Centrale des syndicats du Québec - «On n'arrête pas de casser du sucre sur le dos des professeurs, mais les écoute-t-on ?»
Atteindre un taux de diplomation de 85 % est possible à condition d'adopter des stratégies adéquates
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
Réjean Parent, président de la Centrale des syndicats du Québec
«Que les professeurs aient à rendre compte de leurs actes, d'accord. De là à sous-entendre que les élèves échouent à cause d'un prof démotivé, c'est partir d'une fausse prémisse», s'indigne Réjean Parent. Commentant le récent texte de consultation de la Coalition pour l'avenir du Québec en matière d'éducation, le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) depuis 2003 nous fait part de ses interrogations.
«Il ne se passe pas une année sans qu'une personne ou un groupe nous arrive avec des propositions qui font table rase de ce qui a été acquis précédemment, indique M. Parent. Très bien, mais peut-on d'abord faire un bilan, être en mesure de cerner ce qui fonctionne et ne fonctionne pas? À entendre M. Legault, on pourrait croire que nous sommes les cancres de ce monde en éducation!»
Mentionnant l'excellent rendement des élèves québécois lors de tests internationaux — dont l'enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), menée auprès des jeunes de 15 ans des pays membres de l'OCDE et de plusieurs pays partenaires —, M. Parent ne croit pas aux recommandations de la coalition menée par François Legault. Il y voit plus de chaos que de solutions.
Le rôle des commissions scolaires
D'abord, la proposition d'abolir les 60 commissions scolaires francophones au profit d'une trentaine de directions régionales, et de rattacher les neuf commissions du réseau anglophone aux directions régionales ne tiendrait pas la route. Il cite l'exemple du gouvernement du Nouveau-Brunswick qui, après avoir aboli les conseils scolaires, en 1996, est revenu sur sa décision, au tournant des années 2000. «Pourquoi vouloir imiter ce que certains de nos voisins ont tenté et qui s'est avéré un échec? Les commissions scolaires ont un rôle majeur à jouer. Elles sont là pour une meilleure répartition et une mise en commun des ressources, tout en permettant de bénéficier d'une économie d'échelle.»
Il remet aussi en question l'économie estimée pour cette restructuration de 280 millions de dollars par année, soit 50 % des coûts actuels des commissions scolaires. Il mentionne les fusions des commissions scolaires de 1998, qui n'ont pas permis la réduction annoncée des dépenses.
Par ailleurs, cette réorganisation du réseau aurait pour effet de laisser les écoles à elles-mêmes et leur ferait subir encore plus de pression. «Déjà, les directions d'écoles doivent jongler avec une foule de problématiques. Sans les commissions scolaires pour les appuyer, elles seront davantage confrontées aux modes passagères et aux pressions provenant de part et d'autre», explique M. Parent.
Pour de meilleurs enseignants
Le texte de consultation propose plusieurs mesures pour améliorer la qualité de l'enseignement: une augmentation salariale moyenne de 20 %, une formation plus rigoureuse des futurs enseignants et directions d'écoles, ainsi qu'une évaluation du personnel enseignant effectuée sur une base bisannuelle par la direction d'école. Pourtant, M. Parent continue de décrier les fausses prémisses sur lesquelles s'appuient ces propositions et qui sombrent selon lui dans le populisme.
«Recruter les meilleurs avec un salaire plus élevé, ce n'est pas tout. D'ailleurs, la rémunération actuelle de nos enseignants est, en ordre de valeur, équivalente à celle de plusieurs des pays les plus performants, précise-t-il. Ce qu'on demande, c'est que ces enseignants retrouvent leur statut et qu'ils aient de la reconnaissance. On n'arrête pas de leur casser du sucre sur le dos, mais les écoute-t-on vraiment? Comment attirer les jeunes vers les programmes en éducation lorsque la profession est à ce point malmenée?»
Un point qui mérite réflexion est le gel des subventions aux écoles privées sur une période de quatre ans. «C'est un pas dans la bonne direction, même si nous sommes déjà allés plus loin en réclamant l'arrêt du financement au privé. L'objectif qui devrait se dégager de cette mesure, c'est celui de ramener les élèves du privé vers le public et de miser sur l'hétérogénéité au sein des classes.»
Hausser le taux de diplômés, un objectif réalisable
Le taux de diplomation des jeunes Québécois fait évidemment partie des problèmes auxquels souhaite s'attaquer la Coalition pour l'avenir du Québec. Augmenter à 85 % la proportion de la population ayant obtenu son diplôme secondaire à l'âge de 20 ans, alors qu'il est de 72 % actuellement, est le premier objectif décrit dans le manifeste. Selon M. Parent, cette cible pourrait être atteinte si le milieu développe de bonnes stratégies, telles que l'intervention précoce en milieu préscolaire, par exemple.
