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Centrale des syndicats démocratiques - Pour des emplois ici et des produits d'ici

«Il faut se battre avec l'énergie du désespoir»

Brigitte Saint-Pierre   26 avril 2008  Emploi
La grande priorité de la centrale syndicale, présidée par François Vaudreuil, demeure la conservation, la consolidation et la création d’emplois de qualité.
La grande priorité de la centrale syndicale, présidée par François Vaudreuil, demeure la conservation, la consolidation et la création d’emplois de qualité.
La baisse du nombre d'emplois dans le secteur manufacturier est «une tendance lourde», mais «il faut se battre avec l'énergie du désespoir», croit le président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), François Vaudreuil. Cette centrale syndicale a lancé en avril une campagne visant à inciter ses membres à opter pour des produits québécois pour encourager l'emploi ici.

La Centrale des syndicats démocratiques (CSD) a choisi l'usine de fabrication de vélos Raleigh à Waterloo pour lancer en avril sa campagne intitulée «Encourageons les emplois ici, encourageons les produits d'ici...».

«C'est la dernière usine qui fabrique des bicyclettes d'une valeur de moins de 400 $ au Québec», mentionne le président de la CSD, François Vaudreuil, ajoutant qu'elle emploie 250 personnes. «On a mené une bataille l'an dernier devant le Tribunal canadien du commerce extérieur pour qu'il y ait reconduction des tarifs antidumping sur les bicyclettes de la Chine et de Taiwan. Le Tribunal en est venu [en décembre] à la conclusion qu'il s'agissait de dumping et leur a imposé des tarifs.»

Les employés de l'usine Raleigh à Waterloo sont syndiqués à la CSD. Une réorganisation du travail ainsi que des innovations technologiques et sociales ont permis d'augmenter leur productivité, dit François Vaudreuil. Le nombre de vélos produits par employé est ainsi passé de 613 en 2002-03 à 1190 en 2005-06, fait-il valoir.

Pour favoriser le maintien des emplois à l'usine Raleigh dans un contexte de concurrence internationale importante, la CSD a en outre décidé d'encourager ses membres à acheter un vélo Raleigh plutôt qu'une bicyclette semblable fabriquée à l'étranger. Elle évaluera les résultats de cette action et pourrait par la suite étendre la campagne à l'ensemble de la population. Elle compte également cibler d'autres entreprises où les emplois sont menacés et encourager l'achat des produits qui y sont fabriqués, toujours «dans le but de conserver, de consolider et de créer des emplois décents» au Québec.

M. Vaudreuil note une prise de conscience de plus en plus grande et une volonté d'agir de la part des membres de la CSD et de la population. «À partir du moment où on invite les gens à poser un geste de solidarité, à mon avis, la réception devrait être très bonne. C'est ce qu'on va tenter de mesurer.»

Action gouvernementale

M. Vaudreuil indique par ailleurs que la CSD a apporté une contribution à la préparation du plan d'action du gouvernement du Québec en faveur du secteur manufacturier, rendu public en novembre, et s'en dit satisfait. Le plan comprend diverses mesures pour favoriser l'investissement dans les machines et l'équipement, la recherche et l'innovation, la conquête de nouveaux marchés, la formation de la main-d'oeuvre de même que les technologies et les procédés propres et efficaces sur le plan énergétique, visant ainsi à accroître la productivité et la compétitivité des entreprises. Les compagnies auront en outre notamment accès aux conseils d'experts en productivité. «Le plan reconnaît les préoccupations tant des centrales syndicales que des associations patronales et va sûrement permettre d'apporter un bon coup de main à l'industrie manufacturière», estime M. Vaudreuil.

Le président de la CSD est au contraire insatisfait de l'attitude du gouvernement fédéral, «qui refuse de s'engager d'une façon quelconque et qui se réfère à la main invisible [du marché] pour régler le sort des gens et de la planète».

Il aurait par exemple souhaité qu'Ottawa impose des tarifs protecteurs temporaires pour favoriser le maintien des emplois à l'usine de vélos Raleigh, à titre de mesure de sauvegarde. M. Vaudreuil fait valoir que la décision du gouvernement fédéral, en mai 2006, allait à l'encontre d'une recommandation du Tribunal canadien du commerce extérieur.

Il aurait également souhaité que le gouvernement fédéral mette sur pied un programme de soutien au revenu pour les travailleurs âgés ayant perdu leur emploi. Il s'agirait de leur offrir une aide financière «pour faire le pont entre la fin de leurs prestations d'assurance-emploi et le début de leurs prestations de retraite». Dans son budget de février, Ottawa a plutôt choisi de prolonger jusqu'en 2012 l'Initiative ciblée pour les travailleurs âgés, visant à les aider à demeurer sur le marché du travail.

Préoccupations de la CSD

Le sort des travailleurs âgés licenciés est une des préoccupations de la CSD. La francisation des milieux de travail en est une autre. La CSD travaille notamment à l'élaboration d'un dictionnaire québécois des relations de travail.

Lors du congrès de la CSD en juin dernier, la centrale syndicale a aussi lancé un débat au sujet de la «sécurisation des parcours de vie». «L'ère de la sécurité d'emploi à vie dans une entreprise est révolue. De plus en plus, les personnes se retrouvent dans ce qu'on appelle un marché transitionnel, où il y a des ruptures d'emploi. Il faut que les politiques publiques qui existent permettent à ces gens-là de rebondir pour être capables de se trouver un nouvel emploi», explique M. Vaudreuil.

Les militants de la CSD ont aussi demandé aux dirigeants de la centrale de promouvoir l'adoption d'une loi pour favoriser la gestion participative en milieu de travail, soit la participation des employés à la gestion de l'entreprise. «La gestion participative est le modèle organisationnel qui procure les meilleurs résultats dans les entreprises, que ce soit sur le plan économique ou sur le plan social», affirme M. Vaudreuil.

La grande priorité de la centrale syndicale demeure par ailleurs la conservation, la consolidation et la création d'emplois de qualité. Le Syndicat du bois ouvré de Saint-Félicien, affilié à la CSD, a travaillé avec les acteurs locaux dans cette optique, mentionne M. Vaudreuil. L'entreprise Bowater avait proposé en 2006 de transférer les activités de sciage de Saint-Félicien à Dolbeau-Mistassini. Le syndicat, le maire de Saint-Félicien et des gens d'affaires se sont mobilisés et ont proposé un plan de relance, prévoyant non seulement le maintien des emplois en péril, mais aussi la création de nouveaux postes. Un exemple, selon M. Vaudreuil, de nouvelles stratégies et d'innovations pour conserver et créer des emplois.

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