cher.

    Merci pour la pertinence de votre commentaire.

    Estelle
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  • NGS - Abonné
    1 août 2011 09 h 47
    On récolte..
    Ce qu'on a déjà semé aux années 80 avec l'attaque en règle des gens d'affaires québécois par les intermédiaires de leurs politiciens et de leurs media contre les syndicats (déjà au lit avec le PQ) continue de nous hanter. Augmenter la charge de travail et baisser le salaires de 20% à tout jamais n'est pas sans conséquence même si tous--y compris les syndicats vendus--font comme si rien n'était.
    Une fois au lit avec le PQ, toujours au lit avec les libéraux.
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  • Johanne Lavallée Bernard Dupuis - Abonné
    1 août 2011 12 h 25
    La règle du droit
    Dans une société dite démocratique, les biens pensants vantent la supériorité de cette société fondée sur la règle du droit. Toutefois, on oublie toujours que ce qui fonde cette règle est la protection de la propriété privée. Or comme seuls les entrepreneurs sont réputés posséder des biens et que les travailleurs sont réputés ne rien posséder, il arrive ce qui arrive maintenant et comme ce qui est arrivé maintes fois par le passé. Les entrepreneurs peuvent partir avec leurs biens et même avec les salaires des employés.

    Pour obtenir justice, il faudrait modifier radicalement cette règle de droit. Toutefois, ni le gouvernement, ni le peuple, ni les travailleurs eux-mêmes ne semblent vouloir changer celle-ci pour le moment. Par conséquent, les travailleurs devront prendre leur mal en patience tant que la société et le peuple n'évolueront pas vers plus de civisme et plus de justice.

    Bernard Dupuis, Berthierville
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  • camelot - Inscrit
    1 août 2011 12 h 44
    Rêver en couleur
    Les industries étrangères, dont celle du gaz de schiste, viennent ici parce que "c'est ici qu'il y a le moins de lois". Il faut changer de gouvernance pour que ça change.
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  • Michel Bédard - Inscrit
    1 août 2011 13 h 26
    Cruel destin.
    Est-ce Jean-Claude Rocheleau, ex-multiples fois candidat NPD dans mon comté, devenu blolquiste quelques mois avant la dernière élection fédérale ?

    "Nous avons manqué le bateau des clauses sociales", écrivez-vous.

    Un bateau parmi tant d'autres... dommage. Le 2 mai au soir, j'ai eu mal pour vous et pour M.Mirich, une rare fois où Milan ne fut pas candidat NPD. L'étonnant destin est parfois cruel.

    Suite à la dernière élection, j'espère que l'état major du NPD a fait preuve d'élégance, et qu'il ne vous a pas oublié... Bien à vous.
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  • Jarimoe - Inscrit
    1 août 2011 14 h 54
    Pour un meilleur équilibre, il faut des dents aux lois et aux programmes, mais..
    il faut aussi que les Québécoises et les Québécois se réveillent ! Les travailleurs et les travailleuses, qu'ils soient syndiqué-es ou non, ne sortent pas et ne revendiquent presque rien pour l'amélioration des droits au travail. mais pour le retour des Nordiques, ou pour conserver une église, tout le monde dans la rue...
    C'est à ni rien comprendre... syndiqué-es allez aux assemblées syndicales, non syndiqué-es joignez les rangs des groupes communautaires qui vous défendent et participez à la démocratie pour autre chose que les Nordiques...
    Les gouvernements ne écoutent pas parce que nous ne faisons rien pour nous faire entendre, et que nous ne soutenons pas celles et ceux qui veulent nous protéger. et maintenant on pleure...
    La démocratie ce n'est pas seulement aux urnes qu'elle s'exprime, mais aussi en faisant part de ce qui nous dérange à celles et ceux qui ont le pouvoir de changer les choses..
    Pauvre Québec..
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