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Vote de grève illimitée chez Vidéotron

Claude Turcotte   4 mai 2002  Emploi
À moins que l'employeur ne décide lui-même de les devancer en décrétant un lock-out dans les heures qui viennent, les employés syndiqués de Vidéotron déclencheront une grève générale illimitée à compter de mercredi le 8 mai. Les leaders des deux syndicats concernés prévoient que cette grève pourrait être longue et dure mais disciplinée. Elle pourrait aussi prendre une envergure très large et déborder sur de grands débats de société, particulièrement celui de la déréglementation dans les communications et les transports, avec le constat que plusieurs grandes entreprises se retrouvent aujourd'hui en difficultés financières et ont pour réflexe d'en faire payer le prix à leurs employés.

Hier matin la partie syndicale, qui représente 2200 employés de Vidéotron au sein des unités 1417 pour l'est du Québec et 2815 pour l'ouest du Québec, a fait parvenir un avis formel de grève qui, en vertu du Code canadien du travail, doit précéder de 72 heures le déclenchement de la grève. Cette décision fait suite à des votes pris en assemblées générales au cour desquelles les syndiqués ont voté à plus de 99 % en faveur de la grève. Environ 1,3 million de clients de Vidéotron pourraient être touchés par cette grève qui couvre un territoire allant grosso modo de Montréal à Québec et de Trois-Rivières à Sherbrooke, c'est-à-dire les régions les plus populeuses du Québec. Environ 160 autres employés dans l'Outaouais et au Lac-Saint-Jean font partie de deux autres syndicats dont les contrats collectifs ne sont pas expirés. Ils continueront donc de travailler.


À la suite du vote massif contre les propositions patronales mais en faveur de moyens de pression et de la grève, les représentants syndicaux ont eu une réunion avec la patrie patronale, mais ils disent n'avoir perçu aucune ouverture à court terme pour une reprise des négociations. «Le patron a tenu exactement le même discours qu'avant les assemblées générales», a déclaré Michel Parenteau, conseiller et négociateur pour les syndicats. Hier après-midi, Luc Lavoie, vice-président aux affaires corporatives de Quebecor, a répété à la Presse canadienne que l'entreprise n'entendait pas reprendre les négociations d'ici le 8 mai. «S'ils en ont envie, ils nous feront signe, mais il n'y a rien qui se pointe à l'horizon», a-t-il déclaré.


En fait, ce conflit qui se prépare depuis de longs mois s'annonce, à la lumière des positions respectives annoncées de part et d'autre, comme l'un des plus durs dans l'histoire récente des relations industrielles au Québec. Il y a deux positions diamétralement opposées, deux visions de concevoir l'avenir de l'organisation interne de Vidéotron qui sont irréconciliables. Les syndiqués disent qu'il faut bâtir sur les actifs actuels et non pas les démolir. «Vidéotron a un bel avenir si elle est bien dirigée», lançait hier en conférence de presse Jacques Dénommé, un autre porte-parole des syndicats.


Par ailleurs, Pierre Karl Péladeau, grand patron de Quebecor et de sa filiale Vidéotron, fait valoir que Vidéotron ne bénéficie plus d'un environnement de monopole dans un contexte réglementé, qu'elle est désormais menacée de perdre sa clientèle aux mains de concurrents aguerris et qu'il faut en conséquence ajuster l'entreprise et les employés à cette nouvelle situation. En décembre dernier, l'employeur demandait à ses employés une réduction de sa masse salariale d'au moins 30 millions.


Les syndicats font valoir cependant que Vidéotron est très rentable, ce que les résultats du premier trimestre divulgués hier par Quebecor confirment, puisque Vidéotron a ajouté 67,3 millions au bénéfice d'exploitation de Quebecor. Pour les syndiqués, le problème a une autre origine, celle de la convergence et de l'acquisition d'actifs, dont Vidéotron par Quebecor, à prix fort avec l'appui de la Caisse de dépôt et placement. «Plusieurs travailleurs voient la Caisse de dépôt comme un complice des milliardaires», lançait hier Gilles Dubé, président du local 1417.


Outre les problèmes spécifiques à Vidéotron et à ses employés, c'est sur le terrain politique que cette grève, qui semble inévitable, risque de se déplacer. Henri Massé, président de la FTQ, centrale à laquelle sont affiliés les employés de Vidéotron, a déjà amorcé ce débat en avouant s'être opposé, comme membre du conseil d'administration de la Caisse de dépôt, à l'appui financier de la Caisse à Quebecor pour acquérir Vidéotron.


M. Parenteau poursuivait sur ce terrain hier en soutenant que l'entente de Vidéotron avec Entourage pour des services de sous-traitance est une façon de dire que l'entreprise n'est pas obligée de s'entendre avec ses employés et qu'il suffit tout simplement de les effacer. Cette façon de penser peut s'étendre à d'autres entreprises, ajoute M. Parenteau, qui voit dans la déréglementation les causes de faillite dans des compagnies comme Canadien et Canada 3000 dans l'aviation, et de difficultés importantes chez Quebecor, Canwest, etc. La partie syndicale va certainement vouloir situer ce conflit dans une perspective de débat de société où les riches deviennent plus gros en faisant payer les petits, leurs employés, avec la complicité des gouvernements, celle de la Caisse de dépôt dans le cas de Québec et celle de la déréglementation dans le cas d'Ottawa, qui en plus n'a pas de loi anti-scab.


Vidéotron, étant soumis à la loi fédérale, peut embaucher des briseurs de grève et les syndicats affirment que tout est déjà en place pour recourir à des employés qui seront «mal formés et mal payés». Dans ce contexte, un conflit chez Vidéotron pourrait rapidement dégénérer en un affrontement très brutal, même si les syndiqués dénoncent d'ores et déjà tout recours à la violence.


Les syndicats «espèrent que Quebecor va réfléchir», et faire en sorte que la grève ne s'éternise pas au-delà d'un mois, sinon le conflit se poursuivra alors que Vidéotron sera «en période fragile». Le ler juillet et les déménagements approchent. Bientôt, les abonnés de Vidéotron planifieront leur déménagement et appelleront l'entreprise pour l'informer de leur nouvelle adresse. Ensuite, les techniciens devront procéder aux raccordements nécessaires pour ces clients du câble et d'Internet. Le moment du déclenchement de la grève a été fixé précisément en fonction de ces considérations.


Enfin, les syndicats ont l'intention de pratiquer, eux aussi, la convergence. En plus d'aller faire du piquetage dans toutes les places d'affaires de Vidéotron, ils se proposent d'aller manifester devant d'autres commerces de la même famille, par exemple Archambault. En attendant mardi soir à minuit, le travail se poursuit normalement chez Vidéotron.






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