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    Libre opinion - Comment éviter le travail au noir ?

    14 octobre 2010 |Alexandre Bazinet - Saint-Jérôme | Emploi
    Comment poser ma question, qui n'est même pas ironique, même pas sarcastique? Comment poser cette question sans faire un long laïus biographique? Essayons. Je suis un père monoparental de 30 ans, avec trois enfants. J'ai travaillé pendant six ans pour les Centres jeunesse. Presque par hasard, je me suis retrouvé enseignant. Ou plutôt suppléant. Mais un suppléant qui travaille tellement sur une base régulière qu'on ne fait plus la différence. Après deux ans de ce travail qui me plaît vraiment, j'ai décidé d'aller faire un baccalauréat de quatre ans (quatre ans!) en adaptation scolaire pour enfin devenir «un vrai prof».

    Voilà le problème. On dirait que la société ne veut pas. Ou peut-être qu'elle veut simplement que je travaille au noir? Je m'explique.

    Début septembre, les étudiants qui ont droit à l'aide financière aux études doivent faire une déclaration de leurs revenus anticipés pour l'année. En faisant ma demande l'été dernier, je prévoyais faire 10 000 $, ce qui me donnait droit à 500 $ de prêts et de bourses par mois. L'automne venu, j'ai revu mes revenus à la hausse pour la déclaration et je crois bien être capable de faire 15 000 $ au total en 2010 (15 000 $!). Ce qui ramène mon 500 $ à 300 $ par mois.

    C'est précisément sur ce fait que j'ai besoin d'explications: qu'est-ce que je suis censé faire de 300 $ par mois? J'ai 31 ans, je dois aller voir mes parents? Je dois vendre ma voiture? Cependant, sans voiture, comment aller chercher mes enfants à l'école et à la garderie? Comment aller travailler? Je devrais peut-être déménager, mais comment trouver moins cher que mon petit 4 1/2? Je devrais peut-être arrêter l'université, arrêter cette folie et retourner à ma vie de suppléant à l'avenir incertain. Après tout, je dois avoir passé mon tour. J'aurais dû me brancher et deviner à 20 ans que j'avais tout pour devenir enseignant.

    Évidemment que 15 000 $ dans une année, ce n'est pas assez. Vous devinez bien que je suis surendetté. Pas de belles dettes de prêts et bourses que je vais rembourser plus tard, non. Des dettes de cartes de crédit pleines qui me tiennent à la gorge. Je vous évite l'étalage de tout ce que j'ai à payer par mois, le genre de choses dans lesquelles on ne peut pas couper. L'abonnement de train, par exemple. Cet abonnement de 190 $ par mois pour lequel je ne peux profiter des rabais étudiants, ayant plus de 25 ans...

    La seule réponse que je vois à mon problème, c'est le travail au noir. Tendre la main sous la table me permettrait de passer à travers les quelques années qu'il me faudra pour faire mon bac. Je vous accorde que mon cas est un peu particulier: ce n'est pas tout le monde qui, en 2010, décide de faire trois enfants et de poursuivre ses études. Mais pourquoi serais-je pénalisé? Je suis loin d'avoir les compétences nécessaires pour dire ce qui ne va pas avec le programme des prêts et bourses. Une chose est sûre, par contre, c'est qu'il y a vraiment quelque chose qui cloche.

    J'ai très hâte à la prochaine campagne électorale, parce qu'on y dit toujours que l'éducation, c'est une priorité et que c'est une des blagues que je préfère, croyez-moi!














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