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    Le Rambo de la FTQ-Construction se défend

    La CSN propose de retirer des mains des syndicats la responsabilité du placement des travailleurs

    Québec — Bernard Gauthier — alias «Rambo» — accuse la CSN d'être à la source des accusations d'intimidation dont il fait l'objet et soutient avoir fait lui-même l'objet de menaces de mort. L'homme fort de la FTQ-Construction sur la Côte-Nord, qui est au centre d'un reportage accablant de Radio-Canada, s'est longuement confié au Devoir, hier.

    «Ça fait six ans, tabarnak, que la CSN est après moi. Pourquoi que la CSD, pourquoi que "l'international", ils ne sont pas après moi? Ils m'écoeurent pas eux autres!», a clamé cet «agent d'affaires» de 44 ans du «local 791».

    Le Devoir révélait mardi que M. Gauthier a reçu, début février, conjointement avec les ouvriers Marc Bérubé et Maxime Létourneau, un constat d'infraction à la loi R-20, qui prohibe l'intimidation sur les chantiers. «Rambo» soutient avoir plaidé «non coupable» sans arrière-pensées ces jours derniers. Selon ses dires, il n'était «même pas» au chantier minier du lac Bloom au moment des faits, les 16 et 18 février 2009. Il y aura donc procès.

    «Ben j'espère, qu'il va y en avoir un, calvaire», a-t-il dit, soutenant être certain d'être acquitté. «Les tribunaux, je suis habitué, honnêtement. Je ne peux pas te dire combien ça nous a coûté en frais d'avocat dans les cinq à six dernières années, mais il n'y a jamais rien [qui m'est reproché]. [...] C'est toujours l'esti de CSN qui est en arrière et qui pousse après ça. Et je ne vois pas pourquoi elle fait ça», peste-t-il. Puis il lance: «Comment on peut salir quelqu'un comme moi qui n'a rien faire de mal? Radio-Canada est tombée dans le panneau de la CSN.» M. Gauthier entend faire une conférence de presse demain matin, après la diffusion de l'émission Enquête. «J'ai réponse à tout.»

    Menaces de mort

    Mais comment explique-t-il cet enregistrement diffusé à Radio-Canada dans lequel on l'entend clairement proférer des menaces: «Tu vas voir quand Rambo va t'en crisser une dans les dents, tu ne la trouveras pas drôle»? Simple, répondit-il, «ç'a été pris hors contexte. Tu comprends bien qu'ils ont pris le boutte qu'ils ont pris pour faire du sensationnalisme». Le contremaître qui a fait l'enregistrement, soutient M. Gauthier, venait de révéler à un des «gars» une rumeur troublante. «Il lui a dit: "Amène-le, ton esti de Rambo, de toute façon il est sur le bord de se faire tirer." Tabarnak, quelqu'un qui dit qu'il va me tirer, ça me fatigue, moi! Surtout que ça faisait une couple de fois qu'on me rapportait ça.» C'est pourquoi l'échange qui a suivi aurait été si dur, selon sa version des faits.

    Et les ouvriers qui l'accusent dans le reportage? «Richard Petitpas? Lui, là, je l'ai démardé trois ou quatre fois. Pas capable de le placer: il se brûle partout. Partout où il va, il fait de la marde. Ses compétences ne sont peut-être pas si pires. Mais partout où il va, il se fait crisser dehors. Il n'est plus capable de se placer à nulle part et il me blâme moi. Ça n'a pas de bon sens.»

    «Rambo» — qu'on appelle ainsi parce qu'il a passé du temps dans l'armée — admet ne pas être un «enfant de choeur». En 2009, l'escouade du crime organisé de la Sûreté du Québec a tenté en vain de faire prononcer contre lui une ordonnance d'interdiction de port d'armes à feu. En 1990, il avait été reconnu formellement coupable de voies de fait. Ce qui lui a donné un dossier criminel. «J'ai eu mon pardon [...] en 2003. Je ne pourrais pas exercer ce job-là si j'avais un dossier.» Avec humour, il ajoute très bien savoir qu'il n'a «pas une face à mettre sur un porte-clés, on s'entend bien là-dessus».

    L'escouade Marteau attendue

    Hier, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, a annoncé qu'à la suite des reportages des derniers jours il avait demandé à l'escouade Marteau d'aller prêter main-forte à la Commission de la construction du Québec sur la Côte-Nord. «Ce que j'entends [dans les reportages], ce sont des allégations de commission d'actes criminels. Ça va au-delà du pénal», a-t-il noté, tout en refusant de juger des «allégations qui sont faites dans les médias».

    Pour Bernard Gauthier, c'est là une bonne nouvelle. Il dit qu'il collaborera avec les policiers, à qui il a déjà téléphoné de toute façon: «Je leur ai dit: "Si vous avez besoin de renseignements, n'importe quoi, appelez-moi." [...] Les enquêteurs de la CCQ, c'est la même affaire, c'est moi qui les appelle esti. Venez me voir. Tu vas peut-être bien sauver du temps.»

    Est-ce que ça «joue dur» sur la Côte-Nord, notamment sur le chantier de la Romaine? Non, insiste Gauthier: «Il n'y a pas personne qui a été battu ici: ça ne joue jamais rough. Oui, il y a des engueulades, des fois. Mais une engueulade, c'est une engueulade. Il n'y a pas de coups donnés.»

    Dans une autre envolée, il se réjouit en ces termes de l'arrivée prochaine de l'escouade Marteau: «Je suis content, esti! S'il y a du monde qui sont pourris là-dedans, ben ils paieront pour, câlisse!» Il soutient vouloir que le monde syndical soit nettoyé le plus vite possible. Des cas comme celui de l'ancien directeur de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis, accusé d'avoir eu des note de frais excessives et soupçonné d'avoir eu des liens avec les motards criminels, n'ont «pas leur place dans le syndicalisme».

    Il ajoute qu'il n'y a pas que la FTQ qui est visée: «La CSN aussi s'est déjà fait pogner.» C'est pourquoi il souhaite que les enquêtes policières s'occupent «du monde syndical au complet. On se comprend bien? Au complet», insiste-t-il en visant la CSN.

    Carbonneau demande à Québec d'intervenir

    Autre son de cloche du côté de la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, hier. À ses yeux, pour que l'intimidation sur les chantiers cesse, le gouvernement du Québec devrait retirer des mains des syndicats la responsabilité du placement des travailleurs. En marge du Conseil confédéral qui commençait hier ses travaux à Montréal, Mme Carbonneau a rappelé que la CSN condamne depuis bon nombre d'années le fait que la législation fasse reposer le placement des travailleurs sur les organisations syndicales. Dans les faits, la FTQ-Construction a le contrôle majoritaire de ce système. La CSN ne représente qu'environ 15 % de l'ensemble des syndiqués de la construction.

    «Ce n'est pas normal de jouer avec le droit au travail et avec la liberté d'adhésion à un syndicat et permettre qu'un mécanisme aussi important que le placement soit confié à des organisations qui desservent des intérêts particuliers», a affirmé la chef syndicale.

    La CSN propose qu'un organisme indépendant comme la Commission de la construction du Québec (CCQ) puisse se charger du placement selon certaines modalités. Cela militerait en faveur de la paix sociale, croit Mme Carbonneau.












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