Par ailleurs, de récentes données de Statistique Canada et du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) nous apprennent qu'après cinq années d'études secondaires, seulement 59,4 % des élèves acquièrent leur diplôme. Le problème est particulièrement criant chez les jeunes garçons, avec un taux de 54,9 %. En matière de décrochage scolaire, le Québec détient le taux record au pays, avec 11,7 %.
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Collaboratrice du Devoir
«Il ne se passe pas une année sans qu'une personne ou un groupe nous arrive avec des propositions qui font table rase de ce qui a été acquis précédemment, indique M. Parent. Très bien, mais peut-on d'abord faire un bilan, être en mesure de cerner ce qui fonctionne et ne fonctionne pas? À entendre M. Legault, on pourrait croire que nous sommes les cancres de ce monde en éducation!»
Mentionnant l'excellent rendement des élèves québécois lors de tests internationaux — dont l'enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), menée auprès des jeunes de 15 ans des pays membres de l'OCDE et de plusieurs pays partenaires —, M. Parent ne croit pas aux recommandations de la coalition menée par François Legault. Il y voit plus de chaos que de solutions.
Le rôle des commissions scolaires
D'abord, la proposition d'abolir les 60 commissions scolaires francophones au profit d'une trentaine de directions régionales, et de rattacher les neuf commissions du réseau anglophone aux directions régionales ne tiendrait pas la route. Il cite l'exemple du gouvernement du Nouveau-Brunswick qui, après avoir aboli les conseils scolaires, en 1996, est revenu sur sa décision, au tournant des années 2000. «Pourquoi vouloir imiter ce que certains de nos voisins ont tenté et qui s'est avéré un échec? Les commissions scolaires ont un rôle majeur à jouer. Elles sont là pour une meilleure répartition et une mise en commun des ressources, tout en permettant de bénéficier d'une économie d'échelle.»
Il remet aussi en question l'économie estimée pour cette restructuration de 280 millions de dollars par année, soit 50 % des coûts actuels des commissions scolaires. Il mentionne les fusions des commissions scolaires de 1998, qui n'ont pas permis la réduction annoncée des dépenses.
Par ailleurs, cette réorganisation du réseau aurait pour effet de laisser les écoles à elles-mêmes et leur ferait subir encore plus de pression. «Déjà, les directions d'écoles doivent jongler avec une foule de problématiques. Sans les commissions scolaires pour les appuyer, elles seront davantage confrontées aux modes passagères et aux pressions provenant de part et d'autre», explique M. Parent.
Pour de meilleurs enseignants
Le texte de consultation propose plusieurs mesures pour améliorer la qualité de l'enseignement: une augmentation salariale moyenne de 20 %, une formation plus rigoureuse des futurs enseignants et directions d'écoles, ainsi qu'une évaluation du personnel enseignant effectuée sur une base bisannuelle par la direction d'école. Pourtant, M. Parent continue de décrier les fausses prémisses sur lesquelles s'appuient ces propositions et qui sombrent selon lui dans le populisme.
«Recruter les meilleurs avec un salaire plus élevé, ce n'est pas tout. D'ailleurs, la rémunération actuelle de nos enseignants est, en ordre de valeur, équivalente à celle de plusieurs des pays les plus performants, précise-t-il. Ce qu'on demande, c'est que ces enseignants retrouvent leur statut et qu'ils aient de la reconnaissance. On n'arrête pas de leur casser du sucre sur le dos, mais les écoute-t-on vraiment? Comment attirer les jeunes vers les programmes en éducation lorsque la profession est à ce point malmenée?»
Un point qui mérite réflexion est le gel des subventions aux écoles privées sur une période de quatre ans. «C'est un pas dans la bonne direction, même si nous sommes déjà allés plus loin en réclamant l'arrêt du financement au privé. L'objectif qui devrait se dégager de cette mesure, c'est celui de ramener les élèves du privé vers le public et de miser sur l'hétérogénéité au sein des classes.»
Hausser le taux de diplômés, un objectif réalisable
Le taux de diplomation des jeunes Québécois fait évidemment partie des problèmes auxquels souhaite s'attaquer la Coalition pour l'avenir du Québec. Augmenter à 85 % la proportion de la population ayant obtenu son diplôme secondaire à l'âge de 20 ans, alors qu'il est de 72 % actuellement, est le premier objectif décrit dans le manifeste. Selon M. Parent, cette cible pourrait être atteinte si le milieu développe de bonnes stratégies, telles que l'intervention précoce en milieu préscolaire, par exemple.
Par ailleurs, de récentes données de Statistique Canada et du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) nous apprennent qu'après cinq années d'études secondaires, seulement 59,4 % des élèves acquièrent leur diplôme. Le problème est particulièrement criant chez les jeunes garçons, avec un taux de 54,9 %. En matière de décrochage scolaire, le Québec détient le taux record au pays, avec 11,7 %.
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