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Chine - L'armée des migrants au chômage se renforce

Pékin s'inquiète des risques accrus de tensions sociales

3 février 2009  Emploi
Des travailleurs migrants attendent d’éventuels employeurs sur une place de Chengdu. Les autorités chinoises ont estimé hier que 15,3 % des 130 millions de ruraux qui migrent pour travailler — soit 20 millions de personnes — se retrouvent aujour
Photo : Agence Reuters
Des travailleurs migrants attendent d’éventuels employeurs sur une place de Chengdu. Les autorités chinoises ont estimé hier que 15,3 % des 130 millions de ruraux qui migrent pour travailler — soit 20 millions de personnes — se retrouvent aujour
Pékin — Environ 20 millions d'ouvriers migrants se trouvent sans emploi en Chine en raison de la crise, ont annoncé hier les autorités qui s'inquiètent d'une recrudescence des tensions sociales.

«Selon nos calculs, 15,3 % des 130 millions de ruraux qui migrent pour travailler ont perdu leur emploi ou n'en ont pas trouvé», a affirmé Chen Xiwen, un responsable gouvernemental chargé de planification rurale.

En conséquence, «20 millions de travailleurs ruraux migrants ont perdu leur emploi ou n'en ont pas encore trouvé, et sont rentrés chez eux, à cause de la crise», a-t-il ajouté, citant une récente enquête du ministère de l'Agriculture, dans 150 villages de 15 provinces.

Ces statistiques sont nettement plus alarmantes que celles publiées il y a une dizaine de jours par le gouvernement.

Le Bureau national des statistiques (BNS) avait estimé, juste avant les vacances du Nouvel An chinois, qu'environ six millions de personnes étaient rentrées chez elles après avoir perdu leur emploi à cause de la crise mondiale.

Le BNS n'avait pas cité précisément ce chiffre mais estimé la population privée d'emploi chez les migrants à «20 % des trente millions de personnes retournées dans leurs régions d'origine».

«Une fois rentrés dans leurs villages, comment font-ils pour gagner leur vie, pour vivre? Voici un facteur nouveau qui a un impact sur la stabilité sociale», a souligné M. Chen.

Pékin s'est à plusieurs reprises inquiété ces dernières semaines de la situation de l'emploi, notamment celle des travailleurs les plus vulnérables, les ruraux ayant quitté leurs campagnes pour les régions industrialisées.

Quelque 55 % du 1,3 milliard de Chinois, soit 727,5 millions, sont des ruraux, selon les estimations officielles.

Parmi ces ruraux, 130 millions — davantage selon des estimations non officielles — ont quitté leur village pour trouver du travail dans les manufactures des bassins d'emplois: les zones développées du sud et de l'est du pays.

Selon M. Chen, chaque année, six à sept millions de personnes supplémentaires suivent cette voie et il devrait donc y avoir «une grosse pression à l'emploi pour environ 25 millions de résidents ruraux».

Or «assurer l'emploi, c'est assurer la stabilité rurale», a-t-il dit.

Le gouvernement craint par-dessus tout une montée du mécontentement social, dans un pays qui compte déjà chaque année des dizaines de milliers «d'incidents sociaux», de paysans spoliés de leurs terres, d'ouvriers exploités, de citoyens victimes d'épisodes de pollution, et autres manifestations nées parfois d'une simple étincelle.

Les inquiétudes officielles sont avivées par la brusque décélération de l'économie, qui a progressé de 9 % sur un an en 2008 — mais de seulement 6,8 % au dernier trimestre — selon les statistiques du BNS.

Or le secteur manufacturier, qui représente 40 % de l'économie chinoise, est un des premiers touchés par le ralentissement économique, en particulier les fabriques axées vers l'exportation.

En janvier, «le ralentissement chinois et des économies mondiales a entraîné un déclin de la production pour le sixième mois consécutif», tandis que «le taux de suppressions d'emplois s'est intensifié», a souligné hier CLSA Asia-Pacific Markets, en faisant état d'un nouvel indice des directeurs d'achats (PMI) inférieur à 50 (à 42,2), c'est-à-dire indiquant une contraction de l'activité.

Les analystes estiment que le produit intérieur brut de la Chine doit au moins croître de 8 % par an pour garder l'emploi à un niveau acceptable.
 
 
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